Liz Truss, Première ministre britannique : « La réalité économique risque de se rappeler à elle »
Liz Truss va succéder à Boris Johnson au 10 Downing Street. Avec 57 % des suffrages des adhérents du Parti conservateur, la ministre des Affaires étrangères est sortie victorieuse de son duel avec son concurrent, Rishi Sunak. Florence Faucher, professeure de sciences politiques au Centre d’études européennes de Sciences Po rappelle « qu’une toute petite fraction de l’électorat » l’a désignée lors de cette primaire.

Liz Truss, Première ministre britannique : « La réalité économique risque de se rappeler à elle »

Liz Truss va succéder à Boris Johnson au 10 Downing Street. Avec 57 % des suffrages des adhérents du Parti conservateur, la ministre des Affaires étrangères est sortie victorieuse de son duel avec son concurrent, Rishi Sunak. Florence Faucher, professeure de sciences politiques au Centre d’études européennes de Sciences Po rappelle « qu’une toute petite fraction de l’électorat » l’a désignée lors de cette primaire.
Simon Barbarit

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Pour quelle raison Liz Truss était-elle la favorite de cette élection ?

C’était un vote très particulier qui a eu lieu après un jeu de chaises musicales au sein du parti Conservateur. C’est une sorte de primaire interne d’un parti, qui au maximum, est composé de 180 000 adhérents. C’est donc une toute petite fraction de l’électorat qui a voté pour elle. Les adhérents du Parti conservateur sont très âgés. 53 % ont plus de 63 ans. 71 % sont des hommes. Ils vivent majoritairement à Londres et dans les comtés du Sud. Ce n’est pas du tout représentatif. Mais dans une campagne de primaire qui a tendance à radicaliser les positions, Liz Truss correspond à leur préférence en affichant des positions thatchériennes. Elle est même allée jusqu’à s’habiller quasiment comme elle.

Son adversaire, Rishi Sunak, lui a reproché de promettre la lune. Va-t-elle poursuivre la stratégie populiste de Boris Johnson ?

Elle a promis la lune, mais la réalité économique risque de se rappeler à elle de manière assez forte (l’inflation dépasse les 10 % NDLR). Il n’est pas impossible qu’elle finisse par prendre en compte le coût de la vie même si ces dernières semaines, elle n’a pas esquissé de revirement. Elle a commencé sa carrière plus à gauche et s’est rapprochée, au fur et à mesure, de Boris Johnson. On peut se demander si elle suivra son exemple en choisissant uniquement des proches, des Thatchériens, au sein de son gouvernement. C’est une pratique que Boris Johnson a mis en place à son arrivée au pouvoir en 2019. David Cameron et Theresa May cherchaient, eux, à rassembler toutes les sensibilités du Parti conservateur et pas uniquement les Thatchériens.

Qu’a-t-elle promis durant la campagne ?

Elle a affirmé qu’il n’y aurait pas d’augmentation d’impôts. (« Je présenterai un plan audacieux pour réduire les impôts et faire croître notre économie », a promis Liz Truss après l’annonce de sa victoire NDLR). Elle défend la théorie du ruissellement selon laquelle les avantages fiscaux accordés aux plus aisés sont bénéfiques pour l’économie. Elle a voté contre le Brexit mais elle en est, depuis, une farouche défenseure. Elle prône également une politique très stricte en matière d’immigration.

Les relations franco-britanniques se sont tendues sous le mandat de Boris Johnson. Il semble que cela ne va pas s’arranger avec Liz Truss…

L’Union Européenne et la France n’ont pas grand-chose à attendre d’elle. C’était compliqué avec Johnson, mais il était francophone à défaut d’être francophile. Il disait du mal de l’Europe, mais la connaissait. Les dernières déclarations de Liz Truss sur Emmanuel Macron ne laissent pas présager de meilleures relations. (Lors d’un débat télévisé, à la question : Emmanuel Macron, ami ou ennemi ? Liz Truss ne s’est pas prononcée. NDLR)

 

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