Les Européennes, un défi extérieur aussi pour Macron
Le président français Emmanuel Macron, qui s'est posé en rempart contre le populisme et en chantre de la refondation de l'UE,...

Les Européennes, un défi extérieur aussi pour Macron

Le président français Emmanuel Macron, qui s'est posé en rempart contre le populisme et en chantre de la refondation de l'UE,...
Public Sénat

Par Valérie LEROUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le président français Emmanuel Macron, qui s'est posé en rempart contre le populisme et en chantre de la refondation de l'UE, risque gros en termes d'image et d'influence s'il rate son pari aux élections européennes.

"Au niveau du symbole, perdre les élections européennes dans son propre pays serait un désaveu pour quelqu'un d'aussi pro-européen", esquisse Sébastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors, un centre de réflexion fondé par l'ex-président français de la Commission européenne.

Vainqueur de la présidentielle en 2017 face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a fait de la lutte contre les populistes et les nationalistes la mère de toutes les batailles.

Mais à une semaine du scrutin, le 26 mai, son parti est au coude-à-coude dans les sondages avec le Rassemblement national de Marine Le Pen qui compte bien prendre sa revanche sur 2017 (chacun est crédité d'environ 22%).

Le chef de l'Etat a aussi placé la "renaissance de l'Europe" au cœur de son action, multipliant les propositions sur la zone euro, la défense ou le salaire minimum européen pour tenter de faire bouger les lignes dans l'UE.

"L'enjeu pour Emmanuel Macron c'est d'être influent dans le futur Parlement européen, qui a de vrais pouvoirs et est un vrai législateur, ce qui n'est pas gagné", poursuit Sébastien Maillard.

"Si vous n'avez pas de relais au Parlement européen, votre influence européenne est entravée. C'est cela qui se joue avec ces élections, face au risque nationaliste", renchérit-t-on à l'Elysée.

- Plaques tectoniques -

Après avoir bousculé l'échiquier politique français avec sa devise "ni de droite, ni de gauche", le parti présidentiel La République en marche (LREM) ambitionne de récidiver au Parlement européen.

Mais la tâche s'annonce ardue face aux conservateurs du PPE (Parti populaire européen) et aux Socialistes et Démocrates (S&D), deux places-fortes de l'hémicycle européen.

Au vu des sondages, le groupe que le président compte créer, avec les forces libérales d'ALDE, peut espérer une centaine de sièges sur 751.

Le PPE et S&D, qui dominaient le Parlement, devraient perdre leur capacité à former une majorité à eux seuls mais resteront incontournables (ils sont crédités d'environ 180 et 150 sièges).

Ces jeux de plaques tectoniques alimentent les tensions entre Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, dont le parti (CDU) est une clé de voûte du PPE, au moment où le couple franco-allemand est grippé.

"Macron défie le PPE alors que l'intérêt de Merkel est de garder un PPE le plus solide possible", souligne Claire Demesmay à l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP).

Il est aussi hostile à la règle du "Spitzenkandidat" imposée en 2014 par le Parlement européen en vertu de laquelle la famille politique arrivée en tête du scrutin décroche la présidence de la Commission européenne.

L'Allemand Manfred Weber, soutenu par la chancelière, paraît favori mais Paris pourrait avoir un autre candidat en tête, le Français Michel Barnier, négociateur en chef de l'UE sur le Brexit.

- "Tenir sa capitale" -

Le chef de l'Etat, en perte de vitesse en interne comme à l'extérieur depuis un an, cherche aussi à retrouver ses marques en Europe à travers ce scrutin.

"Le paysage européen est très éclaté, il n'y a pas de leadership et Macron n'a pas réussi à imposer le sien", considère Jean-Thomas Lesueur, politologue à l'Institut franco-belge Thomas More.

A son arrivée au pouvoir, le président français incarnait par sa jeunesse et son audace politique face au "vieux monde" l'espoir d'un vent nouveau.

"Il y a un an, il recevait le Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, c'était un peu un moment de grâce et une façon de saluer le réveil de l'Europe qu'il tentait d'insuffler", rappelle Sébastien Maillard.

Mais il était surtout attendu sur sa capacité à réduire les déficits et à réformer la France. Et là, "les Allemands ont assez vite déchanté", note Jean-Thomas Lesueur.

Emmanuel Macron a en particulier annoncé des plans d'un coût de 17 milliards d'euros pour désamorcer la crise sociale des "gilets jaunes" qui a dégénéré à plusieurs reprises en émeutes de rue à Paris.

"Je me souviens d'un eurodéputé allemand disant + si on ne peut pas tenir sa capitale, comment prétendre vouloir gouverner l'Europe+. Son capital politique a été sérieusement entamé en Europe", estime Sébastien Maillard.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les Européennes, un défi extérieur aussi pour Macron
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Les Européennes, un défi extérieur aussi pour Macron
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le