Les soutiens de Juppé partagés entre retrait et soutien à la campagne de Fillon

Les soutiens de Juppé partagés entre retrait et soutien à la campagne de Fillon

Façon puzzle. Au lendemain du retrait définitif d’Alain Juppé comme plan B, les juppéistes se retrouvent éparpillés, entre volonté de « tourner la page » et « clause de conscience ». « Loyal » à sa famille, Jean-Pierre Raffarin demande « qu’il n’y ait aucun rapprochement possible avec le FN ».
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Lendemain difficile pour les soutiens d’Alain Juppé. Après le retrait « une bonne fois pour toute » de leur mentor, les juppéistes se sont retrouvés mardi matin pour un petit déjeuner au Sénat autour de l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Rassemblés au salon Pourpre, au premier étage du restaurant de la Haute assemblée, les convives comptent les députés Benoist Apparu et Philippe Gosselin, tout comme les sénateurs Fabienne Keller, Jean-Baptiste Lemoyne et Jean-Pierre Grand. Présents également, Valérie Pécresse, partie avant la fin, NKM, les anciens ministres Dominique Perben et Christine Albanel, l’ancien directeur de campagne de la primaire, Gilles Boyer, ou encore le plus jeune Maël de Calan.

Après les défections en chaîne venues du camp Juppé, cette réunion pouvait prendre des allures de thérapie de groupe. A la sortie, un parlementaire fait la tête des mauvais jours et semble sonné. Les juppéistes, aujourd’hui orphelins, ont d’abord pu écouter Jean-Pierre Raffarin. Il a souligné que la sensibilité humaniste devait « vivre et être préservée », selon une participante. « Au-delà du renoncement d’Alain Juppé, il faut que cette sensibilité perdure. Il faut voir comment exister, peser, y compris aux législatives ». L’ex-premier ministre souhaite aussi que François Fillon recrée les conditions du rassemblement en apaisant. « Samedi, au meeting d’Aubervilliers (voir notre article), il y avait Charles Beigbeder, Charles Millon… C’était hard » rappelle-t-on.

Raffarin : « Nous avons affirmé notre soutien au projet de François Fillon »

Pour ne pas insulter l’avenir et permettre, malgré tout, une forme de rassemblement, après avoir appelé au départ de Fillon, les juppéistes préfèrent aujourd’hui se concentrer sur le projet plutôt que sur celui qui le porte. Et pour la campagne, chacun sera libre de définir son niveau de soutien…

« Nous avons salué l’attitude d’homme d’Etat d’Alain Juppé. (…) Nous avons affirmé notre soutien au projet de François Fillon, qui a été présenté ce week-end. Chacun définit en fonction de ses convictions le niveau de son engagement et nous comptons sur François Fillon pour qu’il fasse les signes nécessaires à un large rassemblement » a expliqué à Public Sénat Jean-Pierre Raffarin après la réunion (voir la vidéo, images : Cécile Sixou et Héloise Gregoire).

Comment rassembler ? « C’est à François Fillon de le dire. Nous ne demandons pas des places, mais que la campagne soit tolérante, soit ouverte. Et qu’il n’y ait aucun rapprochement possible avec le FN » demande le sénateur de la Vienne. « Chacun peut mener la campagne qu’il souhaite. Nous soutenons le projet adopté par les Français à l’occasion de la primaire, (…) nous sommes engagés derrière le projet de François Fillon ».

Lui-même soutient-il François Fillon ? « Nous sommes engagés les uns et les autres et je vais pouvoir parler dans les heures qui viennent avec François Fillon. Mais notre responsabilité est liée aujourd’hui à la gravité de la situation de la France. (…) Nous sommes fidèle au message d’Alain Juppé, nous voulons que ce message soit entendu dans la campagne de François Fillon, mais nous sommes loyaux à notre famille politique » assure Jean-Pierre Raffarin.

Le candidat devrait dans les jours qui viennent montrer sa volonté de rassemblement pour tourner la page du psychodrame. En envoyant des signes aux sarkozystes, notamment via François Baroin, mais aussi aux juppéistes. « Je pense à Jean-Pierre Raffarin. La vision qu’il a du monde et de l’Europe sont des visions qui doivent enrichir le projet de François Fillon et permettre à notre candidat de développer pendant toutes ces semaines un projet cohérent sur ces plans » affirme à Public Sénat Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne et proche du candidat Fillon.

Jean-Pierre Grand fait valoir sa « clause de conscience » et reproche à Sarkozy de « faire coup double »

En réalité, l’unité et le soutien des juppéistes sont encore très loin d’être acquis. « Personne ne s’est précipité pour dire je pars tout de suite, je prend le train ou l’avion pour faire la campagne de François Fillon. Il y a une incertitude » affirme à la sortie de la réunion le sénateur Jean-Pierre Grand, qui avait appelé à parrainer Alain Juppé la semaine dernière. Le sénateur de l’Hérault n’entend pas pour sa part faire campagne.  « Je vais m’occuper de mon travail parlementaire. On fera valoir notre clause de conscience » annonce-t-il. Regardez :

Jean-Pierre Grand fait valoir sa « clause de conscience » sur la campagne de Fillon
02:23

Il affirme au passage que Laurent Wauquiez va récupérer la place de numéro 1 des Républicains. Une information qui n’est pour l’heure pas encore confirmée, mais le président de région, actuel vice-président des LR, va jouer un rôle important dans l’animation du parti. Toujours est-il que les sarkozystes semblent gagner sur tous les tableaux. Pour Jean-Pierre Grand, ça passe mal. « Nicolas Sarkozy a repris le parti, puisque le secrétaire général change, il met Laurent Wauquiez. Donc il fait coup double. 1/ On dit oui à Fillon, sachant qu’il ne pourra peut-être  pas aller jusqu’au bout. 2/ On met  un suppléant et 3/ On reprend le parti. Personne n’aurait imaginé un scénario comme celui là ». Regardez :

Pendant qu’un Jean-Pierre Grand prend ses distances, d’autres sont prêts à tourner la page. Pour le député Philippe Gosselin « il est temps d’aller de l’avant. Le chronomètre est lancé ». Il fera la campagne du candidat rescapé. « A partir du moment où, une bonne fois pour toute, il n’est plus question de candidature Juppé, l’affaire est réglée. (….) C’est pourquoi aujourd’hui, nous serons derrière ce projet porté par François Fillon » affirme le député de la Manche. Il continue : « On doit y aller, avec peut-être un peu de salive à ravaler pour certains, quelques regrets. Mais en notre âme et conscience, nous irons. (…) Je serai, si François Fillon le souhaite, à ses côtés. (…) La page doit être tournée ». Un réalisme qu’a résumé ainsi Valérie Pécresse, selon un participant : « Quand on n’a pas le choix, on n’a pas le choix »…

« Aujourd’hui, il y a 50 nuances d’humanistes ! »

L’élu du XVIIIe arrondissement de Paris, Pierre-Yves Bournazel, souhaite « qu’on soit bien au point central de ce que doit être la droite et le centre. Le point central ne doit pas trop dériver trop à droite ». « Je crois que c’est entendu dans le projet. Dans le projet que j’ai vu ce week-end, j’ai vu des inflexions », ajoute conseiller régional d’Ile-de-France, qui évoque notamment le projet santé revisité.

Le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne, qui avait demandé « les yeux dans les yeux » au candidat de se poser la question de son maintien, réserve pour l’heure sa réponse. « J’en suis au stade de l’examen de conscience. Je vais me poser tout les bonnes questions et quand j’aurai la réponse, je vous dirai mes conclusions » explique le sénateur de l’Yonne. Un parlementaire juppéiste résume la situation : « Aujourd’hui, il y a 50 nuances d’humanistes ! »

Jean-Baptiste Lemoyne sur Fillon : "J’en suis au stade de l’examen de conscience"
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