Loi Climat : le Sénat ne souhaite pas taxer davantage les SUV
L’examen en séance du titre III du projet de loi climat concernant les transports a été l’occasion pour les sénateurs d’adopter des dispositions en faveur du changement de véhicules. La tentative des sénateurs de gauche et écologistes d’étendre la taxe sur les voitures lourdes à davantage de véhicules, quant à elle, n’a pas fonctionné.

Loi Climat : le Sénat ne souhaite pas taxer davantage les SUV

L’examen en séance du titre III du projet de loi climat concernant les transports a été l’occasion pour les sénateurs d’adopter des dispositions en faveur du changement de véhicules. La tentative des sénateurs de gauche et écologistes d’étendre la taxe sur les voitures lourdes à davantage de véhicules, quant à elle, n’a pas fonctionné.
Mathilde Nutarelli

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Après de vifs débats jeudi soir sur l’implantation des éoliennes et le conditionnement de la fermeture des centrales nucléaires, le Sénat a démarré ce vendredi après-midi l’examen en séance du titre III du projet de loi climat, relatif aux transports. Ce fut l’occasion pour la Chambre Haute de discuter de l’élargissement du malus pour les véhicules lourds, ainsi que d’adopter des dispositions pour faciliter le passage de la voiture à d’autres modes de transports.

Les sénateurs sur une ligne de crête

Le renforcement de la zone à faibles émissions (ZFE) dans la métropole du Grand Paris a pris effet le 14 juin dernier, empêchant les véhicules Crit’Air 4 (voitures diesels immatriculées avant le 1er janvier 2006 et les deux-roues motorisés datant d’avant juillet 2004), de circuler sur le territoire métropolitain entre 8 heures et 20 heures du lundi au vendredi. L’étendue de cette mesure est prévue dans le projet de loi climat. Cette disposition a fâché l’association 40 millions d’automobilistes, qui a envoyé une lettre ouverte aux sénateurs pour la dénoncer. En cause, la pénalisation de ceux qui n’ont pas les moyens de vivre en centre-ville et qui ne peuvent changer de véhicule, c’est-à-dire les plus modestes. Pour la sénatrice LR des Hauts-de-Seine Christine Lavarde, les classes moyennes sont également pénalisées. En effet, selon elle « les classes moyennes se sentent mises à l’écart de cette transition, parce que les dispositifs ne sont pas suffisants ». Sur le dossier des ZFE, difficile d’allier ambition climatique et lutte contre les inégalités.

Pourtant, c’est ce que le Sénat s’est attaché à faire cet après-midi. En effet, si les sénateurs ne se sont pas prononcés contre la mise en place des ZFE, ils ont adopté plusieurs mesures visant à faciliter le report modal, c’est-à-dire le passage d’un mode de transport à un autre, et l’achat de véhicules plus propres.
Ils ont ainsi voté, contre l’avis du gouvernement, la création d’un prêt à taux zéro pour l’achat d’un véhicule propre et augmenté le soutien de l’Etat aux collectivités pour le développement de pistes cyclables. Les sénateurs ont également adopté l’article introduit à l’Assemblée nationale qui prévoit d’aider en priorité les habitants des ZFE à changer de mode de transport.

ZFE : "Les classes moyennes se sentent mises à l’écart de cette transition "
00:57

Une tentative échouée pour le malus poids

Trois amendements, portés par les sénateurs Gérard Lahellec du groupe communiste, Jacques Fernique du groupe écologiste et Olivier Jacquin du groupe socialiste, reprenant une proposition de la Convention citoyenne pour le climat, ont proposé d’étendre la taxe sur les voitures lourdes à davantage de véhicules. En substance, les trois parlementaires souhaitaient que la taxe qui s’applique aux véhicules lourds concerne les véhicules de 1 300 kilos et plus, le seuil étant aujourd’hui fixé à 1800 kilos.
La mise en place d’un barème progressif ainsi que l’élargissement de cette taxe aux véhicules hybrides et électriques, avec un barème spécifique, étaient également prévus dans ces amendements.
Ils visent explicitement les SUV, véhicules lourds et plus polluants que les autres, en plein essor ces dernières années. Aujourd’hui, ils sont inégalement taxés, puisque seuls ceux qui dépassent les 1 800 kilos sont concernés. Pour Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique, défenseur de ces mesures, « il est temps de passer des messages clairs sur le fait qu’il faut être économe et réduire cette empreinte-là ».

Pourtant, la commission et le gouvernement ont porté un avis défavorable sur ces amendements, qui ont tous les trois été rejetés. Ils craignaient en effet qu’ils ne pénalisent les familles, qui utilisent des véhicules lourds moins polluants que des SUV. Par ailleurs, le ministre chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari a mis en garde sur le fait que ce type de mesure pourrait nuire au secteur automobile français. Il a expliqué que l’amendement risquait de porter un coup fatal à cette industrie, qui consent déjà des efforts d’investissements dans des véhicules plus légers et plus propres, alors qu’elle est déjà en difficulté.
Cet argument a été repris par la sénatrice LR des Yvelines Sophie Primas. En effet, pour la présidente de la commission des affaires économiques, « l’industrie automobile française n’est pas dans une santé éblouissante », et « la meilleure façon de ne pas voir des constructeurs disruptifs venir sur le marché, c’est d’avoir une industrie automobile solide et rentable ».
S’il est sensible à ces arguments, le sénateur écologiste Joël Labbé déplore tout de même la culture, entretenue par la publicité, qui fait que « pour des gens, c’est psychologiquement important de rouler dans un SUV au détriment d’autre chose ». Dans la droite ligne de cette remarque, le Sénat a adopté, en début de semaine, l’interdiction de la publicité faisant la promotion des voitures les plus polluantes dès 2028.

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi Climat : le Sénat ne souhaite pas taxer davantage les SUV
3min

Politique

« On est en droit de se poser des questions sur l’état mental de Donald Trump », pour Michel Cymes

Doit-on connaitre l’état de santé de ceux qui nous dirigent ? Doit-on évaluer leur santé mentale ? À l’affiche d’une pièce de théâtre, Michel Cymes interroge sur scène la question du secret médical des présidents élus et des candidats à la fonction suprême. Comment s’assurer de leurs capacités mentales et physiques sans trahir le secret médical ? À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, il répond aux questions de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Loi Climat : le Sénat ne souhaite pas taxer davantage les SUV
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Municipales 2026 : comment les résultats dessinent déjà la carte des sénatoriales de septembre

Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.

Le

EDF Reseau de Transport Electricite de Nice
6min

Politique

Marché européen de l’électricité : sortie ou réforme ? Les paradoxes de la normalisation du RN

Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.

Le