Limogeage d’Olivier Nora, éditeur chez Grasset : « Cela témoigne une fois de plus de la reprise en main brutale de Vincent Bolloré », dénonce la sénatrice Sylvie Robert (PS)

À l’occasion d’une table ronde sur les fragilités du secteur du livre, mercredi 15 avril, au Sénat, la sénatrice socialiste Sylvie Robert a dénoncé le renvoi d’Olivier Nora, patron des éditions Grasset, propriété d’Hachette. Le signe, selon elle, d’une « reprise en main brutale » du groupe par le milliardaire Vincent Bolloré.
Christian Mouly

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L’ambiance était morose, mercredi, au Sénat, en commission de la culture. Les représentants du livre étaient invités à un tour de table sur « l’économie fragile » du secteur. Chaque maillon de la chaîne du livre, des auteurs aux éditeurs en passant par les libraires, a pu évoquer ses difficultés, alors qu’une nouvelle étude du Centre national du livre (CNL) confirme la chute du temps de lecture des Français. Face à eux, les sénateurs ont laissé échapper leur « impuissance » et leur « lassitude » devant la concurrence des réseaux sociaux et des logiciels d’intelligence artificielle, qu’ils tentent de réguler.

Au milieu de ces préoccupations, qui ne datent pas d’hier, une question d’actualité non moins inquiétante s’est frayée un chemin : le limogeage du très reconnu éditeur en chef de Grasset, Olivier Nora, à la tête de la maison depuis 26 ans. Le sujet a été abordé spontanément par Sylvie Robert (PS). « Cela témoigne une fois de plus de la reprise en main brutale de Vincent Bolloré, qui va mettre à la tête de cette maison d’édition un proche, on le sait », a soufflé la sénatrice d’Ille-et-Vilaine.

Un phénomène de concentration

En désaccord avec Olivier Nora, le milliardaire breton, propriétaire d’Hachette, maison mère de Grasset, a tranché dans le vif. Et déjà provoqué la fuite de 140 auteurs, parmi les plus renommés (Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy, Sorj Chalandon, Frédéric Beigbeder…), qui ont annoncé quitter le groupe en solidarité avec leur patron limogé.

Un événement qui démontre « une fois encore, selon Sylvie Robert, que le secteur de l’édition est en proie à un phénomène de concentration qu’on observe aussi dans d’autres secteurs de la culture ». Engagée sur le sujet, la sénatrice a codirigé un rapport sur la concentration des médias en 2022, où il était déjà largement question de Vincent Bolloré, aujourd’hui à la tête d’un vaste empire médiatique.

« La diversité, la régulation et l’encadrement du secteur (sont) une fois de plus bousculés par l’emprise très forte de ce milliardaire », a insisté Sylvie Robert, qui a ponctué son intervention en commission par « un cri à la fois de tristesse et d’alarme » face aux difficultés générales de la filière.

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