Loi anti-squat : le texte arrive en débat au Sénat, la gauche et les associations sont vent debout
Le Sénat examine ce mardi une proposition de loi défendue par la majorité présidentielle et la droite, décriée par la gauche et les défenseurs des mal-logés. Il vise à mieux protéger les propriétaires contre les squatteurs et les loyers impayés.

Loi anti-squat : le texte arrive en débat au Sénat, la gauche et les associations sont vent debout

Le Sénat examine ce mardi une proposition de loi défendue par la majorité présidentielle et la droite, décriée par la gauche et les défenseurs des mal-logés. Il vise à mieux protéger les propriétaires contre les squatteurs et les loyers impayés.
Simon Barbarit

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Votée en première lecture par l’Assemblée nationale avec le soutien de la droite et du RN, la proposition de loi portée par la majorité présidentielle, sur la lutte contre l’occupation illicite des biens, est examinée au Sénat ce mardi.

A la suite de plusieurs affaires fortement médiatisées, l’une des mesures emblématiques triple les sanctions encourues par les squatteurs, jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Actuellement, le fait d’occuper illégalement un logement meublé ou non meublé est puni d’une peine d’emprisonnement d’un an et 15 000 euros d’amende.

Pour mémoire, le Sénat avait déjà adopté une proposition de loi visant à renforcer les sanctions contre les squatteurs en 2021. Le triplement de la sanction tel qu’il est envisagé dans le texte du député Renaissance, Guillaume Kasbarian est salué par le sénateur André Reichardt, rapporteur LR du texte. « C’est une valeur symbolique. On veut montrer aux squatteurs qu’on ne rigole pas. Les personnes peuvent être réprimées plus sévèrement », a-t-il rappelé la semaine dernière à Public Sénat.

La droite sénatoriale veut « bien distinguer la situation du squatteur de celle du locataire, mauvais payeur »

André Reichardt indique néanmoins avoir voulu « mettre de l’ordre dans ce texte qui venait de l’Assemblée nationale ». Il pointe notamment du doigt une « confusion entre la pénalisation des squats et le simple fait de rester dans des locaux lorsque vous êtes des locataires et que vous ne payez plus de loyer ».

En commission, les sénateurs ont retravaillé le texte de l’Assemblée, de sorte à « bien distinguer la situation du squatteur de celle du locataire, mauvais payeur ». Ils ont néanmoins conservé la possibilité de pénaliser le locataire qui se maintient dans les lieux à la suite d’un jugement d’expulsion devenu définitif.

Pour les loyers impayés, le texte accélère les procédures judiciaires dans les litiges locatifs, en incluant notamment de manière systématique dans les contrats de bail une « clause de résiliation de plein droit ». Activer cette clause permettrait à un propriétaire d’obtenir la résiliation du bail sans avoir à engager une action en justice et de pouvoir ainsi obtenir plus rapidement une expulsion.

Le texte voté par les députés prévoit que le juge pourra suspendre cette clause, mais à condition que le locataire le demande. Les sénateurs ont rétabli la possibilité pour le juge d’accorder d’office un délai de paiement au locataire « en situation de régler sa dette locative ».

« Nous sommes parvenus à un équilibre entre le respect de la propriété privée, auquel le Sénat est attaché, et l’esprit de justice et d’humanisme dont nous devons faire montre à l’endroit des personnes frappées par un accident de la vie », s’est félicitée Dominique Estrosi Sassone, rapporteure LR pour avis et auteure du précédent texte adopté au Sénat.

« Une dégradation du droit des locataires et des droits humains », pour la gauche.

A gauche, communistes et écologistes appellent la Haute assemblée à rejeter un texte qui entraînera selon eux « une dégradation du droit des locataires et des droits humains ». Ils demandent au gouvernement des actions concrètes pour mettre fin au mal logement et assumer ses responsabilités en matière d’hébergement d’urgence.

« Cette loi ne répond pas à l’urgence du logement en France, mais participe au contraire à l’aggravation du mal-logement, du sans-abrisme et renvoie aux collectivités et aux associations dévouées d’en assumer les conséquences alors que dans le même temps, le gouvernement réduit leurs budgets », dénoncent les sénateurs écologistes dans un communiqué.

Les groupes CRCE à majorité communiste et écologiste défendront chacun une motion de rejet en bloc du texte.

Leurs représentants ont apporté leur soutien au rassemblement organisé mercredi dernier devant le Sénat par les associations qui dénoncent une « loi socialement brutale », « promesse d’un accroissement considérable du nombre de personnes sans domicile ».

Su côté des socialistes, le sénateur, Hussein Bourgi a salué un « travail nuancé » de la commission, mais son groupe reste opposé à certaines dispositions. Le sénateur a reproché aux députés d’avoir « légiféré sous le coup de l’émotion ».

Quelque 90 amendements ont été déposés sur la proposition de loi.

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le