Loin des métropoles, une France qui se sent oubliée de la présidentielle
Avec ses rues désertes parsemées de panneaux "à vendre" et ses herbes folles s'échappant du bitume, le village de Varzy incarne les difficultés...

Loin des métropoles, une France qui se sent oubliée de la présidentielle

Avec ses rues désertes parsemées de panneaux "à vendre" et ses herbes folles s'échappant du bitume, le village de Varzy incarne les difficultés...
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Par Clare BYRNE

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Avec ses rues désertes parsemées de panneaux "à vendre" et ses herbes folles s'échappant du bitume, le village de Varzy incarne les difficultés d'une France qui se sent oubliée, en marge des métropoles, à l'heure de l'élection présidentielle.

Accoudé au comptoir d'un des deux cafés du village, Michel Cadour, chauffeur de poids lourd de 58 ans, égrène les noms des restaurants qui ont fermé leurs portes ces dernières années dans cette commune de 1.300 habitants, située à 200 km au sud de Paris, dans une région longtemps considérée comme un bastion de la gauche.

"Y'a plus rien", affirme-t-il résigné. "Les jeunes veulent pas se lancer car il y a personne et les vieux partent à la retraite. Le soir, il n'y a pas un seul resto, juste le kebab".

Selon le géographe Christophe Guilluy, auteur du livre "La France périphérique", 60% des Français habitent en zone rurale, dans les villes de province ou les espaces péri-urbains, entre ville et campagne.

Or pour le chercheur en sciences politiques Pascal Perrineau, la campagne présidentielle française, à l'instar des élections américaines, souligne le fossé qui sépare cette France-là de celle des grandes villes.

Des entreprises fermées à Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
Des entreprises fermées à Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
AFP

"Vous faites 20 kilomètres au nord, au sud, à l'ouest ou à l'est de Paris et vous vous trouvez dans une autre France qui est beaucoup plus immobile, touchée par le chômage, inquiète pour son identité et marquée par des fractures sociales et culturelles", a-t-il expliqué lors d'une rencontre avec des correspondants de la presse étrangère à Paris.

Marine Le Pen, la candidate d'extrême droite actuellement au coude à coude avec le centriste Emmanuel Macron dans les intentions de vote au premier tour le 23 avril, se veut la candidate de ces "Français oubliés" face à une élite "globalisée".

"Moi je suis pour Marine. C'est la seule qu'on n'ait pas essayée", affirme M. Cadour, en sirotant sa bière. "Les politiciens s'en foutent, du vote rural. Ils ne s'occupent que de leurs affaires en ville", ajoute-t-il.

Pour cette France d'en bas, la pénurie de médecins est une des expressions de cet abandon.

- 'Se sentir considérés' -

Situé dans le département de la Nièvre qui a perdu plus d'un quart de ces médecins généralistes depuis 2007, Varzy s'est battu pour attirer de jeunes praticiens mais n'a pas réussi à empêcher le nombre de généralistes de fondre de quatre à deux en dix ans. Pour les spécialistes, les délais d'attente atteignent des sommets.

"Les politiciens ne se rendent pas compte de la vie des gens. Les gens peuvent pas être soignés", se plaint Antoine, ancien militaire de 52 ans qui a renoncé à une visite chez un cardiologue qu'on lui proposait... quatre mois plus tard.

Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
AFP

Cet homme robuste, devenu agent de sécurité, votera pour Macron dont il apprécie la "clairvoyance".

Le docteur Pascal Gleitz, qui a exercé vingt ans à Varzy, met le sentiment d'abandon des populations rurales sur le compte de la disparition des services publics. "Avant, il y avait une proximité (de l'Etat) avec la population qui était très forte. Cela a disparu."

Comment voter à la présidentielle et aux législatives ?
Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
AFP

A Nevers, préfecture de la Nièvre où il exerce désormais, les médecins ne sont pas non plus légion à s'installer. En 20 ans, cette ville des bords de Loire a perdu 10.000 habitants, son centre-ville a été délaissé par les commerçants, concurrencés par les centres commerciaux bâtis dans sa périphérie.

Agent immobilier, Jérôme Coquin, 39 ans, pointe les trompe-l'oeil représentant des étalages commerciaux sur les façades des magasins abandonnés et se plaint du manque de décentralisation.

"Il y a Paris, sa grande couronne, les grosses métropoles et le reste du pays", grogne-t-il.

Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
Varzy, dans la Nièvre, le 4 avril 2017
AFP

Les gens d'ici veulent se "sentir considérés à leur juste valeur", souligne Denis Thuriot, le maire élu en 2014 sur une liste sans étiquette qui soutient aujourd'hui Emmanuel Macron.

Mais si le sentiment d'abandon est réel, l'élu ne voit pas pour autant les extrêmes l'emporter lors du prochain scrutin. Il reste "convaincu que dans leur for intérieur, la majorité des Français sont des modérés".

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