Loi ELAN : les sénateurs renforcent les pouvoirs du maire mais « le compte n’y est pas »
Mercredi, députés et sénateurs sont arrivés à un compromis autour du projet de loi ELAN (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique). Du côté du Sénat, on regrette « une recentralisation de la politique du logement ».

Loi ELAN : les sénateurs renforcent les pouvoirs du maire mais « le compte n’y est pas »

Mercredi, députés et sénateurs sont arrivés à un compromis autour du projet de loi ELAN (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique). Du côté du Sénat, on regrette « une recentralisation de la politique du logement ».
Public Sénat

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Fin juillet au Sénat, il n’y avait pas que l’affaire Benalla, mais aussi l’examen de la loi Elan. Un texte fleuve (270 articles) qui avait occupé les nuits et les jours des sénateurs pendant plus d’une semaine.

Mercredi, devant le palais du Luxembourg où se tenait la commission mixte paritaire (CMP), 200 manifestants dénonçaient un projet de loi « antipauvres ».

Une « conférence de consensus » a qui a « permis de parvenir à cet accord sur une loi aux enjeux essentiels pour la vie quotidienne des Français » a salué Jacques Mézard ministre de la Cohésion des territoires. Le gouvernement promettait une vaste réforme du logement social, demandant aux bailleurs sociaux 1,5 milliard d’économie d’ici 2020. Des économies financées par la vente de logements, 40 000 par an, c’est l’objectif réaffirmé par Julien Denormandie, secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, contre 8 000 actuellement.

Le Sénat regrette « la volonté recentralisatrice de l’État dans la politique du logement »

Du côté des sénateurs on reconnaît une « amélioration » par rapport au texte en provenance de l’Assemblée mais à la sortie des 6H40 de CMP « le sentiment reste mitigé avec de nombreux points négatifs comme la recentralisation et la paupérisation des territoires » selon les mots de Marc-Philippe Daubresse rapporteur LR de la commission des lois.

« Le compte n’y est pas » renchérit Valérie Létard, sénatrice centriste du Nord, qui fustige aussi « la volonté recentralisatrice de l’État dans la politique du logement ».

Logement social: Valérie Létard fustige la volonté "recentralisatrice de l'Etat"
01:25

En effet, les sénateurs n’ont pas obtenu l’avis conforme du maire dans la vente de logements sociaux. L’accord de la commune ne sera obligatoire si elles sont déficitaires en logements sociaux ou carencées, c'est-à-dire si elles payent des pénalités pour ne pas avoir respecté les obligations de la loi SRU. « Toutes les communes qui ont beaucoup de logements sociaux, 30, 35%...  parce que ce sont des territoires où les populations ont des faibles ressources économiques, n’auront pas d’avis à donner sur la vente de leur patrimoine social » constate-elle.

« Le Sénat a joué son rôle et a fait valoir la voix des territoires »

Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques du Sénat, préfère voir le verre à moitié plein. « La majorité sénatoriale n’aurait pas écrit la loi ELAN et ne soutient pas la politique de logement du gouvernement mais le Sénat a joué son rôle et a fait valoir la voix des territoires. Nous avons obtenu, sur accord du maire, que 50% des recettes de la vente du patrimoine social, soient fléchées prioritairement dans la commune, l’intercommunalité, ou le département. Ou encore que la voix du maire soit prépondérante sur celle du bailleur social en cas de désaccord sur l’attribution d’un logement »

Loi SRU : le Sénat obtient gain de cause

Un autre apport du Sénat sur loi SRU a été retenu. Actuellement, les communes de plus de 3 500 habitants et de 1 500 habitants en Île-de-France, doivent disposer de 25 % de logements sociaux, d’ici 2025. Le Sénat a rallongé l’échéance à 2031 pour les communes entrées dans le dispositif depuis le 1er janvier 2015. De même, l’amendement Daubresse, un dispositif expérimental qui permet aux communes soumises à la loi SRU de mutualiser leurs obligations à l’échelle de l’intercommunalité grâce à « un contrat intercommunal de mixité sociale », a été retenu.

20% de logements accessibles aux handicapés.

Autre point sensible, la part accessible aux handicapés dans les logements neufs. La majorité présidentielle proposait un seuil de 10% contre 100% actuellement, le reste étant « évolutif » au handicap ou au vieillissement de la population. Le Sénat était remonté à 30%. La CMP a tranché pour 20%. « 10, 20 ou 30%, c’est de toute façon inacceptable et personne n’est capable de dire ce qu’est un logement évolutif » regrette Xavier Iacovelli sénateur PS.

Assouplissement de la loi littoral

La CMP a également conservé l’assouplissement de la loi Littoral voté au Sénat contre l’avis du gouvernement et qui autorise la construction d’installations nécessaires « aux cultures marines et à leur valorisation locale » « dans des espaces proches du rivage », les fameuses dents creuses.

Le projet de loi sorti de la Commission mixte paritaire doit désormais être adopté par les deux assemblées dans les prochains jours avant une promulgation courant octobre

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Loi ELAN : les sénateurs renforcent les pouvoirs du maire mais « le compte n’y est pas »
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le