Les difficultés économiques des entreprises doivent s’apprécier au niveau national, pour le Sénat
Autorisant le gouvernement à modifier les dispositions relatives au licenciement pour motif économique, les sénateurs ont choisi de préciser dans les ordonnances le périmètre d’appréciation des difficultés économiques d’une entreprise. Une mesure à laquelle s’est opposée la gauche du Sénat.

Les difficultés économiques des entreprises doivent s’apprécier au niveau national, pour le Sénat

Autorisant le gouvernement à modifier les dispositions relatives au licenciement pour motif économique, les sénateurs ont choisi de préciser dans les ordonnances le périmètre d’appréciation des difficultés économiques d’une entreprise. Une mesure à laquelle s’est opposée la gauche du Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Les sénateurs ont sans doute eu l’occasion ce jeudi matin de revivre les débats sur la loi sur la croissance et l’activité de 2015, ou encore ceux sur la loi El Khomri de 2016.

Lors de l’examen du projet de loi d’habilitation autorisant le gouvernement à prendre des mesures pour renforcer le dialogue social, le Sénat s’est penché sur les dispositions relatives au licenciement économique. Et notamment sur la manière de fixer le périmètre des difficultés économiques d’une entreprise présente dans plusieurs pays. Faut-il apprécier ces difficultés au niveau de l’entreprise, ou du groupe tout entier, au niveau international ?

« Un certain nombre de concertations en cours »

Contre l’avis du gouvernement, le Sénat est resté à la version adoptée par la commission des Affaires sociales. Dans ses ordonnances, le gouvernement aura la possibilité de définir des « aménagements » à la règle suivante :

« Les difficultés économiques et la sauvegarde de la compétitivité d’une entreprise appartenant à un groupe sont appréciées au niveau des entreprises appartenant au même groupe, situées en France, et relevant du même secteur d’activité. »

Or, dans le texte voté par l’Assemblée nationale, la loi d’habilitation indiquait que le périmètre géographique et le secteur d’activité restaient à définir pour apprécier la difficulté économique.

« Le gouvernement ne veut pas que l’on tranche cette réflexion sur le périmètre ce matin, il y a un certain nombre de concertations qui sont en cours », a prévenu le secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne, qui remplaçait Muriel Pénicaud, en discussion avec les partenaires sociaux.

« Il y a un certain nombre de concertations qui sont en cours », rappelle Jean-Baptiste Lemoyne
01:36
« Il y a un certain nombre de concertations qui sont en cours », rappelle Jean-Baptiste Lemoyne
Nicole Bricq : "Madame la ministre n'est pas à la plage"
00:56
« La concertation elle continue. Madame la ministre n'est pas à la plage », précise Nicole Bricq

« Une prime aux délocalisations », pour les socialistes

Pour le rapporteur de la commission des Affaires sociales, Alain Milon, il en va du « renforcement de l’attractivité de notre économie » (voir vidéo de tête) :

« Notre position vise à mettre fin à une exception française en Europe car notre législation, pendant des années, n’a pas défini la difficulté économique et a conféré au juge un rôle important pour pallier ce vide juridique. Car les investisseurs ne doivent pas se sentir prisonniers de leurs investissements en France en cas de difficulté. »

Même s’il considère que la Haute assemblée va trop vite en besogne sur ce point, Jean-Baptiste Lemoyne reste d’accord sur le diagnostic. « Le périmètre mondial : on est les seuls à avoir ce type d’appréciation. Il n’est pas une prime aux délocalisations, il est une prime aux non-localisations », a-t-il déclaré, en réponse aux critiques de la socialiste Marie-Noëlle Lienemann.

La sénatrice de Paris avait accusé le gouvernement « d’accélérer les possibilités de préparer les délocalisations et l’optimisation fiscale » :

Ordonnances : "C'est une véritable prime aux délocalisations", dénonce Marie-Noëlle Lienemann
02:33
« C'est une véritable prime aux délocalisations », dénonce Marie-Noëlle Lienemann

Ses collègues du groupe se sont montrés tout aussi inquiets. « Si cet amendement a pour but de préparer les prochains « Molex », nous n’en voulons pas », s’est exclamé le sénateur Jérôme Durain.

« Qu’est-ce qui est dans le viseur ? C’est l’arrêt de la Cour de cassation qui oblige la société mère à venir au secours de sa filiale », a déploré Martial Bourquin, qui regrette que le « gouvernement revienne à la charge avec le périmètre des licenciements économiques ».

« Le gouvernement revient à la charge avec le périmètre des licenciements économiques », accuse Martial Bourquin
01:22
« Le gouvernement revient à la charge avec le périmètre des licenciements économiques », accuse Martial Bourquin

Du côté des communistes, Annie David a jugé la disposition « profondément inacceptable ».

Avec l’adoption de l’article 3, le Sénat habilite également le gouvernement à prendre des ordonnances sur les conditions de reclassement dans les entreprises ou encore des critères d’ordre des licenciements pour motif économique.

Partager cet article

Dans la même thématique

SoftBank CEO Masayoshi Son Meets French President Emmanuel Macron at Elysee Palace
5min

Politique

Nouvelle dissolution avant la présidentielle 2027 ? Une « instrumentalisation » de la Constitution que rien n’interdit

Plusieurs conseillers du camp présidentiel évoquent dans la presse la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale avant la tenue de la présidentielle 2027 pour compliquer la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national. Un scénario inédit sous la Vème République, que rien n’interdit formellement, mais qui dévoierait l’esprit de la Constitution, de l’avis de plusieurs juristes.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
7min

Politique

Affaire Lyhanna : après un rapport accablant de l'inspection, la responsabilité politique est-elle écartée ?

L'inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice déclenchée par la mort de la jeune Lyhanna a pointé, ce lundi, une série de dysfonctionnements suite au dépôt de plainte pour viols sur mineure de moins de 15 ans déposée en août 2025 contre Jérôme Barella. Sébastien Lecornu indique que « la puissance publique ne se défaussera pas » face à « une vérité d'une extrême gravité » et promet des mesures, sans évoquer la proposition de « loi intégrale » sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

France Extreme Weather Heat
8min

Politique

Canicule : le congé climatique fait monter la température politique

Face à une nouvelle vague de chaleur, les Écologistes proposent la création d’un « congé climatique » de cinq jours par an. Une mesure qui est déjà mise en place en Espagne depuis 2024. Entre urgence sanitaire, coût économique et adaptation de la société, la mesure attise les débats bien au-delà du thermomètre.

Le