Les socialistes quittent Marseille réconciliés, mais l’avenir reste fragile

Les socialistes quittent Marseille réconciliés, mais l’avenir reste fragile

Le congrès du Parti socialiste s’est conclu sur une image d’unité sur scène. Olivier Faure a ouvert les chantiers et les batailles à venir. Le premier secrétaire, reconduit dans ses fonctions, a annoncé le début de la préparation des élections européennes. Un futur test pour la nouvelle gouvernance et la suite de ses relations avec les soutiens de Nicolas Mayer-Rossignol.
Guillaume Jacquot

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« Le Congrès du Parti socialiste ? Ce n’est toujours pas fini ? » Cet habitant de Marseille sur le Vieux Port pensait que les socialistes en avaient fini avec la cité phocéenne, après la confirmation samedi d’Olivier au poste de premier secrétaire et le dénouement in extremis d’une longue crise, post-élection interne. Ce dimanche 29 janvier au Palais du Pharo, tout commence en réalité pour le député de Seine-et-Marne Olivier Faure. Travailler sur les orientations, et surtout faire vivre le « pacte de gouvernance », conclu avec le finaliste malheureux Nicolas Mayer-Rossignol. Le maire de Rouen, distancé de peu lors de l’élection interne du 19 janvier, est depuis quelques heures premier secrétaire délégué, aux côtés de Johanna Rolland, la maire de Nantes, proche d’Olivier Faure. La photo de famille des socialistes, rose à la main, sur la scène du congrès, vient conclure un congrès qui ne s’était pas engagé sous les meilleurs auspices.

Les socialistes se sont fait peur tout au long de la semaine, l’attelage inédit imaginé entre les différents états-majors des trois motions a servi d’issue de secours. « Les journalistes viennent régulièrement assister à notre enterrement, et régulièrement nous les décevons. N’y voyez pas une incitation, nous ne sommes pas obligés à chaque fois de rejouer le grand frisson », s’amuse le premier secrétaire sur scène, lors de son discours de clôture, avant de remercier ses challengers d’hier. « Il y avait des abcès à crever, ce congrès a été utile. Parfois, ça fait des étincelles quand deux pierres se frottent, mais ça fait de la chaleur et de l’énergie », résume Nicolas Mayer-Rossignol devant les journalistes.

« Je vous demande de refuser avec insistance toute forme de repli sur nous-même »

Pour Olivier Faure aussi, l’ambiance des jours précédents a effectivement montré que ce « congrès était nécessaire ». L’occasion pour lui de rappeler ses convictions vis-à-vis de la NUPES et du rassemblement de la gauche. « Je vous demande de refuser avec insistance toute forme de repli sur nous-même », a-t-il encouragé, rappelant que cette union avait permis aux Français de « situer avec certitude » le PS dans les rangs de la gauche. Dans les rangs de l’auditorium, ce rappel est accueilli par des applaudissements nourris. Et de rappeler cette règle chère à François Mitterrand : « D’abord, on rassemble son camp et ensuite les Français. »

A ses camarades peu amènes du rapprochement avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et des Insoumis, le premier secrétaire a tenu à démontrer l’indépendance d’action des députés socialistes. « Nous ne procédons de personne, si ce n’est de nous-même. Depuis six mois, aucun d’entre nous n’a eu à se renier. Notre liberté de vote est totale. » Nicolas Mayer-Rossignol répète quant à lui sa façon de voir les choses : « Il n’y a plus le mot NUPES dans l’accord. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga du rassemblement de la gauche. Alliés oui, alignés, non. » Le protocole adopté par les socialistes la veille évoque la « volonté de poursuivre, dans le respect des sensibilités, une stratégie de rassemblement de la gauche, tout en « exprimant la nécessité » que le PS « en redevienne la force centrale et propulsive ».

« Il va désormais y avoir un petit travail en termes de communication », reconnaît une militante

Au terme d’une séquence peu glorieuse pour la famille socialiste, de « mots blessants et de désaccords surjoués », de « part et d’autre », Olivier Faure a remis au premier plan les débats de fond. Dès la semaine prochaine, il compte lancer plusieurs chantiers de travail. « Notre premier devoir, c’est de réveiller l’espérance », a résumé le député. Parmi les enjeux cités : la « reconquête des classes moyennes et populaires », à travers la question des salaires et de la défense des services publics, ou encore l’envolée des prix de l’énergie. « Il faut rompre avec le tout-marché », a-t-il lancé. Sans oublier les grandes questions sociétales. « Notre parti doit devenir enfin un grand parti féministe » : la phrase fait une fois de plus mouche dans l’assistance.

Ce dimanche, les militants semblent apprécier l’épilogue de Marseille, même si d’autres échéances arrivent : la désignation des premiers fédéraux ou encore la stratégie à adopter dans le cadre de la législative partielle dans l’Ariège. « Ça fait vraiment plaisir de retrouver les camarades unis. Ce n’était pas un congrès anodin, c’était un vrai enjeu. Il y a une grande étape qui a été franchie », salue un jeune militant de la fédération de Loire, encarté depuis 2017. « C’était très loin d’être évident », reconnaît également une militante pro-Faure en Seine-Maritime, bastion de Nicolas Mayer-Rossignol. « Il va désormais y avoir un petit travail en termes de communication, bien montrer qu’il y a quand même une ligne politique qui est arrivée en tête le 12 janvier », insiste-t-elle. Les socialistes devront réapprendre à travailler sous une direction collégiale, comme sous l’intérim du coordinateur Rachid Temal de 2017-2018.

Européennes : Olivier Faure veut un « dialogue sincère et exigeant avec les autres formations de gauche »

Lorsqu’il a listé les conventions thématiques à ouvrir dans les prochains mois, Olivier Faure a posé le sujet des élections européennes de mai 2024. Le premier secrétaire, reconduit dans ses fonctions, promet un « dialogue sincère et exigeant avec les autres formations de gauche », tout en appelant à préparer des « convergences », prélude à des majorités au Parlement européen. A l’approche du premier anniversaire de la guerre en Ukraine, Olivier Faure rappelle toutefois l’attachement des socialistes à l’approfondissement du projet européen, et notamment à l’Europe de la Défense. Le sujet divise la gauche française, Jean-Luc Mélenchon n’ayant jamais caché son opposition à cette idée. « Nous avons besoin d’une Europe qui s’affirme enfin, comme puissance capable d’assurer notre défense commune », a fait savoir Olivier Faure.

Autre bataille érigée en priorité dans le discours de clôture : la lutte contre la réforme des retraites. « C’est un impôt sur la vie qu’ils s’apprêtent à prélever sur les femmes, les précaires, les carrières longues […] Leur seul courage, c’est de s’attaquer aux gens ordinaires », a-t-il dénoncé.

Dans les couloirs, les membres du congrès ne boudent pas leur plaisir de pouvoir tourner la page d’un congrès qui a bien failli tourner à la foire d’empoigne. « Il va falloir décanter la question de la ligne stratégique. Il y a une aspiration à bosser le fond », reconnaît un sénateur PS, qui a soutenu la motion d’Olivier Faure. « On est dans un dispositif inédit. On va devoir faire preuve d’intelligence collective. On vérifie dans un an si ça fonctionne », prévient toutefois une parlementaire derrière Nicolas Mayer-Rossignol.

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