Dans la nuit de mardi à mercredi, le Sénat a débuté l’examen de la proposition de loi sur la lutte contre l’occupation illicite des biens. Le texte, défendu par le gouvernement et la majorité sénatoriale de droite, vise à mieux protéger les propriétaires contre les squatteurs et les loyers impayés. Pour la gauche, il ne fait que « criminaliser la précarité ».
Loi anti-squat : le Sénat commence l’examen du texte dans un climat tendu
Dans la nuit de mardi à mercredi, le Sénat a débuté l’examen de la proposition de loi sur la lutte contre l’occupation illicite des biens. Le texte, défendu par le gouvernement et la majorité sénatoriale de droite, vise à mieux protéger les propriétaires contre les squatteurs et les loyers impayés. Pour la gauche, il ne fait que « criminaliser la précarité ».
Par Public Sénat
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« Ce soir après la séance, j’irai m’installer chez M. Benarroche (sénateur écologiste) avec toute mon équipe. Je ferais en sorte de changer les serrures […] Au nom du dogmatisme et de l’idéologie, vous trouvez ça normal ». Cette intervention, peu appréciée par la gauche, du ministre de la justice, Éric Dupond-Moretti, illustre l’ambiance qui règne dans l’hémicycle autour de la proposition de loi sur la lutte contre l’occupation illicite des biens
Cette nuit, le Sénat a tout juste démarré l’examen de ce texte porté par le député Renaissance, Guillaume Kasbarian et voté en première lecture par l’Assemblée nationale avec le soutien de la droite et du RN.
Deux ans après l’adoption d’une proposition de loi LR similaire, la droite sénatoriale a logiquement bien accueilli ce texte dont l’une des mesures emblématiques triple les sanctions encourues par les squatteurs, jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende contre un an d’emprisonnement d’un an et 15 000 euros d’amende, actuellement.
Une nouvelle infraction pour punir d’une amende de 3550 euros « la propagande » ou la « publicité » visant à inciter le squat
La proposition de loi, inscrite dans la niche parlementaire du groupe RDPI (à majorité présidentielle), crée une nouvelle infraction pour punir d’une amende de 3550 euros « la propagande » ou la « publicité » visant à inciter le squat. En commission, les sénateurs ont élargi le champ d’application du délit d’occupation illicite d’un bien, « à un local à usage d’habitation ou à usage économique ». Jusqu’à présent, le code pénal sanctionne uniquement l’occupation illicite d’un domicile sur le fondement du respect du droit à la vie privée. Cette notion « de bien à usage économique » n’a, toutefois, pas de référence en droit français et devra être amendée lors des débats.
En ce qui concerne les loyers impayés, le texte accélère les procédures judiciaires dans les litiges locatifs, en incluant notamment de manière systématique dans les contrats de bail une « clause de résiliation de plein droit ». Cette clause permettrait à un propriétaire d’obtenir la résiliation du bail sans avoir à engager une action en justice et de pouvoir ainsi obtenir plus rapidement une expulsion.
La commission des lois a retouché le texte en permettant au juge de prendre l’initiative d’accorder un délai aux locataires avant la résiliation du bail. Le Sénat a également allongé le délai à six semaines, contre un mois dans le texte initial, entre le commandement de payer et l’assignation devant le tribunal. « Car ce délai est souvent mis à profit pour régler à l’aimable les litiges locatifs dans plus de deux tiers des cas », a rappelé le rapporteur LR, André Reichardt.
Les groupes CRCE à majorité communiste et écologiste ont défendu chacun, sans succès, une motion de rejet en bloc du texte. Le sénateur communiste, Pascal Savoldelli a déploré la surmédiatisation des affaires de squat et « l’amalgame » du gouvernement et de la droite entre les squats et les impayés de loyers.
Le sénateur écologiste, Guy Benarroche a lui dénoncé « une criminalisation de la précarité »
Pourquoi faites-vous du droit de propriété une valeur suprême ? »
La gauche du Sénat déplore plus précisément le déséquilibre entre deux principes à valeur constitutionnelle : le droit de propriété le droit à un logement décent. « Pourquoi faites-vous du droit de propriété une valeur suprême ? », a interrogé Pascal Savoldelli le jour où la Fondation Abbé-Pierre estime, dans son rapport annuel, à 330.000 le nombre de personnes sans domicile en France. Soit 30.000 de plus que l’année précédente.
L’élu communiste a mis en avant différentes mesures « dans l’intérêt général » et qui ne remet pas en cause « les droits des propriétaires », tels que la garantie universelle de loyers, le renforcement de logements d’urgences et la construction de logement sociaux.
« Le droit au logement, il existe mais ce n’est pas, pousse-toi de là que je m’y mette »
« Nous sommes parvenus à un équilibre entre le respect de la propriété privée, auquel le Sénat est attaché, et l’esprit de justice et d’humanisme dont nous devons faire montre à l’endroit des personnes frappées par un accident de la vie », a estimé de son côté, la sénatrice LR, Dominique Estrosi Sassonne.
« Le droit au logement, il existe mais ce n’est pas, pousse-toi de là que je m’y mette […] La propriété, ce n’est pas sale. Et je trouve que ce texte a le mérite d’être équilibré » , a renchéri Éric Dupond-Moretti.
Les sénateurs poursuivront l’examen du texte jeudi 2 février.
Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.
Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.
A l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. La proposition est difficilement applicable pour les magistrats et avocats.
Le Sénat s'est opposé mercredi soir à un amendement instaurant une clause de conscience pour les écrivains, proposition brandie par des auteurs et des élus depuis le limogeage controversé du patron de la maison d'édition Grasset. Mais le gouvernement s'est de nouveau montré ouvert, appelant à bâtir un « consensus » sur le sujet.