Les Républicains face à « la fusée à deux étages » de Macron
Les Républicains minimisent « le débauchage » de deux ministres LR dans le gouvernement. Mais certains craignent que des candidats investis aux législatives « décident de rejoindre le mouvement En marche ». « Il y a un rendez-vous après les législatives » affirme un juppéiste…

Les Républicains face à « la fusée à deux étages » de Macron

Les Républicains minimisent « le débauchage » de deux ministres LR dans le gouvernement. Mais certains craignent que des candidats investis aux législatives « décident de rejoindre le mouvement En marche ». « Il y a un rendez-vous après les législatives » affirme un juppéiste…
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Après le premier ministre de droite, voici les ministres de droite. Edouard Philippe compte dans son gouvernement Bruno Le Maire à l’Economie et Gérald Darmanin à l’Action et aux Comptes publics. L’un a déjà été ministre, l’autre, à 34 ans, est l’un des espoirs de la droite. La recomposition promise par Macron prend corps.

A peine la composition du gouvernement connue, le secrétaire général des LR, Bernard Accoyer, a affirmé qu’ils « ne font plus partie des Républicains », sans parler d'exclusion. « L’exclusion (…) nous divise encore davantage avant les législatives » a répondu la sénatrice juppéiste Fabienne Keller, ouverte à l’idée d’une coalition avec La République en marche (LREM).  Encore plus direct, le président LR de l’Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau, a vertement dénoncé le communiqué de Bernard Accoyer : « De quel droit certains osent-ils bouter hors des Républicains des talents plus grands que les leurs ? »

« Échec de l'opération de débauchage »

Après ces nouveaux soubresauts, Les Républicains ont paru être rassurés. « On nous annonçait une hémorragie, il n'en est rien ! Quelques démarches individuelles qui constituent une forme de clarification idéologique » a lancé le député Eric Ciotti. « Échec de l'opération de débauchage à droite. Edouard Philippe est un Premier ministre de droite à la tête d'un gouvernement de gauche » pour Eric Woerth. Eléments de langage ? « Ce ne sont pas que des éléments de langage, car 1+1 égale 2. Ce sont quand même deux ministres isolés, dans le gouvernement et au sein des Républicains. On en évoquait plus, 6 ou 7… » souligne le sénateur LR Alain Joyandet.

Chez Les Républicains, il s’agit pour le moment de continuer, dans la mesure du possible, de montrer un visage uni. Ce matin, Alain Juppé s’est prêté au jeu, lors d’un déplacement à Pessac, près de Bordeaux, pour soutenir les candidats LR/UDI aux législatives en compagnie du sénateur François Baroin, chef de file des LR pour le scrutin de juin. « Parler de réconciliation supposerait qu’il y ait eu brouille. Et je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu brouille » a soutenu Alain Juppé, qui évoque juste « parfois des divergences ou des approches un peu différentes » (voir la première vidéo).

Double jeu

En se montrant avec François Baroin, le maire de Bordeaux peut en réalité jouer un double jeu : on ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir soutenu les candidats de son parti. Et en cas de coalition à l’allemande, avec des députés LR, il pourra évidemment la défendre. Gagnant à tous les coups.

François Baroin a lui répété sa formule du matin, sur RTL : « On me demande si ce sont des prises de guerre. Je réponds que ce sont des prises d’otage. Ils sont assez isolés. Et c’est assez malin de la part du Président d’avoir mis les deux hommes de droite à Bercy puisque le projet d’En Marche porte sur une augmentation de la CSG ».

« Il y a dans la tête d’un certain nombre le fait qu’il y a un rendez-vous après les législatives »

Reste que cette « prise d’otage », comme l’appelle François Baroin, est tout sauf anodine pour la droite. « Ça doit être le syndrome de Stockholm » sourit un parlementaire LR juppéiste. Syndrome qui veut que les otages développent de l’empathie pour leurs geôliers. Le même explique la situation – complexe – qui traverse l’esprit de certains députés et sénateurs LR en ce moment : « Il y a des conflits de loyauté qui peuvent se poser. Pour tout le monde. Est-ce que je fais le choix de me mettre au service de mon pays ou de mon parti ? Tant que les législatives ne sont pas passées, c’est très compliqué d’être sur une ligne de droite et de soutenir le gouvernement, car nous avons des candidats engagés pour les législatives. Et les investitures de la majorité présidentielle n’ont pas été aussi diverses que le gouvernement ». Ce parlementaire LR ajoute : « Il y a dans la tête d’un certain nombre le fait qu’il y a un rendez-vous après les législatives. L’unité sera là au moins jusqu’au 18 juin ».

Des propos qui vont donner du grain à moudre à Alain Joyandet. Le sénateur LR de la Haute-Saône craint que l’arrivée au gouvernement de Le Maire et Darmanin ne soit qu’un début. « Ce qui m’inquiète ce n’est pas deux ministres isolés. C’est un certain nombre de candidats aux législatives, qui ont l’investiture LR  et qui éventuellement, après les législatives, pourraient ne pas rester dans le groupe LR, et du coup aller apporter une majorité à Emmanuel Macron » affirme Alain Joyandet. Il résume :

« Je sens la fusée à deux étages. Et le deuxième étage, c’est que des députés investis LR fassent campagne tranquillement et après décident de rejoindre le mouvement En marche. C’est la grande confusion. Et sur le plan démocratique, ce n’est pas normal. Il faut choisir. Mais certains ne vont pas choisir et préféreront aller à la soupe ».

L’appel des 22 élus LR, qui s’est gonflé depuis à 173 élus selon France Info, pour répondre à la « main tendue » du Président, en est la tête de pont. Pour ces parlementaires tentés par l’aventure Macron, « il y a deux options », explique l’un deux : « Soit on prend nos responsabilités car c’est maintenant que ça se passe. Et il y a ceux qui disent on reste uni, et on verra après les législatives ». Mais pour lui, la droite ne peut pas être « dans un déni de réalité et faire comme si les Français nous désiraient à cor et à cri ».

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