« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.
Christian Mouly

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L’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans les débats sécuritaires. Les inquiétudes entourant le bon déroulement des JO de Paris 2024 avaient initié cette tendance et débouché sur une loi d’expérimentation permettant de déployer la surveillance vidéo algorithmique dopée à l’IA. Ce jeudi 25 mars, au Sénat, l’IA a de nouveau occupé les discussions dans le cadre de deux missions d’information, l’une sur l’avenir du maintien de l’ordre et l’autre sur la réponse des autorités aux « phénomènes d’appropriation de l’espace public » (rodéos, feux d’artifice, rave party…).

Auditionné pour l’occasion, le préfet de police de Paris Patrice Faure l’a évoqué de lui-même au sujet des rodéos urbains. « Je suis favorable à l’utilisation de l’IA derrière les caméras de vidéosurveillance. Cela permettrait d’aller beaucoup plus vite dans la détection et l’interception des motos », défend-il devant les sénateurs. Une utilisation qui devrait être couplée, selon lui, au déploiement renforcé de drones vidéo, déjà régulièrement utilisés par la police lors des manifestations.

Des « résultats mitigés » aux JO

Avant de préciser : « On ne réclame pas de dévisager les personnes mais de détecter automatiquement les mouvements de véhicule qui ne sont pas conformes à d’habitude. » De quoi balayer les craintes d’avènement de la reconnaissance faciale, « comme en Chine ».

Des propos qui font écho au projet de loi présenté mardi par le ministre de l’intérieur Laurent Nunez. Baptisé « Ripost » (pour Réponses immédiates contre les phénomènes troublant l’ordre public), le projet prévoit l’extension jusqu’à 2030 de l’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique. Dans le viseur du ministre : les rodéos urbains, mais pas que.

« Nous avions constaté que ce dispositif d’IA n’était pas au point » lors des JO, tient à lui rappeler Marie-Pierre de La Gontrie (PS), à la tête d’une précédente mission d’information sur le sujet. Le dispositif visait à prévenir les menaces de sécurité autour des sites de compétition. « Considérez-vous que ce système est désormais au point ? », demande-t-elle.

Les rodéos urbains, mais aussi les manifestations et les transports

L’intéressé reconnaît des « résultats mitigés » aux JO mais défend une mise en œuvre nécessairement progressive : « Le dispositif ne peut pas fonctionner nativement. Nous devons rentrer des données au fil de l’eau pour que, par exemple, les caméras avec IA comprennent que des véhicules allant vite, en groupe, sont potentiellement des rodéos. » Au-delà, le préfet imagine l’utilisation de l’IA lors de manifestations pour identifier les mouvements de foules. « Ça se construit et j’y crois beaucoup », assure-t-il.

« L’expérimentation durant les JO a aussi été intéressante pour la sécurité dans les transports », élargit encore Isabelle Florennes. La sénatrice du groupe Union centriste a déposé en décembre une proposition de loi pour étendre le traitement algorithmique aux caméras dans les transports en commun. La RATP et la SCNF travaillent déjà sur la question avec la préfecture, a confirmé Patrice Faure.

D’après la sénatrice, c’est aussi une affaire de souveraineté. « Les algorithmes se nourrissent de ce qu’on y met. Si la France n’avance pas sur ce sujet alors que d’autres le font, il y a un risque que d’autres pays nous fournissent leur logiciel. Avec une procédure qui ne convient pas à notre législation, » prévient Isabelle Florennes.

« Donnez-moi le cadre législatif et nous le ferons avec plaisir »

« C’est un sujet qui va nous rattraper si on le ne prend pas en compte nous-même, à la française, avec le respect des libertés comme préalable », abonde Marc-Philippe Daubresse (LR), qui appelle à soutenir les entreprises françaises du secteur, en particulier Thalès, par l’établissement d’un cadre législatif clair. Et ainsi éviter leur départ à l’étranger.

« Donnez-moi le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent et nous le ferons avec plaisir », répond Patrice Faure, qui assure que ses services regardent de près ce qui se fait à l’étranger. Le patron de la police annonce au passage qu’il recevra les entreprises françaises de l’IA le 1er avril prochain.

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