Les médecins généralistes manifestent à Paris pour protester contre « une loi scélérate »
Après une première manifestation le 5 janvier, les médecins sont à nouveau descendus dans la rue ce 14 février pour s’opposer à la loi Rist actuellement en discussion au Sénat.

Les médecins généralistes manifestent à Paris pour protester contre « une loi scélérate »

Après une première manifestation le 5 janvier, les médecins sont à nouveau descendus dans la rue ce 14 février pour s’opposer à la loi Rist actuellement en discussion au Sénat.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La proposition de loi des députées Renaissance, Stéphanie Rist et Aurore Bergé, est examinée aujourd’hui en séance, après avoir été largement modifiée par le Sénat en commission. Dans ce contexte, les syndicats de médecins généralistes libéraux ont appelé à défiler dans les rues de Paris. Le cortège s’est élancé des invalides un peu avant 13 heures pour arriver au Panthéon aux alentours de 16 heures.

Le texte, très critiqué, vise la facilitation de l’accès à certains soins paramédicaux comme ceux des kinésithérapeutes ou des ophtalmologistes. La proposition de loi entend également faciliter la prescription de soins et d’examens par des infirmiers en pratique avancée. Les médecins, généralistes comme spécialistes, redoutent la création d’une médecine à deux vitesses et in fine un désamour de la profession menant à une crise des vocations.

« On va mettre des gens qui ont fait une à deux années de médecine devant des patients ».

L’un des principaux points de crispation autour de la proposition de loi sur « l’amélioration de l’accès aux soins » réside dans la possibilité pour les « infirmiers en pratique avancée » (IPA) de réaliser des soins et de prescrire certains examens et ordonnances. L’objectif est de fluidifier le parcours de santé en se rendant directement devant un IPA sans consulter de médecin généraliste. Dans le même ordre d’idée, la proposition de loi prévoit également la possibilité d’accéder directement à certains spécialistes du secteur paramédical sans passer par un médecin généraliste.

Des mesures jugées inadmissibles pour la plupart des syndicats de médecine libérale. Pour Sophie Bauer, présidente du Syndicat de médecine libérale (SNL), il s’agit tout simplement d’une loi « scélérate » qui « tente de mettre à genoux la médecine libérale ». Un point de vue partagé par de nombreux manifestants présents dont Robin, médecin généraliste remplaçant en Haute-Saône, pour qui « On a organisé une pénurie de médecins pour faire accepter aux patients qu’ils soient soignés par des professions médicales intermédiaires ». Il a aussi alerté sur l’existence de risques inhérents à la loi Rist « On va mettre des gens qui ont fait une à deux années de médecine devant des patients ».

« Nous nous opposons à une médecine à deux vitesses, stop au diviser pour mieux régner »

Les médecins généralistes redoutent avant tout le passage à une médecine « à deux vitesses ». Il s’agit du cœur du problème selon Agnès Giannotti, présidente de Médecins généralistes France (MG), « Nous nous opposons à une médecine à deux vitesses, stop au diviser pour mieux régner ». L’objectif n’était pourtant pas d’opposer la médecine générale aux secteurs du paramédical pour Agnès Giannotti (MG) qui a ajouté « C’est notre complémentarité qui fait notre force ».

La mobilisation du 14 février a aussi été l’occasion d’observer une certaine union entre les différents syndicats et représentants de la médecine générale. Le jeune collectif « Médecins pour demain » était présent et sa fondatrice, Christelle Audigier, a affirmé son opposition au texte : « La loi Rist/ Bergé est une aberration ». Cette dernière a rappelé qu’il s’agissait d’un problème à résoudre sur le temps long « Il faut au moins dix ans pour former un médecin, seul un médecin peut remplacer un médecin, tout autre choix est un danger ».

Vrai problème, mauvaises solutions ?

Si le constat sur les difficultés d’accès aux soins est partagé par une large majorité de médecins, comme des patients, avec la loi Rist il serait impossible d’apporter des solutions durables à cette situation, selon les médecins en colère. Pour les manifestants, une solution efficace consisterait à augmenter le prix de la consultation pour ainsi permettre aux médecins de se désengorger d’un certain nombre de tâches, administratives notamment.

Une réalité qu’il convient de nuancer pour Gérard Raymond, président de France Assos Santé, qui a « toujours été favorable à la loi Rist, bien qu’elle soit insuffisante ». Pour ce dernier, une meilleure coopération entre les médecins et le secteur paramédical permettrait « non pas de dissoudre leurs compétences mais au contraire les enrichir ». Gérard Raymond appelle aussi à « entendre les besoins des patients, aujourd’hui 6 millions de personnes n’ont pas de médecins traitant ».

Enfin, par rapport à la « Taxe lapin » - un système qui consiste à faire payer le coût de la consultation aux patients ne se présentant pas aux rendez-vous - ajoutée par le Sénat en commission, il s’agit pour Gérard Raymond de la « cerise sur le gâteau ». Pour ce représentant des usagers, le problème serait en premier lieu issu des délais d’attente extrêmement longs.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Les médecins généralistes manifestent à Paris pour protester contre « une loi scélérate »
4min

Politique

VSS dans le sport : « On est passé de 10 cas à 400 par an » alerte ce sénateur

Mathilde De Kerangat, ex-athlète olympique de voile, révélait en 2022 avoir été victime d’agressions sexuelles de la part de son entraîneur quand elle pratiquait l’athlétisme entre l’âge de 7 et 11 ans. Aujourd’hui, elle s’engage au sein de l’observatoire des violences sexistes et sexuelles dans le sport et s’engage auprès des plus jeunes pour faire de la prévention. Elle témoigne dans l’émission Sport etc. présentée par Caroline Delage.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
9min

Politique

Sénatoriales : après les municipales, le groupe LR pourrait « perdre de 3 à 5 sièges », face à la poussée du RN

Les municipales permettent déjà de faire des projections sur les sénatoriales de septembre 2026. Sur le papier, les LR craignent de perdre 3 à 5 sièges, mais le scrutin de 2029 s’annonce meilleur. Au groupe centriste, son président Hervé Marseille mise sur une « forme de stabilité ». Globalement, le sénateur LR Roger Karoutchi assure qu’« il n’y a pas de risque sur la majorité sénatoriale », qui restera « très large ».

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
4min

Politique

Présidentielle : les adhérents LR désignent Bruno Retailleau comme candidat

Le président des Républicains a été investi par son parti pour l’élection présidentielle ce dimanche, à la suite d’un vote en ligne des adhérents. La confirmation de la candidature de Bruno Retailleau était une étape nécessaire, mais n’épuise pas les questions sur la suite de la campagne présidentielle à droite. 

Le