Reception of party leaders at Matignon
French Senator and president of the 'Rassemblement des democrates, progressistes et independants' group in the Senate Francois Patriat arrives for a meeting with French Prime Minister at the Hotel Matignon in Paris on July 3, 2023, amid continued disturbances across France after a 17-year-old was killed by police in Nanterre, a western suburb of Paris on June 27. French Prime Minister receives the representatives of the political parliamentary groups, after six nights of violences throughout France following the death of Nahel M., killed by a police gunshot on June 27 in Nanterre.//04SIPA_0940010/Credit:Alexis Jumeau/SIPA/2307040943

Loi immigration : pourquoi les sénateurs Renaissance ont voté pour le texte ?

La quasi-totalité des sénateurs Renaissance ont adopté le projet de loi immigration durci par la majorité sénatoriale de la droite et du centre. Si le patron des sénateurs macroniste, François Patriat a précisé « qu’il ne s’agissait pas de donner quitus » aux LR, ce vote laisse néanmoins présager de quel côté le gouvernement va tenter d’aller chercher des voix à l’Assemblée, s’il veut éviter le recours au 49.3.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Mardi, à la tribune du Sénat, l’orateur les sénateurs RDPI (à majorité Renaissance) Olivier Bitz s’exprimait sur les raisons du vote largement majoritaire de son groupe en faveur du projet de loi immigration. « Oui, le groupe RDPI votera majoritairement pour ce texte en sachant que l’Assemblée nationale reviendra sur certaines dispositions que nous rejetons. D’autres dispositions sont des cavaliers législatifs car portant sur la nationalité, et seront censurées (par le Conseil constitutionnel). Il ne s’agit donc, en aucun cas, de donner quitus à la majorité sénatoriale mais simplement d’exprimer notre volonté d’avancer ensemble au Sénat. Ne pas voter ce texte serait prendre une lourde responsabilité car notre pays à besoin de renforcer les exigences concernant l’intégration, la protection des Français, la simplification des procédures et la défense des valeurs de la République ».

« Il ne s’agit donc, en aucun cas, de donner quitus à la majorité sénatoriale »

« Notre vote est positif concernant l’avenir du texte. Mais en aucun cas, nous n’étions en mesure de donner quitus à la majorité du Sénat et du texte qu’elle a présenté », a précisé, François Patriat, dans la matinale de Public Sénat. Le patron des sénateurs macroniste a rappelé « que des éléments » adoptés par le Sénat « ne lui convenaient pas du tout ». Sont ici visées la suppression de l’AME et la réécriture de l’article 3 sur la régularisation des métiers en tension. François Patriat se félicite aussi de l’adoption de 11 amendements sur les 17 déposés par son groupe. « Dans ce texte, il y a des éléments irritants. Mais c’est un texte qui ne fait pas seulement 2 articles mais plus de 90 et qui sert de base. Ce que nous voulons, c’est que le texte aboutisse », a-t-il développé. Une sorte de vote d’encouragement au ministre de l’Intérieur, en somme.

« Moins de 40 sénateurs qui soutiennent le gouvernement a priori »

Au total, sur les 22 sénateurs du groupe macroniste, seuls 2 ont voté contre et 2 se sont abstenus. Pari gagné pour le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui, malgré le fort durcissement du volet intégration et un renforcement des mesures d’éloignement opéré par la majorité sénatoriale de droite et du centre a réussi à rassembler le groupe RDPI et les Indépendants (Horizons). Le locataire de Beauvau n’a d’ailleurs pas caché sa satisfaction quelques minutes après le vote. « Il y a un an, 6 mois, 15 jours, pas grand monde n’aurait parié sur le fait que le texte soit adopté y compris avec une mesure de régularisation. Je m’en félicite. C’était l’objectif du gouvernement y compris dans une assemblée qui compte, a priori, moins de 40 sénateurs qui le soutiennent ».

A l’Assemblée nationale où le gouvernement peut compter sur le soutien de bien plus de parlementaires (170 députés Renaissance, 51 Modem, 21 Liot, 30 Horizons), il va manquer, malgré tout, des voix pour atteindre les 289 suffrages nécessaires à l’obtention d’une majorité absolue.

Comment rassembler sans se couper de son aile gauche, sur un texte qui prévoit désormais la suppression de l’aide médicale d’Etat, la limitation du regroupement familial, durcissement des conditions de régularisation dans les métiers en tension, la facilitation des expulsions ?

« À l’Assemblée, nous rétablirons le texte ambitieux de l’exécutif, tout le texte de l’exécutif. Y compris le volet sur les régularisations », a déjà prévenu le président Renaissance de la commission des lois, Sacha Houlié, l’une des figures de l’aile gauche. Il est cependant « prêt à soutenir une levée plus large des protections contre les expulsions, comme l’ont proposée les sénateurs. Tout comme l’ajout d’une exigence de connaissance du français sur le regroupement familial », a-t-il expliqué au Figaro.

Interrogé par publicsenat.fr cette semaine, le rapporteur Renaissance du projet de loi à l’Assemblée nationale, Florent Boudié a promis un débat constructif et a fixé les mêmes lignes rouges que ses collègues sénateurs macroniste : la suppression de l’AME et la réécriture de l’article 3. « Entre le droit opposable automatique et le pouvoir discrétionnaire du préfet, il y a probablement une voie qui permette de rassembler largement au sein de la majorité, et qui sera efficace », veut croire le député.

Le gouvernement compte sur la division des députés LR

François Patriat a fait les comptes ce matin. Et selon lui, le texte pourrait être adopté à la chambre basse sans le recours à l’article 49.3 de la Constitution, grâce aux voix du groupe LIOT et parce que les LR sont divisés : « Il y a une forme d’incohérence chez eux. Il y a trois courants : ceux qui sont contre, ceux qui s’abstiennent et ceux qui sont pour éventuellement ».

Mais le pronostic est incertain. Les débats du Sénat ont clairement montré qu’une majorité autour de ce texte était à chercher du côté de la droite, voire de l’extrême droite. « Votre texte reprend consciencieusement les propositions du Front national et de Marine Le Pen […] Votre aile la plus dure a emporté le groupe LR avec le soutien du groupe centriste sur un texte pourtant peu conforme à ses idéaux et avec la complaisance du gouvernement et des sénateurs macronistes », a fustigé, hier, la sénatrice socialiste, Marie-Pierre de la Gontrie.

Entre deux séances publiques, la semaine dernière, un cadre du groupe écologiste voyait dans l’examen de ce texte « un tournant du quinquennat » et la « réactivation du clivage droite-gauche ».

Reste à calculer si la perte des voix de l’aile gauche de Renaissance, évaluée à une dizaine par un de ses membres, sera compensée par des voix LR. Mais la réforme des retraites a montré que les députés LR étaient des alliés bien incertains lorsqu’il s’agit de soutenir un texte du gouvernement.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi immigration : pourquoi les sénateurs Renaissance ont voté pour le texte ?
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Loi immigration : pourquoi les sénateurs Renaissance ont voté pour le texte ?
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le