Les propositions du Sénat pour adapter la France au changement climatique

Les propositions du Sénat pour adapter la France au changement climatique

Les sénateurs proposent 18 mesures pour « amplifier l’effort d’adaptation de la France face aux défis du changement climatique ». Parmi-elles, un plan national d’adaptation de l’agriculture et la mise en open-source des données de Météo-France.
Public Sénat

Par Ariel Guez

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Après six mois de travail et 36 auditions de scientifiques, d’administrations, et de représentants économiques, les sénateurs Ronan Dantec et Jean-Yves Roux ont présenté les 18 grandes propositions de la délégation à la prospective du Sénat visant à adapter la France aux dérèglements climatiques d’ici 2050. Un rapport voté jeudi à l’unanimité par l’ensemble des groupes politiques composant la délégation, ce qui a été salué par son président Roger Karoutchi.

« L’effort d’adaptation n’est pas contre l’effort d’atténuation. Il faut trouver une synergie entre les deux »

Deux thèmes sont revenus dans la présentation du rapport par Ronan Dantec et Jean-Yves Roux : l’agriculture et le tourisme. Sur la question agricole, les sénateurs proposent de mettre en place un « plan national d’adaptation de l’agriculture », avec « l’intégration de l’enjeu de l’irrigation de manière responsable en développant le stockage de surface là où il est nécessaire », et une mobilisation des fonds sur le pilier 2 de la PAC afin d’accélérer la mutation vers l’agroécologie.

Interrogé sur un éventuel renoncement de l’atténuation des effets du climat pour se concentrer sur l’adaptation de la France, Ronan Dantec s’est défendu en expliquant que « l’effort d’adaptation n’était pas contre l’effort d’atténuation. Il faut trouver une synergie entre les deux », ajoutant que le secteur agricole « est conscient qu’il ne pourra pas rester à l’identique ».

Son collègue Jean-Yves Roux a rappelé l’importance du tourisme et de l’eau dans certains territoires, comme les Gorges du Verdon, où les visiteurs contribuent beaucoup à l’économie locale. Les sénateurs proposent de « sortir de l’état de carence de l’outil statistique de suivi du secteur du tourisme », ainsi qu’un changement de politique de l’eau. Les élus veulent donner « la priorité à une utilisation plus économe de l’eau » et « aller vers une gestion intégrée des fleuves sur le modèle du Rhône et la Compagnie nationale du Rhône.

Mise en Open Source des données de Météo-France

L’autre mesure phare du rapport est la mise en open source des données de Météo-France sur les prévisions climatiques d’ici 2050. Un moyen pour le sénateur de faire connaître au plus grand nombre de citoyens les enjeux et conséquences du réchauffement climatique. Aujourd’hui, Météo-France ne met pas toutes ses données gratuitement en ligne. Pour accéder aux scénarios climatiques régionalisés, il faut passer commande.

Les données connues du grand public ne sont guère rassurantes sur les prévisions à l’échelle nationale et mondiale. L’ONU avance le chiffre de 150 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050. Comme nous pouvons le voir sur ces cartes regroupant les données de Météo-France, les températures moyennes vont connaître une hausse de 0,6°C à 1,3°C jusqu’en 2050.

Carte d'augmentation des températures
Les températures moyennes vont connaître une hausse de 0,6°C à 1,3°C d'ici 2050, en particulier dans le Sud-Est.
(BENOIST SIMMAT / AURELIE BOISSIERE / EDITIONS AUTREMENT)

« La balle est dans le camp de l’Etat »

La question européenne fait également partie du rapport, avec la place de la Politique agricole commune. Les sénateurs veulent une « implication européenne forte » sur l’adaptabilité des territoires aux dérèglements climatiques. Les fonds de la PAC seraient aussi mobilisés pour le plan national d’adaptation de l’agriculture.

Mais quels débouchés politiques, outre les mesures énoncées, au travail réalisé par les sénateurs ? « On propose à l’Etat de mettre en place une grande loi sur le dérèglement climatique, qui n’existe pas encore aujourd’hui », explique Ronan Dantec. « Il n’y a que l’Etat qui peut mettre en chantier une loi d’une aussi grande envergure […], la balle est dans leur camp », poursuit le sénateur.

Quels financements ?

Jean-Yves Roux : « Il faut accompagner les collectivités »
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Le coût de l’ensemble de ces mesures n’est pas défini, certaines n’étant d’ailleurs que des propositions d’études. Mais une chose est sûre : l’Etat devra prendre sa part. « Il faut absolument qu’on accompagne les collectivités », explique Jean-Yves Roux. « L’Etat est essentiel. Et je compte beaucoup sur lui, que ce soit au niveau du ministère de l’Ecologie ou du ministère de l’Agriculture pour qu’on puisse enclencher cette dynamique permettant de vivre mieux en 2050 », conclut le sénateur. Autre acteur majeur, le secteur des assurances, qui peut selon les rapporteurs être un « acteur qui accélère l’adaptation au changement climatique, comme un acteur qui la ralentit ».

Le président de la délégation à la prospective du Sénat, Roger Karoutchi, a salué le fait que la haute chambre « devienne un fer de lance dans le domaine environnemental ». Pour les rapporteurs, à l’heure où l’écologie est devenue une question centrale du débat politique, ce rapport se veut être  l’initiateur « d’une mise en mouvement de la société ».

Retrouvez ici l'ensemble des propositions de la délégation à la prospective du Sénat.

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