Capture ICIEU

L’IVG doit être un « droit » reconnu par l’Union européenne pour cette eurodéputée finlandaise

L’Union européenne apparaît comme un rempart des droits des femmes, mais si on y regarde à la loupe, elle connait aussi une forme de régression. Ainsi, le droit à l’avortement est en recul dans plusieurs pays tels que l’Italie, la Hongrie, et surtout la Pologne, où il est quasiment interdit, tout comme à Malte. Malgré une initiative populaire reprise par la Commission européenne pour donner un accès à l’IVG pour toutes les européennes, la bataille idéologique bat son plein. "Ici l'Europe" ouvre le débat, avec les eurodéputés Anna Cavazzini (Allemagne, les Verts), Sirpa Pietikäinen (Finlande, PPE) et Marc Angel (Luxembourg, S&D).
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Au moment où l’UE fête la journée internationale des droits des femmes, un sujet continue de diviser les européens : le droit à l’avortement. Inscrit dans la Constitution dans certains pays, comme la France, l’accès à une interruption volontaire de grossesse est au contraire très compliqué pour les femmes dans plusieurs pays européens.

Pologne, Malte : l’IVG interdite

En 2024, environ 47 000 Polonaises ont ainsi dû avorter via des réseaux clandestins ou à l’étranger. En Pologne, l’IVG est interdite sauf danger vital, viol ou inceste. Bien que Donald Tusk, le premier ministre, ait promis la légalisation jusqu’à 12 semaines, la coalition gouvernementale reste divisée. Les conservateurs de la « Troisième Voie » (membres de la coalition) risquent de bloquer la réforme.

Autre point noir, Malte, où l’accès à l’IVG est totalement interdit jusqu’à 2023 sauf si la vie de la mère est en jeu.

Italie, Hongrie : le droit à l’avortement restreint

Dans deux autres pays, la Hongrie et l’Italie, le droit à l’IVG, bien que légal, est fortement limité dans les faits. Le nombre de recours y est ainsi en baisse, du fait des contraintes et des obstacles imposés par les gouvernements de droite radicale. En Hongrie, la politique de dissuasion active passe par l’obligation faites aux femmes de subir une échographie « obligatoire » avec écoute du rythme cardiaque du fœtus. Le gouvernement de Viktor Orban vient aussi de renforcer les subventions aux cliniques privées confessionnelles qui pratiquent des « entretiens de dissuasion » avant l’acte.

En Italie, pratiquer une IVG aussi relève souvent d’un parcours du combattant : 70 % à 90 % des gynécologues sont « objecteurs de conscience » dans certaines régions du Sud (Sicile, Molise), encouragés en ce sens par le gouvernement de Giorgia Meloni. Résultat : dans de nombreuses provinces, aucune structure publique ne pratique l’IVG, obligeant les femmes à changer de région. Le gouvernement a en outre facilité l’accès des associations « pro-vie » dans les centres de santé où se délivrent les autorisations d’IVG.

Initiative citoyenne

Face à ce recul, une initiative citoyenne inédite a permis récemment une avancée. Le mouvement « Ma voix, mon choix », fort d’une pétition signée par 1,1 millions de citoyens européens, a obtenu en partie gain de cause de la part de la Commission.

« Nous accordons aux États membres la possibilité d’utiliser les fonds européens du Fonds social européen pour améliorer l’accès à l’avortement », a ainsi annoncé le 26 février Hadja Lahbib, la commissaire européenne chargée des Droits des femmes. « Cela signifie aider les femmes qui doivent se déplacer, aider les femmes dans leur propre pays, aider les femmes vivant dans des régions isolées et aider les femmes sans moyens financiers » Une femme confrontée à un manque de moyens, « pourra aller n’importe où dans l’Union Européenne, pour avoir un avortement digne de ce nom », a expliqué la commissaire.

Une « victoire » saluée par les responsables du mouvement « Ma voix, mon choix », qui regrettent cependant qu’aucun moyen supplémentaire n’ait été alloué à la mesure. Celle-ci est aussi applaudie par l’eurodéputée allemande Anna Cavazzini (Les Verts) pour qui « Beaucoup de membres du Parlement ont voté pour soutenir cette initiative, car les femmes veulent des droits sur leur propre corps », et même si elle se dit « déçue » que la Commission ne soit pas allée plus loin, elle reconnaît un « signal important », notamment face à des « extrêmes droites qui ne veulent pas d’accès à des avortements sécurisés ».

L’eurodéputée finlandaise Sirpa Pietikäinen va même plus loin, estimant que l’IVG doit être un « droit » reconnu par l’Union européenne, au titre d’un droit fondamental. C’est de la compétence de la Commission, avance-t-elle, « les droits sexuels » étant à ses yeux partie intégrante des « droits de l’Homme ».

À ce titre, le luxembourgeois Marc Angel (S&D) se réjouit que son pays vienne d’inscrire, après la France, le droit à l’avortement dans sa Constitution. Une avancée nécessaire selon lui, car « il y a des risques de régression ».

Par Thibault Henocque

L’émission est à retrouver ici.

Partager cet article

Dans la même thématique

L’IVG doit être un « droit » reconnu par l’Union européenne pour cette eurodéputée finlandaise
6min

Politique

Mobilisation de la jeunesse : « Nous avons construit un État-providence qui fonctionne seulement pour les adultes », reconnaît cette eurodéputée

Une Europe en ébullition sociale. De la France à l'Italie, en passant par la Belgique, la Grèce ou l'Allemagne, une vague de contestation secoue les capitales de l'Union. Nés de mouvements lycéens et étudiants initiés en France, ces soulèvements traduisent un malaise profond touchant l'avenir de la jeunesse, la crise du logement et l'effritement du pouvoir d'achat. Face à ce front commun qui surprend les gouvernements européens, des syndicats et des associations issus de sept pays appellent à des manifestations coordonnées pour la fin du mois de novembre.

Le

France : Edouard Philippe visits Zuydcoote to discuss immigration
10min

Politique

« La fébrilité est de leur côté, pas du sien » : sous pression du camp Attal et Retailleau, Edouard Philippe reste droit dans ses bottes et refuse la primaire

Après Gabriel Attal et David Lisnard, Bruno Retailleau s’est rangé à l’idée de primaire de la droite et du centre, au point de commencer à y travailler. Si le candidat Horizons ne change pas d’avis, « il portera seul la responsabilité de la division », prévient Laurence Garnier, porte-parole de Bruno Retailleau. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Trump ou Poutine, ce n’est pas celle des candidats mal partis qui fera fléchir Edouard Philippe », rétorque Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe…

Le

Paris: JM Melenchon conference de presse comptes publics
8min

Politique

Présidentielle 2027 : avec la « Nouvelle France », Jean-Luc Mélenchon fait de l’écologie la clé de voûte de son programme

Avec 1 069 mesures, dont 238 nouvelles, La France insoumise dévoile vendredi 6 novembre une nouvelle édition de son programme présidentiel, L’Avenir en commun. Si les marqueurs historiques du mouvement sont largement reconduits, l’écologie en devient la porte d’entrée. Derrière ce changement de priorité, Jean-Luc Mélenchon cherche à imposer un nouveau récit, celui de la « Nouvelle France », qui succède à l’« union populaire » de 2022.

Le