Les Sages saisis de la « gravité » des déboires fiscaux de Thomas Thévenoud
Omettre de déclarer ses impôts, est-ce commettre un délit si "grave" qu'il nécessite un cumul de sanctions fiscales et pénales ?...

Les Sages saisis de la « gravité » des déboires fiscaux de Thomas Thévenoud

Omettre de déclarer ses impôts, est-ce commettre un délit si "grave" qu'il nécessite un cumul de sanctions fiscales et pénales ?...
Public Sénat

Par Juliette MONTESSE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Omettre de déclarer ses impôts, est-ce commettre un délit si "grave" qu'il nécessite un cumul de sanctions fiscales et pénales ? Condamné pour fraude fiscale, l'ancien secrétaire d'Etat Thomas Thévenoud estime que non et a obtenu mercredi la saisine du Conseil constitutionnel.

La Cour de cassation a accepté de transmettre aux Sages une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Me Patrice Spinosi, son avocat, a indiqué ce dernier à l'AFP.

Ce recours vise deux articles du code général des impôts, qui autorisent le cumul de sanctions pénales et fiscales s'agissant de l'omission volontaire "de faire sa déclaration dans les délais prescrits".

Le Conseil constitutionnel a trois mois pour se prononcer.

Les motivations de la Cour de cassation, qui a examiné cette QPC mercredi matin, n'étaient pas disponibles dans l'immédiat.

Ephémère secrétaire d’État au Commerce extérieur, Thomas Thévenoud, déchu de son poste au gouvernement en 2014 en raison de sa désormais célèbre "phobie administrative", avait fait l'objet de deux types de sanctions, comme son épouse Sandra.

Pour ne pas avoir déclaré ses revenus en 2012 et avoir, de 2009 à 2013, rempli sa déclaration en retard malgré plusieurs relances et mises en demeure de l'administration fiscale, pour un montant total de 70.500 euros, le couple avait été condamné en janvier à un an de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité.

Ils avaient auparavant régularisé leur situation en 2014 et s'étaient acquittés de 20.000 euros de pénalités de retard.

Leurs avocats n'avaient eu de cesse de soulever que ce cumul de sanctions pénales et fiscales est anticonstitutionnel.

- Marque déposée -

"Ce que Thomas Thévenoud dit depuis le début de la procédure, c'est qu'on ne peut pas poursuivre quelqu'un deux fois" pour le même motif, a souligné Patrice Spinosi, qui défend l'ancien secrétaire d'Etat avec Martin Reynaud.

En juin 2016, le Conseil constitutionnel avait autorisé le cumul de poursuites pénales et de sanctions fiscales, "dans les cas de fraude les plus graves", déboutant l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac - depuis condamné à deux ans ferme en appel - et les marchands d'art Wildenstein, depuis relaxés.

Les Sages avaient estimé qu'en fonction du "montant de la fraude, de la nature des agissements de la personne ou des circonstances de leur intervention", il était justifié de poursuivre les fraudeurs devant les tribunaux tout en leur infligeant de lourds redressements.

Le Conseil constitutionnel devra désormais se prononcer sur le délit d'omission, considéré par la défense de l'ancien secrétaire d'État comme bien moins grave que des comptes cachés ou des montages fiscaux impénétrables.

"Si le Conseil constitutionnel nous suit, cela aboutira à faire tomber les poursuites pénales", a observé Me Spinosi.

Cette QPC est adossée à un pourvoi des époux Thévenoud contre leur condamnation, qui sera examiné par la Cour de cassation une fois que le Conseil constitutionnel se sera prononcé.

Thomas Thévenoud avait démissionné le 4 septembre 2014, neuf jours seulement après sa nomination, en raison de "problèmes de conformité avec les impôts".

L'affaire Thévenoud avait atteint une nouvelle fois la "République exemplaire" prônée par le président François Hollande, après le scandale des comptes cachés à l'étranger de Jérôme Cahuzac.

Cette excuse de "phobie administrative" est une "bêtise" qui a "fait rire la France entière", "mais ça existe", avait déclaré Thomas Thévenoud devant le tribunal correctionnel en 2017, racontant avoir reçu des dizaines de témoignages de gens pour qui les démarches administratives sont difficiles.

Selon un document de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) révélé en février, l’éphémère secrétaire d'Etat avait même déposé la marque "phobie administrative" le 12 septembre 2014, quelques jours après avoir dû quitter le gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les Sages saisis de la « gravité » des déboires fiscaux de Thomas Thévenoud
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Les Sages saisis de la « gravité » des déboires fiscaux de Thomas Thévenoud
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

Les Sages saisis de la « gravité » des déboires fiscaux de Thomas Thévenoud
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le