Les larmes de Nicolas Hulot : « J’ai le cœur triste, j’ai l’esprit libre, la conscience tranquille »
« Osons l’espoir, osons l’utopie » a lancé Nicolas Hulot lors de la passation de pouvoir avec François de Rugy, qui le remplace au ministère de la Transition écologique et solidaire. Il a rappelé l’« état d’urgence écologique ».

Les larmes de Nicolas Hulot : « J’ai le cœur triste, j’ai l’esprit libre, la conscience tranquille »

« Osons l’espoir, osons l’utopie » a lancé Nicolas Hulot lors de la passation de pouvoir avec François de Rugy, qui le remplace au ministère de la Transition écologique et solidaire. Il a rappelé l’« état d’urgence écologique ».
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les larmes d’un (ex)-ministre, c’est rare. En prononçant ses derniers mots pour la passation de pouvoir avec François de Rugy, son successeur, Nicolas Hulot n’a pu cacher son émotion (voir la vidéo ci-dessous). Sa femme le réconforte sur le perron. Face aux nombreuses caméras, ce n’est plus un ministre, mais il est encore un homme public, dont la parole n’a peut-être jamais autant porté.

Les larmes de Hulot à la passation de pouvoir au ministère de l'Écologie
00:56

« Ne pas reproduire en permanence un modèle qui n’est pas la solution »

« J’ai le cœur qui est triste. J’ai l’esprit libre. J’ai la conscience tranquille. Mais ne doutez à aucun instant que ma démission signifie une forme de résignation. Elle est simplement le signal d’une nouvelle mobilisation. Le sens de ma décision, ce n’est pas de baisser les bras, c’est de lever les yeux, c’est de regarder en face une dure réalité que nous avons ensemble à étreindre. Ne pas la fuir ». C’est par ces mots que Nicolas Hulot est revenu, pour la première fois depuis sa démission, sur son acte qui ébranle le gouvernement depuis une semaine, jusqu’au remaniement, annoncé ce mardi.

On pouvait imaginer qu’il ne remuerait pas à nouveau le couteau dans la plaie. Il n’en est rien. L’ex-ministre a profité de cette tribune pour rappeler le sens de son geste et exprimer sa différence. Soit son désaccord avec Emmanuel Macron. « Osons l’espoir, osons l’utopie » a-t-il lancé, utilisant un mot devenu péjoratif dans le vocabulaire de bien des politiques. « Ce n’est pas reproduire en permanence un modèle qui n’est pas la solution et reproduit les mêmes effets » a mis en garde Nicolas Hulot, qui a dénoncé le modèle libéral en démissionnant. Comme un pied de nez à la philosophie macronienne, il ajoute : « Soyons disruptifs, soyons inventifs, soyons créatifs, soyons unis ».

« Construire ce nouveau monde »

« Nous sommes dans un état d’urgence écologique qui mérite qu’on se retrouve sur l’essentiel, qu’on change de prisme, qu’on change de paradigme. Le sens de ma décision c’est que nous prenions ensemble la mesure des enjeux, des risques, mais aussi que nous saisissions l’opportunité, pendant que nous le pouvons encore, de construire ce nouveau monde » a encore affirmé Nicolas Hulot, qui rappelle que « nous faisons partie de la nature. Nous en sommes la partie consciente ».

Il a reconnu à nouveau une forme d’échec, en s’adressant à son remplaçant : « Mon cher François, je n’ai pas en l’état réussi à combler cette ligne de faille entre deux cultures, entre deux intelligences, l’économie et l’écologie. Mais ce n’est pas une fatalité. Et ce qui n’a pas été possible hier le sera, je l’espère, demain ».

« Mon geste est un geste d’espoir »

Il a remercié Emmanuel Macron « pour sa confiance » et pour son « élégance » et a salué le premier ministre Edouard Philippe – « nous avions probablement une grille de lecture différenciée sur l’urgence » dit-il pudiquement, « mais nous avions commencé à additionner nos points de vue ». Il a salué les équipes de son ministère, en dénonçant au passage la baisse des moyens : « On vous en demande beaucoup plus en vous en donnant beaucoup moins. Ça a probablement alimenté aussi ma décision »…

Lucide, Nicolas Hulot passe le relais sans perdre une forme d’optimisme, malgré l’urgence de la situation écologique : « Mon geste est un geste d’espoir. Il n’a pas éteint l’espoir, il l’a réveillé, je l’espère, je le souhaite ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Les larmes de Nicolas Hulot : « J’ai le cœur triste, j’ai l’esprit libre, la conscience tranquille »
4min

Politique

Fin de vie : le Sénat vote un texte vidé de sa substance, la gauche dénonce un « sabotage » de la droite

Dans la nuit, le Sénat a adopté la proposition de loi relative à l’aide à mourir mais en supprimant les deux articles phares, le principe de l’assistance à mourir et ses modalités, rendant le texte inopérant. La majorité sénatoriale s’est divisée sur la version rédigée par la commission des affaires sociales qui préconisait une version de compromis. Le patron de LR, Bruno Retailleau avait indiqué qu’il rejetterait le texte quelle que soit sa rédaction.

Le

Les larmes de Nicolas Hulot : « J’ai le cœur triste, j’ai l’esprit libre, la conscience tranquille »
3min

Politique

Fin de vie : le Sénat vote le principe « du droit opposable au soulagement » 

Le Sénat a voté en faveur « d’un droit opposable au soulagement » lors de l’examen de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. Après avoir rejeté l’article qui fixait les conditions, le Sénat est donc également revenu sur le principe de « l’assistance médicale à mourir », défendue par la commission des affaires sociales ». 

Le

Les larmes de Nicolas Hulot : « J’ai le cœur triste, j’ai l’esprit libre, la conscience tranquille »
4min

Politique

Fin de vie : le Sénat, divisé, vide le texte de sa substance en rejetant l’article phare sur « l’aide à mourir »

Coup de théâtre, mercredi les sénateurs ont rejeté l’article 4, le cœur de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. La commission des affaires sociales avait considérablement réduit la portée du texte en remplaçant un « droit à l’aide à mourir » par « une assistance médicale à mourir », pour les malades dont le pronostic vital » est engagé à très court terme. La majorité sénatoriale divisée n’est pas parvenue à s’entendre sur cette version.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
4min

Politique

Budget : quand Sébastien Lecornu zappe les sénateurs dans sa lettre aux parlementaires…

Suite aux recours au 49.3 par le premier ministre pour faire adopter le budget, Sébastien Lecornu a écrit aux parlementaires pour expliquer les principales mesures de ce budget de compromis. Une lettre envoyée aux seuls députés en réalité. Les sénateurs, eux, ne l’ont pas reçue. Ils devront attendre le retour du texte à la Haute assemblée pour que le premier ministre leur écrive.

Le