Les sénateurs PS restent unis et réélisent Didier Guillaume à leur tête

Les sénateurs PS restent unis et réélisent Didier Guillaume à leur tête

Didier Guillaume a été réélu à la tête du groupe PS avec 36 voix contre 22 pour l’ex-ministre Laurence Rossignol et 12 pour Martial Bourquin. Les sénateurs PS affirment ne pas faire partie de la majorité d’Emmanuel Macron, tout en s’opposant à la majorité sénatoriale de la droite et du centre.
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Pas de révolution au groupe PS. Les sénateurs socialistes ont réélu Didier Guillaume à la présidence du groupe socialiste de la Haute assemblée. Le sénateur de la Drôme a été élu, dès le premier tour, avec 36 voix sur 70 votants. Soit une voix de plus que la majorité absolue dans ce groupe passé de 86 à 77 sénateurs dimanche. L’ex-ministre Laurence Rossignol, réélue sénatrice de l’Oise, a rassemblé 22 voix et Martial Bourquin, sénateur du Doubs, 12 voix.

A la sortie, Didier Guillaume affichait un large sourire et pouvait se détendre. « Je suis satisfait. Quand on est élu au premier tour avec trois candidats, ça fait toujours plaisir » a-t-il réagi au micro de Public Sénat (voir la vidéo). Ce n’était pourtant peut-être pas totalement gagné. Le sénateur a défendu depuis l’élection d’Emmanuel Macron une ligne constructive à l’égard du pouvoir. Certains lui ont reproché d’être trop conciliant.  En mai dernier, il avait même souhaité « que les socialistes soient dans la majorité présidentielle ». Trop loin, trop fort pour une partie de ses camarades. Il devra maintenant réussir à rassembler tout le monde. « Nous voterons les textes en fonction de ce qui est présenté » explique le socialiste. Le projet de loi de finances sera le premier test d’importance.

« Le plus important maintenant, c’est que nous soyons un groupe uni »

Martial Bourquin, à l’origine proche de Pierre Moscovici, a plaidé pour une ligne clairement d’opposition « à la politique néolibérale » du chef de l’Etat. La gauche du PS, représentée notamment par Marie-Noëlle Lienemann, qui n’était pas présente, a toujours été minoritaire au groupe. Mais la ligne favorable à l’opposition s’est trouvée renforcée au sein du groupe à la faveur des sénatoriales. Rémi Féraud, élu dimanche à la tête de la liste PS à Paris, entend ainsi « se situer dans l’opposition au gouvernement. Ce qui ne veut pas dire sectaire ».

Laurence Rossignol pouvait jouer une partition un peu plus centrale. Ancienne de l’Unef, aux côtés de Julien Dray, ensuite aubryste, puis membre du gouvernement, elle avait soutenu Manuel Valls à la primaire. Une femme à la présidence de groupe aurait été aussi une nouveauté et un symbole. Mais son dynamisme a pu paraître trop tranchant aux yeux d’une partie des sénateurs.

Après les votes, certains faisaient les comptes. En additionnant les voix de Laurence Rossignol et de Martial Bourquin, le résultat aurait été beaucoup plus serré : 36 voix contre 34 voix. Mais « leurs voix ne se seraient pas forcément additionnées, c’est plus compliqué » pense un bon connaisseur du groupe. Après l’annonce du résultat, Martial Bourquin fait pourtant cette addition : « Il y a 34 voix pour les deux candidats et 36 pour Didier Guillaume. Le plus important maintenant, c’est que nous soyons un groupe uni. Et que face au gouvernement, il y ait un groupe socialiste. Ce qui s’est passé montre qu’il y a un espoir. On disait le PS mort, il s’est bien tenu aux sénatoriales » a-t-il affirmé au micro de Public Sénat. Regardez :

Martial Bourquin (sénateur PS) : « Le plus important maintenant, c’est que nous soyons un groupe uni »
01:28

« On a beaucoup poussé pour que Didier Guillaume soit candidat. Il a hésité ».

Didier Guillaume a pu bénéficier d’appuis et de son expérience au sein du groupe. « Je suis resté comme je suis, affirmant mes qualités, peut-être mes défauts, mes valeurs » a-t-il confié après le scrutin. « C’est un bon manœuvrier et il est suffisamment habile. Il pourra servir un discours qui plaira à l’oreille des nouveaux » expliquait la veille du vote un sénateur socialiste.

Selon un autre sénateur, qui défend la ligne constructive, le sénateur de la Drôme s’est fait un peu désirer. « On a beaucoup poussé pour que Didier Guillaume soit candidat. Il a hésité ». Des coups de fils ont été passés chez les hollandais.

Une synthèse très socialiste qui assure l’unité du groupe

Le matin, après une minute de silence en hommage à Nicole Bricq, ex-sénatrice du groupe décédée cet été, une première longue réunion de 3h20 a permis de débattre de la ligne. Près d’une trentaine de prises de paroles. Si les socialistes sont loin d’être tous d’accord, la volonté d’assurer l’unité a pris le dessus. Une position commune a été arrêtée : le groupe PS n’est pas dans la majorité présidentielle et il est dans l’opposition à la majorité sénatoriale. Une synthèse très socialiste qui assure l’unité du groupe, adoptée à main levée, avec 6 abstentions. Dire que le groupe n’est pas dans la majorité présidentielle permet de rassembler ceux qui veulent être dans l’opposition, comme les sénateurs plus constructifs. Côté clarification, on fait mieux. Une position qui rappelle celle adoptée par le PS lors du vote de confiance à l’Assemblée : ne pas accorder la confiance, ce qui pouvait laisser la place à l’abstention.

Un temps évoqué, le risque de scission semble pour l’heure écarté. Didier Guillaume n’y croit plus : « Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage. Tout cela, ce sont des billevesées ». « Forcément, il y a des courants qui traversent le PS et le groupe » ajoute le président de groupe, « moi j’ai un rôle essentiel, conserver l’unité du groupe. (…) Ici, nous ne sommes pas à Solférino, nous ne préparons pas le Congrès ». Les lignes de fracture du groupe PS anticipe en effet le congrès de refondation du Parti socialiste. Ce sera pour mars 2018.

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