Loi immigration : pourquoi le débat annuel au Parlement sur la fixation de quotas a été censuré
Credit:Jacques Witt/SIPA/2303091528

Loi immigration : pourquoi le débat annuel au Parlement sur la fixation de quotas a été censuré

Le Conseil constitutionnel n’a pas validé l’article qui aurait imposé au Parlement de débattre de quotas migratoires. Il y a 20 ans, un autre projet de loi avait rencontré le même écueil.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

C’est une des censures notables du Conseil constitutionnel sur le projet de loi immigration. L’article 1 est l’un des deux articles (avec celui relatif au relevé des empreintes digitales des étrangers) à avoir été retoqué par les Sages en raison du fond, et non de la forme. Pour rappel, la disposition introduite à l’initiative du Sénat prévoyait l’organisation d’un débat chaque année au Parlement sur « les orientations pluriannuelles de la politique d’immigration et d’intégration ». Elle disposait aussi que le Parlement détermine pour les trois années à venir « le nombre des étrangers admis à s’installer durablement en France », pour chaque catégorie de titres de séjour (sauf l’asile).

« Obstacle aux prérogatives » du gouvernement comme des parlementaires

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel rappelle que « le législateur peut imposer au Parlement l’organisation d’un débat en séance publique ou la fixation par ce dernier de certains objectifs chiffrés en matière d’immigration ». Rien dans l’article 48 de la Constitution, où est abordée l’organisation de l’agenda des assemblées parlementaires, ne donne en effet cette possibilité.

« Une telle obligation pourrait faire obstacle aux prérogatives que le gouvernement ou chacune des assemblées, selon les cas, tiennent de la Constitution pour la fixation de l’ordre du jour », ont ajouté les Sages dans leur décision.

La censure de cet article emblématique de la loi était attendue. Plusieurs constitutionnalistes ne donnaient pas cher de ses chances de succès face au filtre de la rue de Montpensier. « Imposer un débat au Parlement est contraire au principe de séparation des pouvoirs », nous expliquait ainsi en début de semaine Serge Slama, professeur de droit public à l’Université Grenoble-Alpes.

Le même cas s’est présenté il y a 20 ans

D’ailleurs, un précédent en matière ne laissait peu de doutes sur le sort de l’article 1er. La décision du Conseil constitutionnel du 20 novembre 2023 est en effet troublante de ressemblance sur ce point précis, et illustre la constance de l’institution. Au sujet de la loi « relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité » portée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, le Conseil avait censuré le principe d’un débat annuel sur la politique d’immigration, estimant déjà à cette époque qu’on ne pouvait imposer une telle disposition dans une loi aux parlementaires.

« Considérant qu’en l’absence de dispositions constitutionnelles l’y autorisant, il n’appartient pas au législateur d’imposer l’organisation d’un débat en séance publique ; qu’une telle obligation pourrait faire obstacle aux prérogatives que le gouvernement ou chacune des assemblées, selon les cas, tiennent de la Constitution pour la fixation de l’ordre du jour », motivait il y a 20 ans le Conseil constitutionnel.

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi immigration : pourquoi le débat annuel au Parlement sur la fixation de quotas a été censuré
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

La sélection de la rédaction