Limitation du droit du sol à Mayotte : le fait d’armes du nouveau Secrétaire d’Etat à la Francophonie, Thani Mohamed Soilihi

Peu connu du grand public, le sénateur de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi est le nouveau Secrétaire d’Etat chargé de la francophonie et des partenariats internationaux. Soutien d’Emmanuel Macron de la première heure, il est à l’origine de la limitation du droit du sol en 2018.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Thani Mohamed Soilihi est entré dans l’Histoire. Il est le premier Mahorais à intégrer un gouvernement. Elu au Sénat depuis 2011, le nouveau Secrétaire d’Etat chargé de la francophonie et des partenariats internationaux avait soutenu Emmanuel Macron dès la campagne de 2017 et a été l’un pilier du groupe macroniste au Sénat, présidé par François Patriat.

Son amendement à la loi Asile et Immigration

Avocat de profession, il a occupé la vice-présidence du Sénat et était membre de la commission des lois. A ce titre, le sénateur de Mayotte a été la cheville ouvrière de l’une des dernières adaptations des conditions d’acquisition de la nationalité française. En 2018, alors que le Sénat examine le projet de loi Asile et Immigration, un amendement du sénateur de Mayotte, est adopté contre l’avis du gouvernement. Pour acquérir la nationalité par le droit du sol à Mayotte, il est exigé pour les enfants nés à Mayotte que l’un de ses parents ait, au jour de sa naissance, été présent de manière régulière sur le territoire national depuis plus de trois mois. Un une disposition justifiée par la situation particulière du département » avait précisé le rapporteur LR du texte, François-Noël Buffet, nommé ce week-end ministre chargé des Outre-mer.

« Il y a tellement de naissances dans l’hôpital de Mayotte que pour relever le défi de la scolarité, il faudrait ouvrir une classe par jour » avait appuyé au micro de Public Sénat, Thani Mohamed Soilihi.

Quelques jours après l’adoption de cet amendement, Emmanuel Macron avait alors pris publiquement son gouvernement à contre-pied. « Le sénateur Soilihi a proposé une évolution des conditions d’accès à la nationalité française, une adaptation particulière compte tenu des défis […] Cette évolution, je l’ai notée, fait consensus sur le territoire, c’est pourquoi je soutiens cette démarche qui me semble adaptée et équilibrée », avait-il déclaré lors de la restitution des Assises de l’Outre-mer.

Par la suite, plusieurs députés et sénateurs avaient saisi le Conseil Constitutionnel estimant qu’elle portait atteinte au principe d’indivisibilité de la République et au principe d’égalité. Dans sa décision du 6 septembre 2018, le Conseil l’avait jugé conforme à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme, instaurant une condition supplémentaire, spécifique à Mayotte, pour l’acquisition de la nationalité. Les Sages avaient considéré que l’amendement est conforme à l’article 73 de la Constitution qui porte sur les départements et les régions d’outre-mer, lesquelles « peuvent faire l’objet d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités ».

« Il faut dépassionner cette histoire de droit du sol»

Début 2024, afin d’enrayer la crise migratoire à Mayotte, l’ancien ministre de l’Intérieur avait annoncé une révision constitutionnelle visant à aller plus loin : l’inscription de la fin du droit du sol à Mayotte. Une mesure soutenue par le nouveau Secrétaire d’Etat chargé de la francophonie et des partenariats internationaux. « Il faut dépassionner cette histoire de droit du sol. Les Mahorais attendent de la sécurité, les Mahorais attendent une lutte contre l’immigration illégale. Et il ne faudrait pas que, de part et d’autre, on se serve de cette situation pour faire le buzz. La question du droit du sol, ce n’est pas une question taboue pour moi », avait-il affirmé en février dernier (voir la vidéo de tête).

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Limitation du droit du sol à Mayotte : le fait d’armes du nouveau Secrétaire d’Etat à la Francophonie, Thani Mohamed Soilihi
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le