Les jeunes désenchantés par la politique mais résolument engagés
"On nous dit désengagés, dé-politisés, mais c'est juste que nous nous engageons différemment!": Loïc Frohn, 19 ans, réfute les...

Les jeunes désenchantés par la politique mais résolument engagés

"On nous dit désengagés, dé-politisés, mais c'est juste que nous nous engageons différemment!": Loïc Frohn, 19 ans, réfute les...
Public Sénat

Par Joëlle GARRUS

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"On nous dit désengagés, dé-politisés, mais c'est juste que nous nous engageons différemment!": Loïc Frohn, 19 ans, réfute les poncifs sur la jeunesse française, présumée désinvestie, égoïste, à l'approche du premier tour de l'élection présidentielle française.

Et les études lui donnent raison: si elle se défie de la politique, sa génération s'engage, autrement.

Loïc qui a grandi dans un quartier populaire en région parisienne est un de ces jeunes citoyens qui agit pour ses convictions. Par "envie de se battre pour l'égalité, la diversité et la solidarité", ce jeune homme à la silhouette fine et à l'énergie débordante s'est engagé après le lycée dans un service civique, un dispositif qui permet aux 16-25 ans de faire une mission d'intérêt général de six à douze mois, moyennant une petite indemnisation (577 euros nets). Il est devenu ensuite "ambassadeur" de ce service civique.

L'an dernier près de 100.000 jeunes ont effectué de telles missions, un chiffre qui a quasiment triplé en deux ans.

"On dit que nous ne sommes pas engagés peut-être à cause des taux de participation aux élections. Mais plutôt que d'aller voter pour des gens qui ne représentent pas forcément nos valeurs, on va nous-mêmes représenter nos valeurs à travers nos actions", explique Loïc.

En France, l'abstention touche deux tranches d'âge: les électeurs très âgés et les jeunes, déjà moins inscrits sur les listes électorales. En 2012, lors de la dernière présidentielle, près d'un inscrit sur 5 de moins de 25 ans n'a pas voté (19%, pour 13% d'abstention au total).

En mars, dans la tranche des 18-25 ans, un jeune sur deux prévoyait de ne pas aller voter à la présidentielle des 23 avril et 7 mai.

"La défiance envers le système politique est écrasante", souligne la sociologue Anne Muxel. La chercheuse a travaillé sur le volet France d'une vaste enquête européenne, "Generation What", selon laquelle "87% n'ont pas confiance dans la politique et 99% pensent que les politiques sont plus ou moins corrompus".

Mais "cela ne veut pas dire que les jeunes ne croient plus dans l'action politique" ou sont apathiques. Chez eux, "il y a une forte propension à la démocratie directe et à la protestation". Et "63% disent avoir confiance dans les organisations humanitaires", selon elle.

- 'Une vraie conscience' -

Les études corroborent: les jeunes Français sont de plus en plus présents dans le monde associatif.

Derrière l’Islande, ils sont même les plus régulièrement engagés dans le bénévolat en Europe, selon des chercheurs français qui citent l'enquête Eurofound 2012 sur la qualité de la vie.

En 2016, 35% donnaient du temps bénévolement, au moins de façon ponctuelle, à une organisation, contre 26% un an plus tôt.

Pour Anne Muxel les attentats de 2015 ont "clairement suscité une envie d'engagement, une mobilisation peut-être plus morale, en tout cas une prise de conscience, un certain retour du civisme".

Pour autant, le désir d'engagement n'est "pas du tout nouveau": selon elle, "les jeunes n'ont pas du tout déserté le terrain de l'action collective", descendant par exemple dans la rue pour ou contre des réformes.

A côté de l'engagement traditionnel -- "aller voter, adhérer à un parti ou un syndicat"-- il y a en effet "chez les jeunes d'autres formes d'engagement aujourd'hui", souligne Milena Lebreton-Chebouba, déléguée générale du Forum français de la jeunesse, fédérant une kyrielle d'associations.

Ces choix "alternatifs sont par exemple: créer sa propre association, un projet dans son quartier, dans l'économie sociale et solidaire... Et il y a un engagement qui se développe dans le numérique notamment. C'est aussi s'intéresser à la vie publique!"

"On a tendance à limiter au bénévolat. Mais un jeune qui décide sur son temps libre, en dehors de toutes structures, de faire des vidéos de vulgarisation, de tenir un blog sur la citoyenneté, c'est aussi de l'engagement !" approuve Nicolas Bertrand, 26 ans, ex-bénévole d'une association d'aide à la presse écrite "jeune".

Sans compter, les signatures de pétition, le boycottage de marques qui va à l'encontre de ses valeurs...

"Les jeunes ne sont peut-être plus dans l'engagement sacrificiel mais ont une vraie conscience", estime Nicolas.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le