Les Républicains et le Front national engagés dans une “lutte à mort”

Les Républicains et le Front national engagés dans une “lutte à mort”

Entre les Républicains et le Front national, les frontières restent étanches au niveau des états-majors des partis, en dépit de porosités...
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Par Anne RENAUT

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Entre les Républicains et le Front national, les frontières restent étanches au niveau des états-majors des partis, en dépit de porosités programmatiques et de discussions à la base, favorisant une "lutte à mort" à l'issue incertaine, rapportent élus et spécialistes.

Elle y voit un "clin d'oeil": pour Marine Le Pen, la nouvelle appellation qu'elle souhaite pour son parti, "Rassemblement national", fait écho au groupe frontiste de 35 députés entre 1986 et 1988 ("Front national-Rassemblement national"), au sein duquel figuraient des élus du RPR ou du CNI.

"C'était la grande période d'ouverture, d'alliances du Front national", a vanté lundi la présidente du FN, désireuse de suivre le même chemin.

Les sympathisants FN, interrogés par Kantar Sofres fin février, seraient d'ailleurs clairement (à 71%) favorables à "un accord électoral national" avec les Républicains pour les européennes de 2019.

D'autant que propositions de LR et du FN sont parfois très similaires: début mars, Marine Le Pen a retweeté Laurent Wauquiez, qui demandait la suppression à Mayotte du droit du sol --permettant à un étranger né en France de devenir Français. "Allez, encore quelques mois et vous réclamerez comme nous la suppression du droit du sol pour l'outre-mer ET la métropole!", a-t-elle commenté.

"Quand j'entends (Nadine) Morano (eurodéputée LR) expliquer que le problème des prisons françaises, c'est de savoir quelles sont les origines (des détenus), je n'ai pas l'impression que Marine Le Pen soit déjà allée jusque-là", relève le centriste Jean-Christophe Lagarde (UDI).

- Le Pen 'pas à la hauteur' -

Laurent Wauquiez, leader des Républicains, est applaudi par les membres du parti et les militants à l'issue du Conseil national du Parti, le 27 janvier 2018 à Paris
Laurent Wauquiez, leader des Républicains, est applaudi par les membres du parti et les militants à l'issue du Conseil national du Parti, le 27 janvier 2018 à Paris
AFP/Archives

Elus et militants des deux camps se parlent aussi sur le terrain.

Jeunes FN et jeunes Républicains prennent un café ensemble chaque semaine. "Nous les jeunes, on arrive plus facilement à discuter", confie à l'AFP un responsable.

Les sympathisants du FN ou de LR sont plus nombreux à envisager un accord "selon les circonstances" qu'une alliance "globale", selon le même sondage.

Les sénateurs FN Stéphane Ravier et David Rachline (qui a renoncé à son mandat pour rester maire de Fréjus) "n'auraient jamais pu se faire élire sans les voix des élus locaux de droite", souligne le sociologue Sylvain Crépon.

"Mais tant que les états-majors nationaux bloquent, rien ne se fera", selon lui. "Pour l'heure les deux partis sont dans une lutte à mort, sachant qu'ils convoitent le même électorat".

Au congrès du FN dimanche, Marine Le Pen n'a mentionné aucun partenaire potentiel et n'a pas cité Laurent Wauquiez, président des Républicains, réservant ses attaques à Emmanuel Macron.

L'ex-ministre LR Thierry Mariani plaide pour un "rapprochement" avec le FN, mais il "ne représente que lui-même. C'est la concurrence électorale qui se renforce", estime le politologue Pascal Perrineau.

"Il n'y aura jamais d'alliance avec Marine Le Pen", qui n'a pas été "à la hauteur" à la présidentielle, répète Laurent Wauquiez.

"Les états-majors, je n'y crois pas", dit Louis Aliot, membre du bureau exécutif du FN.

- Wauquiez 'n'a pas le choix' -

LR "ne cherche pas seulement à piller les idées du FN, il veut faire une OPA sur un mouvement affaibli", relevait en janvier le secrétaire d'Etat aux relations avec le parlement, Christophe Castaner.

"Laurent Wauquiez considère que le FN est entré dans une zone de faiblesse et que le moment est venu de tenter de récupérer, comme l'avait fait Nicolas Sarkozy en 2007, des électeurs qui hésitent entre les deux partis", rappelle M. Perrineau.

Un responsable de LR a confié lundi qu'il sentait Marine Le Pen "complètement désemparée" et une ligne au FN qui "patauge".

Laurent Wauquiez "n'a pas le choix" car Emmanuel Macron applique une politique "que la droite n'a jamais osé espérer appliquer", explique M. Crépon.

Côté FN, "rien ne peut changer", selon le politologue Jean-Yves Camus, car si Marine Le Pen abandonnait la préférence nationale, il "ressemblerait comme deux gouttes d'eau aux Républicains tendance Wauquiez".

Au bout du compte, met en garde M. Lagarde, le risque, en particulier pour LR, est de ne pas parvenir siphonner les voix de son concurrent mais de "se faire siphonner" les siennes. "Chaque fois que la droite de gouvernement court après la droite populiste, cela profite à cette dernière", rappelle M. Crépon.

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