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Extrait du documentaire « Le Tour de France, une passion française » de Jean-Louis Pérez

Les « films de l’été » 3/8 : Le Tour de France, une histoire populaire de l’Hexagone

C’est un monument français, une course mythique, et des souvenirs partagés par tous les Français. Marqué par les guerres, le développement des Trente Glorieuses ou la marchandisation du sport, la Grande Boucle célèbre depuis près d’un siècle la France rurale et populaire. Une histoire retracée dans le film « Le Tour de France, une passion française » de Jean-Louis Pérez, écrit avec Anna Breteau diffusé cet été sur Public Sénat.
Mathieu Terzaghi

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L’épreuve mythique nait en 1903. A l’origine, le tracé faisait le tour de l’hexagone en longeant ses frontières, sur des chemins de terre cabossés et sinueux. Une étape comme Paris-Lyon pouvait faire près de 500 km de long. Pour Michel Moyrand passionné du tour, les coureurs de l’époque sont de véritables forçats de la route, vu comme des « des héros, des surhommes ». A l’image d’Eugène Christophe, coureur qui cassât sa fourche en 1913 et la répara lui-même dans une forge, après avoir parcouru 14 km à pied en portant son vélo.
Jean-François Mazan, petit-fils du coureur Lucien Petit-Breton, explique : « En 1907, pour être coureur, il fallait être issu de la classe ouvrière, quelqu’un qui avait l’habitude de l’effort et qui devenait une bête de somme ».

Symbole de la France rurale et populaire, le Tour est aussi vu comme un facteur d’intégration à la communauté nationale. A l’époque le Tour est déjà le symbole d’une France oublié. C’est généralement ce qu’on retient encore aujourd’hui de cette course unique, l’évènement sportif le plus regardé à travers le globe après la Coupe du Monde de football masculin et les Jeux olympiques.

Avec la Première Guerre Mondiale, « les forçats de la route deviennent des soldats de la Nation » raconte le film, reprenant une expression d’Albert Londres. En 1918, après la victoire française, le retour de l’Alsace et de la Lorraine dans la Nation est symbolisé par le passage du Tour à Strasbourg et Metz. Une nouveauté apparaît alors : le maillot jaune. Émile Mercier, issu de la famille ayant créé les célèbres cycles Mercier, en parle en ces termes : « Cette couleur n’existait pas dans le peloton, donc le jaune est devenu la référence. Tous les spectateurs peuvent le repérer, l’applaudir et accroître leur identification avec cet homme à la fois loin et très proche ».

Le Tour dans les soubresauts de l’Histoire

Pendant les Années folles, les Français font du vélo… En l’espace de 15 ans, les ventes de bicyclettes triplent. En juin 1936, les congés payés permettent aux classes populaires de venir voir le Tour, ce qui insuffle un nouvel intérêt pour l’épreuve. Mais la montée des nationalismes met fin à cette parenthèse dorée. Les marques de cycles floquées sur les maillots des coureurs laissent place aux couleurs de leurs nations respectives. Hitler ou Mussolini n’hésitent pas à instrumentaliser les victoires de leurs champions nationaux. Certains résistent, à l’image de Gino Bartali, qui refuse de faire le salut fasciste devant le Duce. A partir de juillet 1940, le Tour s’arrête pour la durée de la Seconde Guerre Mondiale.

Anquetil, Merckx et Poulidor

Au lendemain de la guerre, le journal L’Auto qui organisait l’épreuve disparait, empêtré dans la collaboration, pour laisser place à L’Équipe. S’ensuivent les Trente Glorieuses, une ère de consommation où se généralise la publicité. Pendant cette période, un nom va émerger Raymond Poulidor.

Les coureurs deviennent des figures populaires, et qu’importe qu’il ne gagne jamais l’épreuve, une légende nait se souvient Michel Moyrand : « Nous aimions Raymond Poulidor parce que c’est quelqu’un de chez nous, parce que c’était quelqu’un comme nous. Pour mes parents, pour le voisinage, pour la région, c’était un fils, un frère, un cousin, un tonton. C’était quelqu’un de la famille ».
Edmond Mercier abonde : « C’était un amour de mec, c’était un gars exceptionnel ».

Aujourd’hui le Tour reste fidèle à l’esprit de ses débuts malgré la professionnalisation progressive entamée depuis les années 1980. Les scandales du dopage comme celui de l’équipe Festina en 1998, de Lance Armstrong ou Jan Ullrich entacheront l’image de l’épreuve, mais sans jamais vraiment la ternir : « Je sais que la triche existe et existera toujours, mais trop en parler, ça m’a énervé » affirme un intervenant du film, Amar Hamada.

Dernière évolution en date le retour du Tour féminin en 2022. Pour Marion Rousse, championne nationale de cyclisme sur route et directrice du Tour féminin, le succès d’audience et la ferveur du public au bord de la route est un signal important envoyé aux nouvelles générations : « Ça y est, enfin les petites filles vont pouvoir s’identifier à des championnes ».
Le vélo féminin s’ancre peu à peu dans la « normalité ». Le Tour sait et doit se réinventer pour perdurer…

Retrouvez le documentaire Le Tour de France, une passion française de Jean-Louis Pérez samedi 2 août à 19h30 puis en replay sur notre site internet ici.

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