Les sénateurs se sentent « un peu schizophrènes » face au budget des collectivités
Les sénateurs saluent la stabilité des dotations de l’Etat aux collectivités dans le budget. Mais ils mettent en garde sur une forme de renationalisation budgétaire. « On commence à cauchemarder » lance la sénatrice Françoise Gatel. La crise met à mal certaines collectivités, malgré 7,8 milliards d’euros d’aides du gouvernement depuis mars.

Les sénateurs se sentent « un peu schizophrènes » face au budget des collectivités

Les sénateurs saluent la stabilité des dotations de l’Etat aux collectivités dans le budget. Mais ils mettent en garde sur une forme de renationalisation budgétaire. « On commence à cauchemarder » lance la sénatrice Françoise Gatel. La crise met à mal certaines collectivités, malgré 7,8 milliards d’euros d’aides du gouvernement depuis mars.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

S’il y a un sujet sur lequel s’attardent les sénateurs dans le budget, ce sont les collectivités. Pour examiner la mission des relations avec les collectivités territoriales, dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2021, il faut bien au moins une journée à la Haute assemblée. « Comme chaque année, le nombre important d’amendements témoigne de notre souci commun » pour les collectivités, a constaté le président PS de la commission des finances, Claude Raynal. Les « coll ter », c’est un peu le dada du Sénat, qui représente selon la Constitution les collectivités.

Pour l’année 2021, la ministre chargée des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, insiste sur « la stabilité de la dotation globale de fonctionnement » (DGF), « c’est tout de même mieux que la baisse récurrente que nous avions eue dans le quinquennat précédent ». Au-delà des crédits examinés ce mercredi, « l’ensemble versé par l’Etat aux collectivités représente 52 milliards d’euros » souligne l’ancienne sénatrice Modem. Et d’ajouter, comme elle l’avait expliqué lors de son audition en commission :

Les territoires vont jouer un rôle majeur dans le plan de relance.

Jacqueline Gourault rappelle que « des dotations exceptionnelles » ont été décidées depuis la crise du Covid-19. L’Etat a ainsi prévu « 7,8 milliards d’euros pour les collectivités locales depuis mars, sous une forme ou un autre ».

« Effort continu pour les collectivités », après une période « de purge financière » sous Hollande

La présidente de la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation, la sénatrice UDI Françoise Gatel, ne cache pas pour sa part être partagée. Car ce budget est un budget à double face, selon la sénatrice d’Ille-et-Vilaine. Elle « salue l’effort certain et continu pour les collectivités, car nous avons connu la période précédente qui était une période de purge financière ». Mais Françoise Gatel se sent « un peu schizophrène, car quand je vous regarde, Madame la ministre, je rêve de décentralisation. Tout va bien. Puis quand je pense au ministre du Budget, là, ça ne va pas du tout, on commence à cauchemarder, car nous sommes dans une phase de nationalisation des collectivités ». En auditionnant la ministre, les sénateurs s’étaient dits inquiets de l’évolution de la fiscalité locale, avec des dotations de l’Etat qui prennent le dessus, ce qui « réduit la part d’autonomie des collectivités ». Une philosophie qu’ils rejettent.

Le socialiste Didier Marie ajoute aux griefs que « les recettes fiscales et domaniales des collectivités se sont écroulées de 5 à 8 milliards d’euros, et ce avant le deuxième confinement. D’un côté, il y a des dépenses nouvelles, de l’autre, une chute des recettes, actant une dégradation de leur autofinancement, et entraînant un recul de 14 % des dépenses d’investissement ». Il souligne par ailleurs que la stabilité des dotations revient à une baisse, car l’inflation n’est pas prise en compte. « Le budget des dotations est stable » reconnaît aussi la sénatrice communiste, Cécile Cukierman, mais certaines collectivités « ne sont plus en capacité d’autofinancement ». Elle ajoute :

Nous avons des communes qui risquent d’être en cessation de paiements d’ici décembre et à qui il faut répondre.

« Le Fpic, c’est comme les épinards. On aime ou on n’aime pas. Et moi j’aime pas le Fpic ! »

Les débats sur les collectivités sont souvent techniques. Les sénateurs ont ainsi longuement débattu du… Fpic. C’est le Fonds de péréquation intercommunal et communal. Créé en 2012 à hauteur de 150 millions d’euros, il a atteint un milliard en 2017. C’est un mécanisme dit de « péréquation horizontale », c’est-à-dire de solidarité financière des communes les plus riches envers les plus pauvres. Le sénateur UDI, Loïc Hervé, a mis le sujet sur la table. Le sénateur de la Haute-Savoie plaide carrément pour sa suppression. « Le Fpic, c’est comme les épinards. On aime ou on n’aime pas. Et moi j’aime pas le Fpic ! » lance le centriste, selon qui « le Fpic a vécu et mal vécu. Dans les communes, on mesure les effets pervers de cette péréquation horizontale » met-il en garde, ajoutant que « ce n’est pas une solidarité entre communes riches et pauvres, mais entre territoires productifs » et les autres. Or les premiers sont aujourd’hui « touchés par la crise ».

L’expérience de la dernière campagne sénatoriale de septembre dernier n’est pas étrangère à sa réflexion. « Je sors d’une campagne à la rencontre de 300 communes. Il n’y a pas une commune où on ne nous a pas parlé du Fpic, y compris dans les communes rurales qui sont pauvres » soutient Loïc Hervé. Rappelons que ce sont essentiellement les conseillers municipaux qui élisent les sénateurs.

Avis défavorable du gouvernement à son amendement, même si Jacqueline Gourault reconnaît que « sur le Fpic, peut-être qu’il faut regarder comment ça peut évoluer ». Même opposition du président PS de la commission des finances, « car sinon, vous déplacez un milliard d’euros, sans vérifier qui perd, qui gagne ». Il propose cependant un « travail » de la commission pour « proposer une nouvelle répartition du Fpic ».

Réponses qui ne conviennent pas à Françoise Gatel. « Ce n’est jamais l’heure. C’est trop tard, c’est trop tôt » lance-t-elle, soulignant que « des contributeurs ont disparu par les obligations d’intercommunalité ». On veut « remettre en cause ces critères qui sont figés depuis 2010 » ajoute la centriste Anne-Catherine Loisier. « On a un amendement d’un sénateur centriste qui pourrait être un amendement gauchiste, tant la radicalité est forte » ironise la communiste Cécile Cukierman, qui « plus sérieusement », regrette aussi que « ce n’est jamais le bon moment ».

« Ce serait irresponsable pour l’image de la maison »

Le sénateur LR Philippe Dallier prend alors la parole pour, à son tour, mettre en garde. Mais contre la suppression du Fpic cette fois. « Je ne vais pas plaider ici pour que d’un trait de plume, on le fasse disparaître. Nous sommes le Sénat, comment pourrions-nous prendre une décision comme celle-là, alors que les territoires les plus pauvres reçoivent le Fpic ? » demande l’élu de Seine-Saint-Denis. Il ajoute : « Ce serait irresponsable pour l’image de la maison de supprimer le Fpic ». Après un long débat passionné, l’amendement a finalement été rejeté. En fin d’après-midi, les sénateurs continuaient l’examen des nombreux amendements de la mission collectivités.

Partager cet article

Dans la même thématique

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le