LR : la vente à la découpe du parti est-elle en marche ?

LR : la vente à la découpe du parti est-elle en marche ?

De la droite macroniste à Marion Maréchal en passant par le RN, les tentatives de profiter de la crise de LR se multiplient. Une série d’OPA est lancée sur un parti à la dérive. La recomposition de la droite continue.
Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

« Parti politique. En crise, sort d’une élection avec le pire score de son histoire. Tensions entre co-propriétaires. Présidence de la co-pro vacante. Affaires à faire pour investisseurs. Eventuelle vente à la découpe ». Si les LR étaient une petite annonce immobilière, elle ressemblerait peut-être à celle-ci. Car chacun se jette sur la carcasse encore fumante des LR, dont le président Laurent Wauquiez vient d’annoncer sa démission. Une série d’OPA, plus ou moins amicales, s’est succédé pour tenter de récupérer une part d’élus et de l’électorat.

La majorité présidentielle multiplie les appels du pied et les coups de boutoir sur LR

La semaine dernière, après la déroute des européennes, c’est le parti de centre-droit Agir, soutien d’Emmanuel Macron, qui a lancé un appel aux maires de droite à le rejoindre. Pour le parti présidé par la ministre de la Culture, Franck Riester, il s’agit de structurer et de renforcer l’aile droite de la majorité. Agir is the new UMP, c’est même le message que tente de transmettre Franck Riester, qui revendique « l'héritage des pères fondateurs de l'UMP ». Premier ralliement vendredi dernier avec le maire de Quimper, Ludovic Jolivet, qui quitte LR pour rejoindre Agir.

La majorité présidentielle, qui a besoin d’ancrage local, multiplie les appels du pied et les coups de boutoir pour mieux enterrer ce qui reste des LR. Dans Le Journal du dimanche, c’est ensuite Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, qui en appelle à son tour aux maires LR. « S'ils veulent être des remparts utiles et efficaces au RN, il faut que les maires issus de LR fassent preuve de clarté. Et la plus grande preuve de clarté, pour ces maires de droite, c'est de quitter LR, ce que je les appelle à faire » lance cet ancien de l’UMP, qui leur conseille d’adhérer à LREM, comme il l’a fait.

Marion Maréchal rêve d’une « grande une grande coalition » des droites 

Un parti mal en point qui n’a jamais autant intéressé. Puisque dimanche soir, un autre appel du pied est venu cette fois de l’autre bord, avec Marion Maréchal. La petite-fille de Jean-Marie Le Pen a dû sortir de sa semi-retraite pour profiter de la situation. La politique est aussi une affaire d’opportunité. L’ancienne députée FN rêve « d'une grande coalition » des droites, alliant Rassemblement national et « droite populaire ».

C’est ce qu’elle a expliqué dimanche soir sur LCI, quasiment au même moment où Laurent Wauquiez annonçait son départ. Une union qui dépasserait le RN. « J'estime que malheureusement, et je le regrette, le Rassemblement national ne peut pas capter à lui seul l'ensemble des personnalités politiques, des élus ou même des électeurs » souligne la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, qui met en route sa machine électorale. Deux proches de Marion Maréchal ont en effet lancé une association en vue de la présidentielle de 2022, révèle L’Obs. Son nom : Alliance pour la France…

Le RN n’entend pas se laisser déborder par Marion Maréchal. Le parti d’extrême droite y va aussi de son appel. « Nous tendons la main à tous les cadres et électeurs LR patriotes » a tweeté Marine Le Pen, à peine l’annonce de Laurent Wauquiez faite. « Venez, c’est le moment, et vous verrez que tout est possible pour l’avenir » a lancé son compagnon Louis Aliot, sur BFM.

« On n’est pas très loin de la vente à la découpe »

Tiraillé de toutes parts, ce qu’il reste de LR va-t-il être dépecé dans une vente à la découpe ? « On en n’est pas très loin », craint Alain Joyandet, sénateur LR de Haute-Saône. « Le signal d’élus très nombreux qui partiraient à LRME serait une façon de nous achever. Mais je comprends que nos élus se posent la question. Depuis 2 ans, c’est un jeu de massacre à chaque élection » constate le sénateur, qui dans le fond, comprend l’attitude des autres partis : « Ils sont dans leur rôle. Quand on a fait l’UMP, on a déshabillé l’UDF. Et François Bayrou nous en a voulus ». Pour Alain Joyandet, une question se pose :

« Est-ce qu’on va être capable ou non de sortir de l’étau dans lequel on est ? On est dans la mondialisation. Il y a les gagnants et les perdants. Macron s’occupe des gagnants et Le Pen des perdants. Et nous, on s’occupe de qui ? Aujourd’hui, on a un problème de stratégie politique, d’alliance et de ligne. Enfin on a une ligne, mais le problème c’est qu’elle est mangée sur la droite par le RN et sur la gauche par Macron ».

Le sénateur LR voit « peu de gens susceptibles de créer une coalition avec l’extrême droite. Il y a par contre une attractivité beaucoup plus importante du côté d’Emmanuel Macron. C’est de ce côté que les choses peuvent bouger ». La sénatrice LR Laure Darcos apprécie peu, elle aussi, les initiatives venues de ses anciens collègues LR partis chez LREM. « Honnêtement, le débauchage et notamment les propos de Gilles Boyer (ancien conseiller d’Edouard Philippe devenu député européen, ndlr), m’ont énormément choquée. On ne peut pas dire, un pistolet sur la tempe, soit vous êtes avec nous et l’étiquette En Marche, soit vous êtes un ennemi ». Regardez :

La sénatrice LR Laure Darcos n’apprécie pas « le débauchage » d’élus LR par LREM
00:17

Jean-Louis Masson : « LR est une coalition d’arrivistes, de personnes qui cherchent des places. Ils ne sont plus là pour défendre des idées car ils n’en ont pas »

Il y en a un qui voit d’un bon œil l’initiative de Marion Maréchal. C’est le sénateur Jean-Louis Masson. S’il siège chez les non-inscrits, cet ancien du RPR a déjà fait une bonne part du chemin vers le RN. Dans l’hémicycle, ils siègent aux côtés du seul sénateur RN, Stéphane Ravier. « J’ai toujours été partisan d’un rassemblement des droites très larges. Si on arrive à faire ça, il est évident que le seuil de majorité pourrait être atteint. Les Républicains doivent se rendre compte que vu le poids du RN, rien ne peut se faire sans eux. Donc il faut en tirer les conséquences » lance le sénateur de Moselle. Il ajoute : « Sébastien Lecornu et Marion Maréchal ont tous les deux raisons. Je considère que le parti LR n’a plus de raison d’exister car c’est devenu une auberge espagnole qui n’a plus aucune ligne, ni cohérence politique. C’est une coalition d’arrivistes, de personnes qui cherchent des places. Ils ne sont plus là pour défendre des idées car ils n’en ont pas ». Déjà rhabillés pour l’hiver prochain.

Dans ce contexte où les forces centrifuges sont à l’œuvre, l’initiative du président LR du Sénat, Gérard Larcher, ce mardi, prend tout son sens. Il veut tenter de rassembler la droite et le centre, autour des élus locaux. Pour Alain Joyandet, « tout va dépendre des semaines à venir », « c’est là où l’initiative de Gérard Larcher est intéressante au niveau des élus. Ça peut les rassurer pour leur montrer que ce n’est pas la totale bérézina ».

Dans la même thématique

France Macron
10min

Politique

Européennes : comment l’accord entre l’UDI et Renaissance se « deale » au plus haut niveau

Ce sera officiel lors d’un conseil national de l’UDI, le 23 mars, mais le principe a été acté au plus au niveau. Le parti centriste va faire liste commune avec Renaissance pour les élections européennes. Emmanuel Macron a reçu en début d’année le sénateur Hervé Marseille, patron de l’UDI, pour conclure l’accord. Reste à définir les places sur la liste. Pour l’UDI, le nom de l’ex-sénatrice Valérie Létard est cité…

Le