LR : après la victoire sans appel de Bruno Retailleau, la droite croit en son « nouveau souffle »

Bruno Retailleau est le nouveau patron incontesté des Républicains. Avec 74,31 % des voix des adhérents, il a infligé une sévère défaite à son adversaire, Laurent Wauquiez. « Cette victoire sera suivie de bien d’autres », a annoncé le ministre de l’Intérieur aux élus et aux militants depuis le siège du parti.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Comme un symbole, c’est à Nicolas Sarkozy que Bruno Retailleau a réservé son premier coup de fil pour lui annoncer son écrasante victoire à la tête des Républicains, face à Laurent Wauquiez. 20 ans après lui, au tour de Bruno Retailleau de cumuler le ministère de l’Intérieur et la présidence d’un parti de droite. « Nous avons eu des adhésions par milliers, une participation extraordinaire de 80 %. Vous apportez la preuve que la droite est bien vivante. Elle est debout ce soir. Vous pouvez en être fiers », a-t-il déclaré à son arrivée au siège de LR, en face de l’Assemblée nationale.

« Laurent Wauquiez s’est trompé de campagne »

Elu avec 74,5 % des voix, la victoire est sans appel et conforte sa stratégie d’avoir laissé son adversaire « boxer tout seul ». « On savait que Laurent Wauquiez allait mener une campagne musclée. Une campagne interne, ça abîme toujours. L’idée, c’était de faire campagne dans notre coin et ne pas répondre à ses attaques », résume l’entourage du ministre et président de parti.

Sur TF1, puis devant ses militants Bruno Retailleau a tendu la main à Laurent Wauquiez, estimant qu’il pouvait « donner […] encore beaucoup ». Dans son entourage, on n’imagine pourtant pas Laurent Wauquiez occuper un poste de vice-président du parti. « Comment vous voulez être candidat à la présidentielle en étant numéro 2 de quelqu’un ? ». Laurent Wauquiez n’a en effet jamais conditionné le résultat de cette élection interne à ses ambitions présidentielles.

Depuis son fief au Puy-en-Velay, le député a fait bonne figure malgré son score étriqué de 25,7 % et n’a pas hésité à maintenir ses critiques à l’égard du ministre qu’il accuse de « diluer » la droite dans le macronisme, par sa participation au gouvernement de François Bayrou. Du côté du ministre, on est frappé par le « décalage » de ce discours que les adhérents n’ont pas suivi.

« Laurent Wauquiez s’est trompé de campagne. Il ne faut pas prendre nos adhérents pour des imbéciles. Le maconisme est mort depuis la dissolution. Nous sommes dans une situation particulière avec une absence de majorité. La participation de la droite au gouvernement ne correspond plus à des débauchages individuels, elle est collective », explique le sénateur LR, Max Brisson.

« C’est la consécration de notre travail »

« Dans cette campagne, je n’avais pas d’adversaire, mon seul adversaire, c’était la gauche mélenchoniste », a évacué Bruno Retailleau au siège du parti, dans une salle bondée d’élus. « Quand avait un grand siège, on perdait, maintenant qu’on a déménagé dans plus petit, on gagne », observe, amusé, l’ancien député du Vaucluse, Julien Aubert.

« Cette victoire sera suivie de bien d’autres », a prédit Bruno Retailleau promettant de « faire soulever une belle vague bleue » aux prochaines municipales.

Le successeur de Bruno Retailleau à la chambre haute, le président du groupe LR du Sénat Mathieu Darnaud voit dans la victoire de ce soir, « un nouveau souffle pour la droite ». « C’est la consécration de notre travail, celui de Bruno Retailleau et de notre famille politique qui est la source de nombreuses propositions ».

Pour Max Brisson, le travail ne fait que commencer. « Le premier chantier qui est devant nous, c’est de reconstruire un projet. Il nous faudra des convictions sur chaque sujet. Il faudra qu’on réaffirme ce qu’est être de droite. Nous n’avons pas vocation à être des supplétifs », martèle Max Brisson.

« Le parti revient de loin »

Une pierre dans le jardin d’Edouard Philippe, le patron d’Horizons, candidat déclaré pour 2027 qui présentait lors d’un meeting à Marseille, samedi, un projet de fermeté sur le régalien.

Car dans cette constellation de candidatures possibles à droite, l’étoile de Bruno Retailleau commence à scintiller. « Les dernières études prouvent que la personnalité de Bruno Retailleau fait revenir vers la droite beaucoup de gens qui n’étaient plus chez nous, des macronistes ou des gens qui étaient partis au RN. Je pense qu’on est dans une bonne situation pour rassembler », indique le sénateur des Hauts-de-Seine, Roger, Karoutchi.

Mais il n’était évidemment pas question d’évoquer 2027 ce soir. « Colline après colline », rappelle Mathieu Darnaud, reprenant une formule chère au ministre. Michel Barnier considère que ce serait « une erreur d’ouvrir ce débat avant les municipales. Celui qui a nommé Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur il y a 8 mois, rappelle que « le parti revient de loin et poursuit son renouveau ». « Ça a commencé au moment où je suis devenu Premier ministre, Bruno Retailleau, Annie Genevard et d’autres ministres ont tenu leur place courageusement. Ils ont fait la preuve qu’on était un parti de gouvernement. Ce renouveau doit continuer. Ce parti doit tenir sa place dans la nouvelle offre qu’on devra faire aux Français ».

« C’est le retour des ministres politiques »

Chef de parti, la place de Bruno Retailleau au gouvernement est « renforcée » considère Max Brisson. Le ministre de l’Intérieur a reçu un SMS de félicitations de la part d’Emmanuel Macron et a échangé plusieurs minutes au téléphone avec François Bayrou. « J’allais dire qu’être président de parti et en même temps ministre, c’est une tradition républicaine. C’est la fin des ministres technocrates qui appréhendent leur place comme une réussite à un concours. C’est le retour des ministres politiques », veut croire le sénateur.

Dès lundi, Bruno Retailleau prendra possession de son nouveau bureau place Bourbon. Une réforme des statuts du parti est attendue pour l’automne. Un temps évoqué, la question d’un changement de nom semble être aujourd’hui oubliée. En termes de notoriété, une étiquette LR, par rapport à une étiquette Horizons, ce n’est pas comparable pour l’électeur moyen. Ce serait très con de changer de nom », confirme son entourage.

Partager cet article

Dans la même thématique

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le