Les prisons vont ouvrir leurs portes au grand débat
Le grand débat lancé par Emmanuel Macron pour tenter de sortir de la crise des "gilets jaunes" va s'inviter en prison où les détenus pourront...

Les prisons vont ouvrir leurs portes au grand débat

Le grand débat lancé par Emmanuel Macron pour tenter de sortir de la crise des "gilets jaunes" va s'inviter en prison où les détenus pourront...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le grand débat lancé par Emmanuel Macron pour tenter de sortir de la crise des "gilets jaunes" va s'inviter en prison où les détenus pourront participer et faire part de leurs doléances, a-t-on appris mardi auprès de l'administration pénitentiaire.

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, s'est dite à plusieurs reprises "très favorable" à la tenue du débat en détention. Elle participera à un des premiers débats organisés, dans les jours qui viennent, a-t-on indiqué dans son entourage, sans toutefois donner de date précise.

"Il y a une demande au sein des établissements. Des détenus disent que si le débat se tient, ils iront. Tous ceux qui le souhaitent pourront s'inscrire et participer, à l'exclusion des personnes sous le coup de mesures disciplinaires ou présentant un risque particulier pour la sécurité", a-t-on expliqué à la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP).

Seront probablement exclus la plupart des personnes détenues pour des faits de terrorisme ou sous le statut DPS (détenu particulièrement surveillé) pour des raisons de sécurité, a précisé une source pénitentiaire, expliquant que "non, Salah Abdeslam (dernier survivant du commando jihadiste du 13 novembre 2015, NDLR) ne participerait pas à un débat sur la fiscalité verte".

"L'immense majorité des détenus n'est pas privée du droit de vote. Et même un détenu privé de ses droits civiques ne doit pas être privé du droit de débattre", a-t-on déclaré à la DAP, rappelant que la participation aux débats publics s'inscrivait dans une démarche de réinsertion dans la société.

Les 188 prisons françaises comptent environ 70.000 détenus, dont plus de 20.000 sont en attente de leur procès.

L'ensemble des établissements sont invités à s'organiser pour la tenue de ce débat, en cas de demande des détenus. Une note en ce sens du directeur de l'administration pénitentiaire, dont l'AFP a eu connaissance, a été envoyée aux directions interrégionales.

Il est demandé "de veiller à ce que les chefs d'établissement déclinent ce grand débat en détention en organisant notamment des consultations ouvertes aux personnes détenues", jusqu'au 15 mars, date de la fin de la consultation débutée le 16 janvier au niveau national.

- "La parole citoyenne des détenus" -

Les modalités d'inscription et la charte du grand débat devront être affichées dans les lieux les plus fréquentés, comme les coursives, le quartier arrivant ou la bibliothèque.

Le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse dans l'Ain, le 27 novembre 2018
Le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse dans l'Ain, le 27 novembre 2018
AFP/Archives

Comme partout en France, le débat sera organisé autour de quatre grandes thématiques: la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté, et l'organisation de l’État et des services publics, sans exclure les contributions sur les "thématiques carcérales ou judiciaires".

Le cadre de cette consultation est défini par l'article 29 de la loi pénitentiaire, qui dispose que "sous réserve du maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement, les personnes détenues sont consultées par l'administration pénitentiaire sur les activités qui leur sont proposées".

Ces débats pourront être organisés par les services de probation et réinsertion mais aussi des associations, dans des salles de réunion, bibliothèques ou gymnases selon la taille des établissements. Ils "visent à garantir que soit recueillie la parole citoyenne des personnes détenues".

Fin janvier, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, avait estimé que la tenue de débats en prison serait une "très bonne chose car il y a une forme d'infantilisation tout à fait excessive des détenus par le système carcéral qui fait qu'ils n'ont la parole sur rien". Dans la plupart des établissements, "au mieux on leur demande s'ils sont contents de ce que l'on sert à manger", avait-elle relevé.

Le président de la République, le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement ont déjà participé à des réunions à travers la France. Plus de 713.000 contributions ont par ailleurs été déposées sur le site du grand débat mis en place par le gouvernement, selon un décompte datant du 5 février.

Partager cet article

Dans la même thématique

Pierre-Edouard-Sterin-auditionne-par-le-Senat
12min

Politique

Périclès, projet politique...Revivez les temps forts de l'audition de Pierre-Edouard Stérin devant la commission d'enquête du Sénat

Le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin a été auditionné pendant une heure et demie en visioconférence, par la commission d’enquête sénatoriale sur le financement privé des politiques publiques. Il a été interrogé sur son projet « Périclès », ou encore son soutien à l’école de formation des candidats Politicae. La rapporteure estime que l’audition n’a pas permis de lever toutes les interrogations, notamment sur le choix de soutiens financiers sous forme de prêts plutôt que de dons.

Le

Les prisons vont ouvrir leurs portes au grand débat
5min

Politique

Choose France 2026 : « Choisir la France », un pari gagnant pour les investisseurs étrangers selon Roland Lescure, ministre de l’Économie

Malgré les tensions géopolitiques, le ralentissement économique mondial et l’approche de la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron, l’édition 2026 du sommet Choose France bat tous les records. Avec 93 milliards d’euros de nouveaux investissements annoncés, le gouvernement voit dans cette neuvième édition la confirmation de l’attractivité retrouvée du territoire français. Au micro de Public Sénat, le ministre de l’économie Roland Lescure a défendu le bilan d’une politique menée depuis près d’une décennie pour faire de la France une terre d’accueil privilégiée des capitaux étrangers.

Le

Les prisons vont ouvrir leurs portes au grand débat
3min

Politique

Loi de programmation militaire : la droite sénatoriale a voulu « acter un désaccord profond avec le gouvernement », justifie Cédric Perrin

Au lendemain d’une séance rocambolesque, où la droite sénatoriale a échoué à faire porter l’effort supplémentaire à 50 milliards d’euros dans la loi de programmation militaire, pour finalement s’opposer aussi à la hausse de 36 milliards d’euros, prévue dans le texte initial, le président de la commission de la défense, Cédric Perrin a justifié la position de son groupe devant la presse.

Le