« Peasant Banquet » Held in Protest Against the Duplomb Bill
Credit:Nelchael Nicole/SIPA/2507010614

« Loi Duplomb » : un débat à l’Assemblée nationale après la pétition record

Alors que plus de 2,1 millions de Français ont exprimé, à l’été 2025, leur opposition à la réintroduction de pesticides interdits, l’Assemblée nationale organise, mercredi 11 février, un débat non contraignant mais très attendu autour de la « loi Duplomb ».
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Un débat symbolique après une mobilisation record. Sept mois après le lancement d’une pétition visant à abroger ce texte destiné à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », la question revient au Palais Bourbon. Le débat, sans vote à l’issue, ne modifiera pas le contenu de la loi mais constitue un moment politique important. Avec plus de 2,1 millions de signatures recueillies en quelques semaines, la pétition est devenue l’une des plus soutenues de l’histoire française, derrière celle de « l’Affaire du siècle », qui avait rassemblé 2,3 millions de signatures en 2018 pour dénoncer l’inaction climatique de l’État.

Une pétition inédite

Déposée le 10 juillet 2025 sur le site de l’Assemblée nationale par une étudiante de 23 ans, deux jours après l’adoption définitive du texte, la pétition a franchi pour la première fois le seuil des 500 000 signatures, ouvrant la voie à un débat en séance publique. Au Sénat les règles concernant les pétitions sont un peu différentes. En effet, à la chambre haute, le seuil nécessaire pour transmettre une pétition à la Conférence des présidents est fixé à 100 000 signatures, le tout dans un délai de six mois.

La « loi Duplomb » avait suscité de vives controverses tout au long de son examen parlementaire. Le texte adopté prévoyait notamment la réintroduction de trois pesticides de la famille des néonicotinoïdes. Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel avait censuré ces dispositions, estimant qu’elles portaient atteinte au droit de vivre dans un environnement sain, faute d’un encadrement suffisant.

Une nouvelle offensive législative

L’épisode n’a pas clos le dossier. Le 2 février, le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb a annoncé le dépôt d’une nouvelle proposition de loi visant à autoriser de nouveau deux insecticides : l’acétamipride et le flupyradifurone. Cette fois, assure-t-il, le dispositif a été conçu pour passer le filtre du Conseil constitutionnel. Le recours à ces substances serait limité dans le temps et restreint à quatre filières agricoles : la noisette, la pomme, la betterave et la cerise.

Mobilisation associative et réserves du gouvernement

La contestation, elle ne faiblit pas. Samedi 7 février, des militants écologistes, des agriculteurs et des citoyens ont participé à des rassemblements organisés à l’appel de plus de 80 organisations opposées au texte et à sa nouvelle version. Deux cents ONG, parmi lesquelles Cancer Colère, Greenpeace, Les Amis de la Terre et la Confédération paysanne, ont appelé à manifester ce mercredi devant le Palais Bourbon afin de rappeler la toxicité des pesticides. Dans une tribune publiée dans Le Monde, le biologiste Marc-André Selosse qualifie la loi de « passéiste », « ignorante de l’évolution technique » et porteuse de « coûts financiers et humains colossaux ».

Le gouvernement, de son côté, a annoncé qu’il ne soutiendrait pas le retour du texte. « On ne peut pas faire comme si une pétition n’avait pas réuni deux millions de signataires. Il faut aussi entendre l’inquiétude de ces Français qui nous ont alertés », a déclaré la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, sur France 2.

« Non, c’est non, Monsieur Duplomb ! »

Parallèlement, une nouvelle pétition a été lancée le 2 février sur le site de l’Assemblée nationale sous le titre « Non, c’est non, Monsieur Duplomb ! ». Ce mercredi 11 février, elle dépassait déjà les 100 000 signatures.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le