Les écologistes à la croisée des chemins
À plus d’un an des présidentielles, les appétits s’aiguisent déjà chez Europe Ecologie-Les Verts. Auréolé de sa victoire aux municipales, le parti se retrouve pris en tenaille par les deux chefs de file, Yannick Jadot et Eric Piolle, dont le duel n’enchante pas les élus, dont certains s'étaient retrouvés aux Journées d'été du parti, à Pantin.

Les écologistes à la croisée des chemins

À plus d’un an des présidentielles, les appétits s’aiguisent déjà chez Europe Ecologie-Les Verts. Auréolé de sa victoire aux municipales, le parti se retrouve pris en tenaille par les deux chefs de file, Yannick Jadot et Eric Piolle, dont le duel n’enchante pas les élus, dont certains s'étaient retrouvés aux Journées d'été du parti, à Pantin.
Public Sénat

Par H. L. avec AFP

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Yannick Jadot ou Eric Piolle ? Tandis que les écologistes se réunissaient à l’occasion de leurs journées d’été pour élaborer un programme susceptible de fédérer les forces de gauche, les deux rivaux mettent en scène leurs divergences.

Après l’interview de Yannick Jadot, tentant d’imposer à son propre parti la nomination d’un candidat « avant janvier » 2021, c’est au tour d’Eric Piolle de faire entendre sa petite musique. Le maire de Grenoble est allé plaider pour un dialogue avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, aux amphis d'été des Insoumis à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme).

Les deux hommes se sont entretenus en privé à l'arrivée de l'écologiste avant de traverser ensemble les stands de l'événement et de prendre la parole sur scène, devant les militants Insoumis.

Lune de miel entre Eric Piolle et Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a salué en Eric Piolle un « ami » et « l'un des porte-parole les plus notoires » d'EELV, déclarant que « sa présence ici a une signification » : « Il faut aller à l'essentiel, certes discuter sur les désaccords mais aussi savourer ce sur quoi on est d'accord ».

« Je souhaite que ça pèse dans le débat à EELV, pour que nous nous voyions autrement que comme des concurrents », a ajouté le patron des députés Insoumis.

EELV a remporté plusieurs grandes villes aux élections municipales en juin, tandis que le poids de LFI, très discrète dans la campagne, a été faible. Jean-Luc Mélenchon a cependant envoyé plusieurs signaux, ces dernières semaines, sur une probable candidature à la présidentielle de 2022.

Un Yannick Jadot jugé trop libéral

Très applaudi à son arrivée, Eric Piolle, dont la majorité est composée d'Insoumis, a quant à lui rappelé : « Si nous avons gagné à Grenoble en 2014, c'est que nous avions la conviction que l'envie de faire ensemble dépassait tout. »

« Ce poids je veux aujourd'hui le mettre au service d'une ambition collective qui aille encore plus loin que ce que tu as fait en 2017 » (lorsque le leader Insoumis avait récolté 19,58 % des voix), a lancé l'édile grenoblois.

Celui-ci multiplie les apparitions médiatiques depuis quelques mois, apportant un contrepoids au sein d'EELV aux ambitions de l'eurodéputé Yannick Jadot, jugé trop libéral par LFI.

Eric Piolle a proposé qu'EELV et LFI « fassent la démonstration qu'ensemble on peut gagner » en s'alliant dans quatre régions pour les élections de 2021. « Piolle est la seule personne (à EELV) qui dit que c'est possible », s'est réjoui M. Mélenchon, qui veut cependant aller plus loin : « Il y a 13 régions, nous sommes pour que ce soit la même chose partout. »

« On a en partie gagner la bataille culturelle »

L’initiative fera-t-elle consensus au sein d’EELV ? « Il y a 98 % des propositions qui sont partagées par l’ensemble des organisations de gauche. C’est l’urgence écologique et sociale, estime le sénateur de l’Isère, Guillaume Gontard. Il n’y a pas à construire un parti hégémonique, il nous faut nous rassembler. »

Les écologistes espèrent que l’urgence climatique fera taire les divergences en matière de fiscalité, de rapport à l’État ou encore de construction européenne : « On a en partie gagné la bataille culturelle, affirme la maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy. Nous ne gagnerons pas si nous ne faisons pas de la place aux personnes qui font du chemin vers l’écologie. »

Mais le parti reste tiraillé par les ambitions de Yannick Jadot, qui tente d’accélérer le calendrier : « L'écologie politique doit avoir sa candidature et lancer la construction de son projet avant le mois de janvier, pour prendre le temps de rassembler très largement », a-t-il affirmé.

« Je crois aujourd’hui que l’état d’esprit n’est pas à suivre quelqu’un mais à suivre les idées », rétorque la maire de Poitiers. « Yannick Jadot reflète une attente médiatique, qui veut nous enfermer dans une mise en scène de l’élection présidentielle sur la base d’un combat de personnes. »

Il faudra pourtant départager ces deux rivaux, piqués par le virus de la présidentielle. Yannick Jadot a d’ores et déjà écarté le principe d’une primaire, « une machine à diviser », estime-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les écologistes à la croisée des chemins
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Les écologistes à la croisée des chemins
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le