Loin du cas Mamoudou Gassama, le parcours ordinaire des étrangers vers la naturalisation
Centrafricain, camerounais, algérien... et bientôt français: ce matin-là, ils sont plus d'une centaine à la préfecture des...

Loin du cas Mamoudou Gassama, le parcours ordinaire des étrangers vers la naturalisation

Centrafricain, camerounais, algérien... et bientôt français: ce matin-là, ils sont plus d'une centaine à la préfecture des...
Public Sénat

Par Julie Pacorel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Centrafricain, camerounais, algérien... et bientôt français: ce matin-là, ils sont plus d'une centaine à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour une cérémonie de naturalisation. Et loin du cas exceptionnel de Mamoudou Gassama, tous ont mené des démarches pendant un an, parfois deux, pour obtenir la nationalité française.

Pour devenir français autrement que par le mariage ou par ascendance, il leur faut notamment justifier d'une présence de 5 ans sur le territoire, en situation régulière, ou encore faire preuve d'une "moralité exemplaire". Des études, un "parcours exceptionnel" peuvent accélérer la procédure. 75% des dossiers obtiennent un avis favorable.

La régularisation express du jeune Malien Mamoud Gassama, qui a sauvé un enfant en escaladant un immeuble à Paris, paraît pourtant "juste" à Hind Ben Achour, 19 ans: "Il a sauvé un Français, quand même", pointe la jeune femme voilée, originaire d'Algérie. Arrivée en France à l'âge de 3 ans, elle dit avoir "toujours vécu comme une française". Elle est venue avec sa mère assister à la cérémonie de naturalisation organisée par la préfecture des Bouches-du-Rhône, à Marseille.

Mercredi, 92 majeurs et 31 mineurs, de tous âges et de 33 pays différents, se pressaient dans le salon d'honneur de la préfecture des Bouches-du-Rhône, sous trois imposants lustres en cristal. La plupart sont tirés à quatre épingles, talons hauts et maquillage pour les femmes, costume pour les hommes.

"C'est un moment très important pour eux, c'est l'aboutissement d'un parcours d'un an et demi à deux ans", souffle un fonctionnaire de la préfecture. Ces cérémonies ont pris un caractère solennel en France, à l'instar de ce qui se fait aux Etats-Unis, en 2006, sous la présidence de Jacques Chirac.

- "Merci France!" -

En préambule de la cérémonie, un petit film de 5 minutes rappelle aux néo-Français leurs droits et leurs devoirs, notamment celui de "défendre la patrie" si elle est attaquée. "Devenir français est un honneur", "vous pouvez être fiers d'être français", martèle la bande-son, pendant que défilent des plans de monuments et paysages de l'Hexagone.

L'assemblée est ensuite appelée à se lever, et à entonner la Marseillaise. Lorsque l'hymne national se termine, de forts applaudissements retentissent. "Merci France !", crie un homme enthousiaste, en roulant les "r". Enfin, chacun reçoit à tour de rôle, et sous un tonnerre d'applaudissements, son décret de naturalisation, accompagné d'une déclaration des droits de l'Homme.

"Je tiens à saluer les efforts que vous avez déployés pour devenir Français", les félicite Maxime Ahrweiller, secrétaire générale du préfet.

"C'est une journée mémorable pour moi", confie Augustave Talla, un Camerounais de 48 ans, en immortalisant les dorures et les statues de la préfecture. Accompagné de deux de ses enfants naturalisés avant lui, ce cuisinier en chemise bleu ciel se sent "plus libre": "C'est psychologique, depuis que j'ai reçu la convocation, je me sens mieux".

"J'ai commencé les démarches en 2016 pour avoir la nationalité, car on ne vous traite pas pareil sur le plan social selon que vous êtes étranger ou français", assure-t-il.

Près d'elle, assis dans un fauteuil Louis XV capitonné de velours rouge, Luis Kangale savoure ce moment. "Je suis un réfugié politique, j'ai dû refaire ma vie en France", raconte ce Centrafricain de 31 ans, doctorant en biologie. "Faire les démarches m'a bouffé beaucoup de temps et de moral", constate celui qui "a fait une croix sur [s]a vie d'avant": "Aujourd'hui cette nouvelle identité c'est comme si j'entrais dans une autre dimension des choses, je vais enfin être débarrassé de cette préoccupation".

"Les cas comme celui de Paris (ndlr: Mamoudou Gassama) sont très exceptionnels, la naturalisation répond à des conditions très strictes", explique à l'AFP la secrétaire générale du préfet qui préside la cérémonie.

En tout en 2017, 83.674 personnes ont obtenu la nationalité française.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
5min

Politique

Encadrement du temps de parole sur les réseaux sociaux : « Une très mauvaise réponse à une très bonne question » 

A travers une proposition de loi, le député Renaissance Paul Midy souhaite encadrer le temps de parole sur les réseaux sociaux durant les périodes électorales et leur appliquer des règles similaires à celles que respectent les médias audiovisuels. Le texte suscite un certain scepticisme, tant sur le plan juridique que sur le plan technique.

Le

Philippe
7min

Politique

Présidentielle : Edouard Philippe met en place son organigramme pour « élargir au maximum le socle » et dépasser Horizons

Le candidat à la présidentielle réunit les cadres d’Horizons, ce dimanche, à Reims, pour montrer qu’il est prêt, avec la mise en « place d’une architecture de campagne ». Mais il s’agit aussi de « passer à une autre phase » et « ne plus être simplement le candidat Horizons et le président d’Horizons », décrypte un proche, pour mieux s’adresser à l’ensemble des Français, dans la perspective de 2027, mais aussi accueillir de futurs soutiens…

Le

Controles au Poste Frontiere Franco-Italien de Menton
6min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : les sénateurs alertent le gouvernement sur le « défi logistique et financier » de sa transposition dans le droit français

A quelques jours de l’examen, au Sénat, du projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration, la commission des affaires européennes a remis plusieurs recommandations, ce jeudi 7 mai. L’occasion pour les élus de rappeler à l’exécutif son insatisfaction sur la méthode employée.

Le