Les parlementaires LR contraints de rester derrière Fillon

Les parlementaires LR contraints de rester derrière Fillon

Alors qu’une minorité de parlementaires LR continue de demander le retrait de François Fillon, le candidat n’entend pas lâcher. Mais si la majorité des députés et sénateurs font bloc, c’est aussi faute de plan B crédible qui rassemblerait tout le monde.
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« Juste une mise au point… » François Fillon a de nouveau, ce mardi, devant les députés, dû écoper le navire. Non, il ne retirera pas sa candidature malgré les affaires et non, il n’y a pas de plan B. Et ce n’est pas la réunion, la veille, de 17 parlementaires qui demandent un changement de candidat qui le fera changer d’avis. François Fillon a quand même dû passer plus de temps que prévu pour échanger avec les députés. Si bien qu’il a posé un lapin aux parlementaire UDI qui l’attendaient au Sénat (voir notre article). Mais la droite continue globalement de faire bloc derrière son candidat.

« Je leur conseille de passer plus de temps à taper sur le bilan de François Hollande plutôt qu’essayer de nous diviser »

Ce matin, du côté de la réunion du groupe LR de la Haute assemblée, la tonalité est à la résistance. « Pendant plus d’une heure, on a parlé de la situation, avec une bonne quinzaine de prises de parole. Il y a eu des témoignages forts, mais on garde la cohésion du groupe » selon un participant. Le président du groupe, Bruno Retailleau, chargé de la coordination de la campagne, minimise le poids des frondeurs de droite. « Ils étaient 13 sur 340. Je leur conseille de passer plus de temps à taper sur le bilan de François Hollande plutôt qu’essayer de nous diviser. Ils ne nous diviseront pas. Il n’y a pas de plan B » martèle le président de la région Pays-de-la-Loire (voir la première vidéo, images Pauline Dame). François Fillon devrait justement tenir une conférence de presse jeudi pour dénoncer le bilan de Hollande et Macron.

« Légitimiste », le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, « soutient François Fillon », qui mène campagne « très courageusement alors qu’on traverse un ouragan politique avec un pouvoir excessif des médias pour essayer de le détruire » (voir le début de la troisième vidéo). « 17 c’est moins que 43, pour ceux qui ont de la culture historique » ajoute Gérard Longuet en référence à l’appel  des parlementaires et ministres, dont Jacques Chirac, contre la candidature de Jacques Chaban-Delmas en 1974.

« Faire la tortue et avancer »

Pour le sénateur de Paris Philippe Dominati, « il ne faut pas paniquer ». « On est un certain nombre à continuer à penser que le meilleur candidat c’est François Fillon » ajoute Catherine Procaccia, sénatrice du Val-de-Marne. Pour la sénatrice Sophie Primas, soutien de longue date de François Fillon, « quand il y a des vents contraires, il faut faire preuve d’un esprit d’équipe et comme César, faire la tortue et avancer ». Sur le terrain, selon Alain Joyandet, les retours ne sont pas si catastrophiques. « Il y a ceux qui sont en colère et de l’autre ceux qui disent tenez bon. (…) Sur le terrain, on a le sentiment que ça va un peu moins mal. Voire un peu mieux qu’il y a quelques jours ». Regardez :

Joyandet : "Sur le terrain, on a le sentiment que ça va un peu moins mal"
00:43

Alors que certains s’étonnent du nombre de sarkozystes chez les 17 frondeurs, Roger Karoutchi, qui avait soutenu l’ancien Président pendant la primaire, n’entend pas affaiblir François Fillon. « On est engagé dans la campagne. Pour la gagner, le plus simple, c’est de la faire avec le candidat qui a été choisi par la primaire » souligne le sénateur des Hauts-de-Seine, qui remarque que le « socle électoral » de la droite a « peu bougé » malgré la tempête. Regardez :

Jean-Claude Gaudin et Roger Karoutchi sur les frondeurs de droite
01:28

« Il n’y a pas de solution idéale, donc on continue comme ça »

Mais si la majorité continue à jouer grouper, c’est aussi faute de plan B crédible susceptible de mettre tout le monde d’accord. « Il n’y a pas de solution idéale, donc on continue comme ça. Il faut serrer les dents » explique sous couvert d’anonymat un sénateur. Le risque de division est trop fort ajoute une de ses collègues filloniste : « Il y aura évidement des tensions entre les différents courants de la droite » si Fillon se retire.

En réalité, tout dépend de François Fillon, qui ne veut pas abandonner la partie. « La seule solution serait que le candidat lui-même dise « je n’y vais pas ». A ma connaissance, le candidat dit « j’y vais » » souligne Roger Karoutchi. Quant au plan B, « ça fait trois semaines qu’on en parle. Où est le plan B ? » demande Roger Karoutchi, sous-entendant qu’il n’y en a pas. « Bah voilà… Donc on a un candidat, on fait sa campagne ».

Devant la salle Médicis, où se réunit le groupe chaque semaine, voilà justement un plan B putatif : François Baroin. Comme en écho aux propos de François Fillon, le sénateur-maire de Troyes répète qu’« il n’y a pas d’alternative ». « Il vaut mieux faire corps, faire bloc et être autour de notre candidat pour l’aider d‘abord à relancer la campagne, ça c’est un constat d’évidence, et parler du fond » ajoute François Baroin. Regardez :

François Baroin : « Pas d’autre alternative » que François Fillon
01:52

« Les militants ne veulent plus aller tracter. Et on ne peut pas faire campagne sans troupes »

Reste que le malaise est bien là chez les parlementaires. Le sénateur Alain Houpert, présent à la réunion des frondeurs la veille, demande un changement de candidat. « C’est désespérant. Les militants ne veulent plus aller tracter. Et on ne peut pas faire campagne sans troupes. (…) On n’est pas téléguidé. On est la courroie de transmission du terrain, mais pas d’écurie partisane » explique le sénateur de Côte-d’Or à publicsenat.fr. Il avait été, il y a dix jours, l’un des premiers à allumer la mèche avec le député Georges Fenech. Ce dernier a finalement retiré sa demande de réunion du bureau politique.

Mais pour ces parlementaires LR, le problème ne peut être effacé d’un coup de baguette magique. « François Fillon est inaudible sur son programme » pointe Alain Houpert, qui en appelle à son tour à de Gaulle :

« François Fillon nous a demandé d’attendre 15 jours. Il n’y a pas d’éclaircie. Il n’a pas convaincu ses électeurs. On lui demande de se retirer. C’est la sagesse. Qu’aurait fait le général de Gaulle ? Il aurait dit stop »

« Je dis tout haut, ce que tout le monde pense tout bas » dit-il. « Il y a la parole, puis il y a la pensée » confirme un sénateur LR, qui n’était pas à la réunion des frondeurs.

« Suicide collectif »

Pour Alain Houpert, ses collègues vont dans le mur. Ou plutôt droit dans le précipice. « C’est les moutons de panurge qui sautent depuis la falaise » dit-il. Un autre sénateur, sur la même ligne, parle lui carrément de « suicide collectif. Si vous ne pouvez pas vous mettre en travers, au moins vous ne participez pas au suicide… » Ce parlementaire ajoute : « Le changement de candidat est un sujet tabou pour 300 personnes. Mais pas pour 60 millions de Français ».

Alain Houpert craint l’effet qu’auraient de nouvelles révélations. « Ça devient un vaudeville. On attend le mercredi ce qui va se passer dans le journal… » lance le sénateur. Le Canard Enchaîné sort chaque mercredi. L’hebdomadaire laisse un répit au candidat dans son édition de demain, mais vise son porte-parole, Thierry Solère, en délicatesse avec le fisc. En septembre, on apprenait déjà que Bercy avait porté plainte contre le député pour fraude fiscale. Thierry Solère avait alors assuré n’avoir commis « aucun délit fiscal » et se disait « la victime du cabinet noir de l’Elysée ». Une défense qui en rappelle une autre… « Ça accrédite la thèse de l’acharnement » positive un sénateur. Reste qu’il n’est pas facile de répondre aux affaires de son candidat quand on est soi-même mis en cause.

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