Les sénateurs socialistes se divisent sur la position à tenir face au gouvernement
Les sénateurs PS prendront position la semaine prochaine sur le vote de confiance au gouvernement. Certains évoquent une scission entre les sénateurs ouverts à Emmanuel Macron et ceux qui s’opposent. Un troisième bloc a déjà décidé de quitter le PS pour le futur groupe En marche.

Les sénateurs socialistes se divisent sur la position à tenir face au gouvernement

Les sénateurs PS prendront position la semaine prochaine sur le vote de confiance au gouvernement. Certains évoquent une scission entre les sénateurs ouverts à Emmanuel Macron et ceux qui s’opposent. Un troisième bloc a déjà décidé de quitter le PS pour le futur groupe En marche.
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Un vote sur le vote. C’est ce qu’ont décidé les sénateurs du groupe PS, qui arrêteront mardi prochain la position de leur groupe sur la confiance à accorder – ou pas – au gouvernement Philippe, à  l’occasion de son discours de politique générale. Sachant que seuls les députés ont à se déterminer sur la confiance, vote qui détermine l’appartenance ou pas à la majorité. Le vote du Sénat n’est donc que facultatif et consultatif. « Le premier ministre a la faculté de demander au Sénat l'approbation d'une déclaration de politique générale » dit l’article 49 de la Constitution.

Trois blocs

Voilà pour les précisions juridiques. Ça n’empêche pas les sénateurs socialistes de se diviser sur la question. Ils se retrouvent divisés en trois blocs : les sénateurs déjà En Marche, autour d’une vingtaine ; les sénateurs PS ouverts à Macron, qui semblent majoritaires. Et les sénateurs PS qui se placent plutôt dans l’opposition, autour de 20 ou 30.

La réunion de groupe, ce mardi, était consacrée au débat. « On va discuter de notre position sur la déclaration de politique générale, mais nous trancherons la semaine d’après » explique avant la réunion le président de groupe Didier Guillaume. Regardez :

« On va discuter de notre position sur la déclaration de politique générale
00:33

Sa déclaration, sur Public Sénat, en mai dernier, avait mis le feu aux poudres aux yeux de certains membres de son groupe. Il avait souhaité que « les socialistes soient dans la majorité présidentielle ». Pour le président de groupe, ancien directeur de campagne de Valls pendant la primaire, on peut rester socialiste tout en soutenant Emmanuel Macron, sans s’interdire des positions différentes.

« Première clarification » avec le départ de sénateurs vers le groupe LREM

Pour compliquer les choses, François Patriat s’active pour créer un groupe La République en marche (LREM) au Sénat. Il a envoyé hier un mail à tous les sénateurs ouverts à Macron, comme publicsenat.fr l’a révélé. Ils sont une quinzaine, peut-être 20, prêts à quitter tout de suite le PS pour être définitivement En marche. Par exemple Bariza Khiari, Yves Rome, Alain Richard, Nicole Bricq ou Richard Yung et quelques autres, qui se réunissent déjà depuis des semaines de manière informelle, comme ce matin à 10 heures.

Leur départ entraînera « une première clarification », se réjouit le sénateur Martial Bourquin. Une première soustraction qui plaît moins à Michel Delebarre, sénateur du Nord : « (On dit que) François Patriat tend la main… Il provoque une division aussi ».

« Il faut commencer par la clarté. Sinon, personne ne nous écoutera »

La seconde clarification a lieu entre les autres socialistes. Soit, pour le moment, la majorité des 108 sénateurs du groupe. Pour David Assouline, qui n’entend pas soutenir Emmanuel Macron, le vote de confiance doit être le juge de paix. « Est-ce qu’on vote la question de confiance au gouvernement, est-ce qu’on est dans la majorité présidentielle ou non ? Je fais partie de ceux qui disent que nous ne pouvons pas voter la confiance, les ordonnances sur le travail, la baisse sur l’ISF, la suppression de fonctionnaires. (…) On ne peut pas voter la confiance à un gouvernement dirigé par un homme de droite » affirme le sénateur de Paris. « Pour reconstruire, car il va falloir tout reconstruire, il faut commencer par la clarté. Sinon, personne ne nous écoutera » ajoute David Assouline. Regardez :

Pas de "confiance à un gouvernement dirigé par un homme de Droite" pour David Assouline
01:35

« Il faut arrêter de nous dire qu’il n’y a ni droite, ni gauche. Sur le code du travail, aucun gouvernement de droite ne nous l’a proposé » ajoute Martial Bourquin. Une impatience à clarifier qui étonne une sénatrice PS, ouverte à Macron : « Quand une maison s’effondre, il faut attendre que la poussière retombe pour voir ce qu’il reste ». Une autre, sur la même ligne, s’en agace :

« On ne peut pas sauter partout et dire "clarification, clarification". On n’est pas en état de clarifier ».

« A peu près tout le monde est d’accord pour dire qu’on ne peut pas rester ensemble »

A la sortie de la réunion, un sénateur, lui aussi Macron-compatible, craint le pire. Pour lui, la scission au sein du groupe ne fait plus de doute. « A peu près tout le monde est d’accord pour dire qu’on ne peut pas rester ensemble. Il est clair qu’il y aura une séparation du groupe sur la question de la confiance » selon ce sénateur PS, qui pense qu’« il y a une majorité pour voter la confiance ». Il ajoute : « Il y a la concordance avec le conseil national du parti, samedi, qui pourrait s’opposer à la confiance. Le groupe peut-il avoir une position différente du parti ? »

Quelques minutes après, les sénateurs reçoivent sur leur portable la position justement arrêtée par le bureau national du PS, réuni en séminaire au même moment : ne pas voter la confiance au gouvernement Philippe (voir notre sujet). Une décision qui pourrait influencer la décision des sénateurs. « Refuser la confiance, ça ne veut pas forcément dire voter contre » glisse une sénatrice par vraiment opposée au chef de l’Etat. La position de Solférino laisse en effet la place à l’abstention. Une position que quelques sénateurs défendent au sein du groupe, comme Jacques Bigot. Le retour de la synthèse hollandaise en somme. « C’est gagnant. Un triomphe à la fin ! » ironise un socialiste.

« Il n’y a pas d’obligation pour que le groupe prenne absolument position »

Au-delà du cas des sénateurs déjà à En marche, il n’est pas sûr que le groupe se divise davantage au final, malgré des lignes opposées. Didier Guillaume préférerait voir son groupe uni. « On verra » dit l’un. « Il y a un attachement à vivre ensemble » souligne un autre. Bref, la scission n’est pas faite.

Jean-Yves Leconte, sénateur PS des Français établis hors de France, ne souhaite pour sa part même pas de vote mardi prochain. « On n’est pas à l’Assemblée nationale. On n’a pas la responsabilité de voter la confiance. Il n’y a pas d’obligation pour que le groupe prenne absolument position » souligne le sénateur, qui ne voterait personnellement pas la confiance. Reste que le PS retrouve encore une fois ses divisions. Ce qu’un sénateur ne peut que regretter : « Ça fait 20 ans qu’elle aurait dû intervenir la clarification ! »

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