Les communistes réclament le retour de l’ISF, l’Assemblée dit non
"Démagogique", "contre-productif", "inefficace": le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF), revendication emblématique...

Les communistes réclament le retour de l’ISF, l’Assemblée dit non

"Démagogique", "contre-productif", "inefficace": le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF), revendication emblématique...
Public Sénat

Par Ludovic LUPPINO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Démagogique", "contre-productif", "inefficace": le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF), revendication emblématique des "gilets jaunes" portée par les députés communistes, s'est vu opposer une fin de non-recevoir de l'Assemblée nationale jeudi.

Avant même l'examen des amendements, les députés ont rejeté le premier texte d'une journée de "niche parlementaire" réservée au PCF, par 58 voix contre 45 et 2 abstentions, au grand dam de l'ensemble de la gauche.

"Le grand débat national a lieu partout sauf ici dans l'hémicycle", a pesté le rapporteur du texte Jean-Paul Dufrègne, qui s'est défendu de verser dans l'idéologie, l'une des critiques du gouvernement et des "marcheurs" à son encontre.

Ressusciter l'ISF, dont la transformation en IFI (impôt sur la fortune immobilière) au début du quinquennat reste "le symbole d'une politique injuste", serait "une première étape vers une meilleure justice fiscale", selon le député de l'Allier. Et ce, malgré "les insuffisances" de cet impôt, auquel pouvaient échapper des grandes fortunes, a estimé M. Dufrègne.

Outre le rétablissement de l'ISF, le texte proposait d'instaurer une plus grande progressivité de l'impôt sur le revenu en créant des tranches supplémentaires.

Selon la secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher, ce "vieux totem de l'ISF" n'a "pas résolu le chômage de masse" ni même "permis une meilleure redistribution" des richesses. Elle a aussi souligné "son impact défavorable sur notre économie".

Pour Cendra Motin (LREM), le retour de cet impôt "serait de nature à refroidir les plus grands et riches amoureux de la France", avec pour conséquence "une attractivité affaiblie".

Lise Magnier (UDI-Agir) a elle jugé "prématuré" de rétablir l'ISF avant d'avoir pu évaluer les effets de sa transformation.

- "Impôt moribond" -

Véronique Louwagie (LR) a fustigé un texte "dangereusement démagogique" et "contre-productif", pour ressusciter "un impôt moribond" qui a "fait fuir les capitaux hors de France".

"Seuls 0,2% des contribuables assujettis à l'ISF quittaient le territoire" par an, "loin de l'hémorragie", a affirmé, chiffres d'économistes à l'appui, le numéro un des communistes Fabien Roussel.

"L'argument selon lequel l'ISF ferait fuir est trompeur", a renchéri Christine Pirès-Beaune (PS), jugeant globalement "iniques" les mesures fiscales de l'exécutif (hausse de CSG, "flat tax"...) .

Pour le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, la fin de l'ISF est "arrivée au moment le pire", celui où "vous demandiez aux gens de payer plus". Il a sommé la majorité de cesser de "cajoler les plus riches qui ne renvoient jamais l'ascenseur".

En dépit de ses "réserves" sur le texte, Michel Castellani (Libertés et territoires) a estimé qu'il avait "le mérite d'offrir l’opportunité de débattre du sens de l'impôt". Les groupes LR et UDI-Agir ont aussi regretté l'absence d'un débat de fond.

- "Couteau sans lame" -

Une autre proposition de loi, qui visait à porter le Smic à 1.800 euros brut mensuel d'ici à 2022 (1.521 euros actuellement), a elle aussi été rejetée sans ambages.

"Une hausse aussi forte et soudaine aurait des effets importants négatifs sur l'emploi et la compétitivité des entreprises", a estimé la ministre du Travail Muriel Pénicaud, alors que le rapporteur Stéphane Peu (PCF) avait défendu un texte "solide" et "réaliste".

Deux autres propositions des communistes ont ensuite été retoquées avant, là encore, d'être débattues. Elles visaient à revoir le calcul de l'allocation adultes handicapés (AAH) pour garantir l'"autonomie" des personnes concernées, et permettre un "renforcement de l'intégrité des mandats électifs et de la représentation nationale".

Le dernier texte de la "niche", visant à davantage de transparence sur l'utilisation de l'épargne populaire en matière énergétique, a lui été adopté très tard dans la soirée. Mais il a été vidé de sa substance au point que les élus communistes se sont eux mêmes abstenus, critiquant un texte "pas loin d'un couteau sans manche qui aurait perdu sa lame".

À l'appel d'associations de défense de l'environnement, des dizaines de personnes s'étaient rassemblées à la mi-journée aux abords du Palais Bourbon pour le soutenir.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les communistes réclament le retour de l’ISF, l’Assemblée dit non
5min

Politique

« On m’a posé douze implants le même jour, une souffrance qu’on ne peut pas décrire » raconte cette victime d’un centre dentaire « low-cost »

En 2015, pour son passage à la retraite, Christine Teilhol, souhaite s’offrir un nouveau sourire. Éblouie par des tarifs attractifs d’un centre dentaire qui vient d’ouvrir, cette ancienne technicienne de laboratoire va tomber dans le piège d’un escroc et découvrir les limites de la médecine « low-cost ».

Le

Paris French President Emmanuel Macron closing speech at the national convention on mental health
5min

Politique

SERIE D’ETE – Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? La santé mentale, Grande cause nationale

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce quatrième épisode : la santé mentale, Grande cause nationale de 2025 et de 2026.

Le

Tarbes Hautes Pyrenees manifestation contre la reforme des retraites
6min

Politique

SÉRIE D’ÉTÉ - Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? Le serpent de mer de la réforme des retraites

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce deuxième épisode : la réforme des retraites, sorte de serpent de mer des quinquennats Macron - d’abord interrompue, puis reprise dans la douleur, et finalement décalée pour sauver le budget.

Le