ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
Credit : Syspeo

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Les Sages retoquent la suppression des ZFE. Très attendue, la décision du Conseil constitutionnel met fin à l’un des épisodes les plus sensibles du texte porté par le gouvernement. Introduite à l’Assemblée nationale par des amendements des Républicains et du Rassemblement national, la suppression des zones à faibles émissions ne figurait pas dans la version initiale du projet de loi. Les Sages ont considéré que cette mesure constituait un « cavalier législatif », c’est-à-dire une disposition sans lien suffisant, même indirect, avec l’objet du texte examiné, conformément à l’article 45 de la Constitution.

Instaurées en 2019 puis étendues en 2021, les ZFE visent à limiter la pollution de l’air en restreignant la circulation des véhicules les plus polluants selon leur vignette Crit’Air. Le dispositif reste toutefois contesté, y compris parmi ses soutiens, qui dénoncent un accompagnement insuffisant pour les ménages modestes contraints de changer de véhicule.

Une fracture politique jusque dans le camp présidentiel

La bataille autour des ZFE a révélé de profondes divisions politiques. La France insoumise s’était prononcée pour leur suppression, tandis que les Républicains, le Rassemblement national et l’UDR militaient également pour leur abandon. Mais le sujet a aussi fracturé le camp macroniste. Fait rare, 70 députés issus de la majorité ont eux-mêmes saisi le Conseil constitutionnel afin de préserver certains marqueurs écologiques du premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, ancien ministre des Transports, avait dénoncé après le vote du Parlement une stratégie consistant, selon lui, à faire adopter une mesure en comptant sur sa censure ultérieure par le Conseil constitutionnel. Il avait également rappelé les conséquences sanitaires de la pollution de l’air, évoquant « 40 à 50.000 morts par an ».

Le Conseil censure aussi un assouplissement du ZAN

Un autre point sensible du texte : le « zéro artificialisation nette » (ZAN), objectif destiné à limiter le bétonnage des sols d’ici 2050. Profitant d’un article sur l’implantation des

centres de données, LR et RN avaient introduit un assouplissement permettant aux collectivités de dépasser jusqu’à 20 % leur quota de surfaces aménageables. Là encore, le Conseil constitutionnel a estimé que cette mesure relevait du cavalier législatif, faute de lien suffisant avec le projet de loi initial.

Un texte devenu « fourre-tout »

Examinée pendant deux ans, survivant à trois changements de Premier ministre et à une dissolution de l’Assemblée nationale, la loi de « simplification économique » a progressivement accumulé des dispositions hétérogènes. Le texte prévoit notamment de réduire certaines normes pesant sur les entreprises, de supprimer des instances consultatives et de faciliter la construction de certains projets, notamment les datacenters. Certaines dispositions demeurent toutefois controversées, notamment celles visant à réduire les délais de contentieux sur les autorisations environnementales de grands projets, dans la lignée du dossier de l’autoroute A69 dans le Tarn. Les requérants de gauche dénoncent une atteinte au droit au recours juridictionnel.

Avec cette décision, le Conseil constitutionnel ouvre désormais la voie à la promulgation de la loi, amputée d’une partie de ses mesures les plus contestées.

 

(Avec l’AFP)

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal
6min

Politique

Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal

Le candidat de Renaissance à l’élection présidentielle joue cartes sur tables en dévoilant de premières propositions pour mettre fin à la dérive des comptes publics, citant par exemple la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires, ce qu’il avait refusé trois ans et demi plus tôt au Sénat.

Le

CANIS LUPUS
10min

Politique

Gestion de l’eau, pesticides, prédation du loup… Ce que contient le projet de loi d’urgence agricole adopté par le Sénat

Le Sénat a adopté le projet de loi d'urgence agricole, après l’avoir profondément durci sous l’impulsion de sa majorité de droite et du centre. Le texte multiplie les concessions au monde agricole, de la réintroduction dérogatoire de certains pesticides au doublement des capacités de stockage en eau, ce que la gauche n’a pas manqué de dénoncer. Tour d’horizon des principales dispositions du texte.

Le

France, Pyrenees-Orientales, July 2, 2026: Wildfire between Canet-en-Roussillon and Sainte-Marie-la-Mer
7min

Politique

Incendies : « Il faut arrêter avec l’idée de l’État nounou. La responsabilité individuelle est essentielle », alerte la sénatrice Lauriane Josende

Le violent incendie qui a frappé jeudi Sainte-Marie-la-Mer et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales) a entraîné l’évacuation de près de 3 000 personnes et détruit des centaines de bungalows dans plusieurs campings. Si le feu est désormais maîtrisé, les autorités redoutent une saison des incendies particulièrement intense, sur fond de canicule et de sécheresse persistante.

Le