Loi Mobilités : ce que veulent changer les sénateurs
L’examen du projet de loi d’orientation des mobilités débute ce mardi au Sénat. Pour tenter de répondre tant aux doléances issues du Grand Débat qu’aux enjeux climatiques, les sénateurs ont déposé de nombreux amendements.

Loi Mobilités : ce que veulent changer les sénateurs

L’examen du projet de loi d’orientation des mobilités débute ce mardi au Sénat. Pour tenter de répondre tant aux doléances issues du Grand Débat qu’aux enjeux climatiques, les sénateurs ont déposé de nombreux amendements.
Public Sénat

Par Alice Bardo

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Alors que le Sénat s’apprête à débuter l’examen du projet de loi d’orientation des mobilités (LOM) mardi, la CGT de la RATP appelle à manifester ce même jour. En cause, l’ouverture à la concurrence des lignes de bus de Paris, actuellement exploitées par la RATP, prévue par le texte. Une ligne rouge pour la chef de file des communistes au Sénat, Éliane Assassi, qui a déposé un amendement visant à supprimer cette disposition. « Cette ouverture à la concurrence porte des risques en termes de sécurité et d’interopérabilité des réseaux, préjudiciable à la qualité de l’offre », précise les auteurs de la motion, qui se disent également « inquiets de l’évolution prévue pour les personnels de l’entreprise publique qui perdront in fine les protections liées à leur statut, engageant ainsi une régression sociale inadmissible ».

Un examen « prématuré » de l’avis des sénateurs communistes

La sénatrice présentera également au nom de son groupe une motion tendant à rejeter le texte dans son intégralité, estimant que le projet de loi est « impacté par les problématiques soulevées » lors du Grand Débat, qui a pris fin vendredi dernier. L’examen du texte avait pourtant été reporté par le gouvernement pour cette même cause, mais il reste tout de même « prématuré » de l’avis des sénateurs communistes, car « la question des mobilités est au cœur des revendications et de l’exigence portée de l’égalité républicaine » et « le risque est que la parole qui s’est exprimée soit insuffisamment prise en compte par les travaux du Sénat ». La motion devrait cependant être rejetée, une majorité de sénateurs estimant que le texte « va dans le bons sens », d’après les propos du sénateur RDSE Ronan Dantec, et qu’il poursuit des objectifs « louables », selon le président (UDI) de la commission de l’aménagement du territoire, Hervé Maurey. D’autant plus après les apports de la commission de l’aménagement du territoire, dont le travail a abouti à l’adoption de 240 amendements.

Une trajectoire financière contestée

Outre l’ouverture à la concurrence des lignes de bus parisiennes, la question du financement de la politique de l’État en matière de transports taraude les sénateurs. Ainsi la trajectoire financière prévue pour la période 2019-2027 a été supprimée par la commission de l’aménagement du territoire, laquelle a également ajouté au texte l’affectation intégrale de la hausse la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) décidée en 2015 au financement des infrastructures de transport pour sanctuariser les moyens de l’AFITF, l’Agence de financement des infrastructures de transports en France.

Le groupe communiste souhaite aller plus loin, en instaurant une taxe poids lourds. Une position qui sera aussi défendue en séance par le groupe socialiste, qui a déposé un amendement visant à introduire « une redevance d’utilisation de l’infrastructure routière » s’appliquant aux poids lourds, sur le réseau non concédé, dans le cadre de la directive européenne dite « Eurovignette ». Le montant de cette taxe serait progressif, « afin de limiter les transports routiers sur les longues distances ». « Ce n’est pas en rajoutant les taxes qu’on va régler les problèmes », estime quant à lui le rapporteur LR du texte, Didier Mandelli.

Vers un « réflexe vélo »

L’usage du vélo fait l’objet de plusieurs amendements au projet de loi Mobilités. Les sénateurs socialistes et communistes plaident ainsi pour l’enseignement du vélo à l’école, afin de développer le « réflexe vélo » dès le plus jeune âge et de « généraliser le savoir rouler au même titre que le savoir lire ».

Pour les cyclistes confirmés qui se rendent à vélo au travail, la LOM prévoit un « forfait mobilités durables » que les employeurs peuvent proposer à leurs salariés afin de prendre en charge tout ou partie des frais de déplacement domicile-travail, dans la limite de 400 euros. Un forfait également valable pour les passagers en covoiturage. Plusieurs amendements déposés par des sénateurs tous bords politiques confondus, visent à le rendre obligatoire.

Interdire les véhicules thermiques en 2040

Si les enjeux climatiques ont été insérés dans le projet de loi Mobilités en commission, l’interdiction en 2040 des véhicules neufs diesel et essence, telle que fixée par le Plan climat du gouvernement, ne l’est pas puisqu’elle figure seulement dans le préambule du texte. Un amendement de Ronan Dantec vise à inscrire cet objectif dans le projet LOM.  Un de plus parmi les près de 1000 amendements à examiner d’ici le 2 avril.

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi Mobilités : ce que veulent changer les sénateurs
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Loi Mobilités : ce que veulent changer les sénateurs
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le