Il subsiste des zones d'ombres après plusieurs auditions au Parlement dans l'affaire Benalla et la longue interview de l'ex-conseiller d'Emmanuel Macron, notamment concernant sa fonction à l'Elysée, son invitation à la manifestation du 1er mai ou l'effectivité de sa sanction.
+ QUELLE ÉTAIT SA FONCTION AU SEIN DE L'ÉLYSÉE ?
Alexandre Benalla faisait partie des neuf "chargés de mission" au cabinet de la présidence, selon son directeur Patrick Strzoda. Sa nomination n'a pas fait l'objet d'une publication au Journal officiel. M. Strzoda a également déclaré lors de ses auditions que M. Benalla occupait le poste d'"adjoint au chef de cabinet", son rôle étant de coordonner "des services qui concourent aux déplacements officiels du président de la République".
Par ailleurs, l'arrêté de port d'armes de la préfecture de police datant d'octobre 2017 - qui dérogeait au cadre réglementaire comme l'a admis le préfet de police de Paris Michel Delpuech - justifie l'autorisation accordée à M. Benalla notamment par sa "mission de police", selon le document consulté par l’AFP.
Patrick Strzoda, directeur du cabinet d'Emmanuel Macron à l'Elysée, arrive devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale le 24 juillet 2018
AFP/Archives
Le périmètre exact de sa mission reste cependant flou. Selon M. Benalla, interrogé par Le Monde, sa tâche consiste à "(s')occuper des affaires privées du président de la République". "Toutes les missions délicates sont pour moi", dit-il encore.
"La confusion des rôles, des missions, l'ambiguïté des fonctions de M. Benalla, nous posent de graves problèmes, notamment sur la lisibilité des instructions qu'il pouvait donner à nos collègues", s'est ému Olivier Boisteaux, président du syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), devant les sénateurs.
Dans le même temps, M. Benalla participait à la réflexion autour d’une refonte de la sécurité de la présidence de la République, ce qui lui aurait attiré de solides inimitiés. "Je n'aurais eu aucun rôle dans la future structure", assure-t-il.
+ QUI ÉTAIT AU COURANT DE SA VENUE LE 1ER MAI ?
Alexandre Benalla (à droite, casqué) le 1er mai 2018 aux côtés du commissaire de la DOPC Philippe Mizerki
AFP/Archives
Filmé le 1er mai en train de frapper des manifestants, M. Benalla était présent à titre d'"observateur". Il affirme avoir été invité par Laurent Simonin, chef d'état-major à la Préfecture de police, avant de recevoir l'accord de Patrick Strzoda.
Selon M. Benalla, le directeur de l'ordre public de la préfecture de police de Paris, Alain Gibelin, avait également été mis au courant de sa venue, qui aurait été évoquée lors d'un déjeuner de travail le 25 avril. Une version que corroborent des propos tenus mercredi par le général Eric Bio-Farina, commandant militaire de l'Elysée.
Si M. Gibelin confirme la tenue de ce déjeuner et l'approbation du principe de la venue de M. Benalla en tant qu'observateur lors d'une manifestation, il a martelé jeudi qu'à "aucun moment (M. Benalla) n'a dit qu'il s'agissait du 1er mai".
En revanche, M. Benalla a semblé dédouaner le préfet de police Michel Delpuech qui paraissait "réellement surpris" de le voir le 1er mai en salle de commandement lors du debriefing. "Le préfet de police devait être au courant", a pourtant déclaré le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. "Je n'ai jamais été sollicité par qui que ce soit en ce sens", a rétorqué M. Delpuech.
Des questions se posent également sur le rôle exact sur le terrain de M. Benalla le 1er mai, où il a été vu équipé d'un casque, d'un brassard de police et d'une radio.
+ LA SANCTION A-T-ELLE ÉTÉ EFFECTIVE ?
Les versions oscillent quant à la nature de la sanction initialement prononcée contre M. Benalla, avant son licenciement.
Jeudi dernier, le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit a évoqué une "mise à pied pendant quinze jours avec suspension de salaire", entre le 4 et le 19 mai.
M. Strzoda a précisé mercredi que le salaire intégral du mois de mai avait été pourtant versé à M. Benalla, en invoquant une impossibilité légale: un agent contractuel, suspendu, ne peut faire l'objet d'une retenue sur traitement selon un décret de 1986. "Ses 15 jours de suspension feront l'objet d'une retenue sur les droits à congés qu'il avait en reliquat au titre de l'année 2017", a-t-il ajouté.
Cependant, l'indemnité compensatrice de congés payés n'est pas due en cas de licenciement d'un contractuel pour motif disciplinaire, jetant dès lors le doute sur l'effectivité de cette sanction.
Galaxie des personnes présumées impliquées dans l'affaire Benalla, du nom de l'ex-collaborateur de l'Elysée qui a frappé un manifestant lors du 1er mai
AFP
Par ailleurs, cette sanction devait s'accompagner d'une rétrogradation. "Tu ne vas t'occuper que des événements qui se passent au palais de l'Elysée" et non plus à l'extérieur, aurait dit M. Strzoda, cité jeudi par M. Benalla.
Cependant, M. Benalla a ensuite été vu en poste lors de différents déplacements en juillet: à Giverny avec le couple Macron, lors de l'hommage à Simone Veil, lors du 14 Juillet ou encore lors du retour de l'équipe de France de football à Paris. Début juillet, M. Benalla s'est vu également attribuer un appartement de fonction "de 80 mètres carrés".
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