« Les conseils des prud’hommes pourront toujours continuer à résister »
Les invités de l’émission « On va plus loin » débattent de la décision de la Cour de cassation qui vient de valider le plafonnement des indemnités pour licenciement abusif.

« Les conseils des prud’hommes pourront toujours continuer à résister »

Les invités de l’émission « On va plus loin » débattent de la décision de la Cour de cassation qui vient de valider le plafonnement des indemnités pour licenciement abusif.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Mercredi 17 juillet, la Cour de cassation a validé le plafonnement des indemnités pour licenciement abusif. Elle avait été saisie pour avis, après que plusieurs conseils de prud’hommes avaient refusé d’appliquer le barème d’indemnisation Macron.

Une décision qui n’ébranle pas Michel Beaugas, secrétaire confédéral secteur emploi de Force Ouvrière : « A Force Ouvrière, on comptait plutôt sur les recours internationaux. Puisque nous avons deux recours auprès de l’Europe et auprès de l’OIT [Organisation internationale du travail - NDLR] qui sont en cours (…) Là, ce n’est qu’un avis de la Cour de cassation (…) La motivation exprimée par la Cour est assez succincte et en plus assez contradictoire. »

Et d’ajouter : « Les conseils des prud’hommes pourront toujours continuer à résister et je les invite à résister encore et encore face au barème. »

Très satisfaite de cette décision, Sophie De Menthon, cheffe d'entreprise et présidente du mouvement patronal ETHIC, explique que la situation précédant le barème Macron « était négati(ve) pour l’emploi ». « Ce qui aurait été grave c’est que la Cour de cassation décide que ce n’était pas valable. Parce qu’il y a quand même une prévisibilité pour les chefs d’entreprise qui est nécessaire, il y a la confiance dans la réforme. »

Pour Antoine Lyon-Caen, professeur émérite de droit du travail à l’université de Nanterre et directeur de la « Revue du Droit du Travail », le problème n’est pas tranché : « Je pense que ce n’est pas fini. Parce que l’avis est un avis de compatibilité (…) C’est-à-dire, la Cour de cassation dans son avis dit « la loi française n’est pas en soi incompatible ». Elle ne dit pas qu’elle est valide d’ailleurs (…) Ce qui reste c’est que les conseils des prud’hommes peuvent contrôler l’application du barème et décider que l’application est excessive au regard des conventions internationales (…) Et ça, les conseils des prud'hommes vont le faire certainement parce que c’est une pratique extrêmement courante. »

Guillaume Bredon, avocat expert en droit social à la Fondation Concorde, ne partage pas cette opinion : « Je pense que la Cour de cassation en donnant ses avis, tire un trait définitif au débat. Peut-être que des conseils des prud’hommes vont résister, peut-être que des cours d’appel elles-mêmes vont résister ». Selon lui, « le principe du barème n’est pas que négatif pour les salariés. Il y a un plafond mais également un plancher. »

Ce que conteste Antoine Lyon-Caen : « Le seul effet des barèmes, c’est d’empêcher le juge d’aller plus haut (…) Ne nous racontons pas d’histoires. » Et il enfonce le clou : « Il y a une étude qui a été faite sur les cours d’appel de Lyon et de Grenoble, pour comparer ce que donne le barème et ce qu’allouait les cours d’appel avant : il y a une baisse de plus de 65%. Cela veut dire que les salariés ont beaucoup perdu dans cette opération. »

 

Vous pouvez voir et revoir ce débat, en intégralité :

OVPL. Débat sur les prud'hommes (en intégralité)
24:06

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le