Lunettes, dentaire, audioprothèse : un reste à charge à zéro qui pose questions
Emmanuel Macron va pouvoir assurer mercredi sa promesse de campagne d’un reste à charge de zéro. Mais selon le sénateur LR Alain Milon, « les organismes complémentaires et les mutuelles seront obligées d’augmenter leur tarif sur l’ensemble des Français ».

Lunettes, dentaire, audioprothèse : un reste à charge à zéro qui pose questions

Emmanuel Macron va pouvoir assurer mercredi sa promesse de campagne d’un reste à charge de zéro. Mais selon le sénateur LR Alain Milon, « les organismes complémentaires et les mutuelles seront obligées d’augmenter leur tarif sur l’ensemble des Français ».
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C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Un « reste à charge » de zéro sur les lunettes, prothèses dentaires et audioprothèses. Elle est en passe d’être respectée, du moins sur une partie des lunettes et prothèses. Après un accord avec les dentistes et pour les lunettes pour une application en 2020, ce sont maintenant les soins auditifs qui seront concernés, mais pas avant 2021, selon Le Figaro.

Ça tombe bien pour le discours d’Emmanuel Macron, qui va inaugurer mercredi à Montpellier le 42e congrès de la Mutualité française (discours diffusé demain par Public Sénat, voir en bas de page pour plus de détail). L’occasion pour le chef de l’Etat de redonner un sens un peu plus social à son action, lui qu’on accuse d’être avant tout le « Président des riches », après les mesures fiscales prises par l’exécutif. Au sein même de la majorité, de plus en plus de parlementaires demandent un tournant social. Trois économistes, qui ont planché sur le programme présidentiel, tirent aussi la sonnette d’alarme. Reste qu’avec le reste à charge zéro, le chef de l’Etat ne va finalement qu’assurer une promesse de campagne. Mais il pourra aussi donner une vision d’ensemble sur les grands risques sociaux : chômage, maladie, retraites.

« Il faudra regarder la fiabilité et la qualité de ce qui est proposé »

A droite, le président LR de la commission des affaires sociales du Sénat, Alain Milon, reconnaît qu’Emmanuel Macron « arrive à ses fins ». Mais selon le sénateur du Vaucluse, médecin de profession, « le problème est de savoir comment vont réagir financièrement  les organismes complémentaires et les mutuelles. Car à l’évidence, la plupart de ces restes à charge zéro seront à prendre par les organismes complémentaires et les mutuelles qui de toute façon seront obligées d’augmenter leur tarif sur l’ensemble des Français et pas uniquement sur ceux qui bénéficient de ce reste à charge zéro » (voir la vidéo de Clement Perrouault). Le programme d’Emmanuel Macron assure pourtant l’inverse : « Nous réaliserons cet objectif sans augmenter le prix des mutuelles » peut-on lire.

Alain Milon ajoute qu’« il faudra regarder la fiabilité et la qualité de ce qui est proposé. (…) On aura des montures de troisième ordre et des verres qui ne pourront pas durer très longtemps ». Début juin, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait assuré au contraire que « les prothèses que nous remboursons sont de grande qualité (…) Ce n’est pas du tout bas de gamme ».

« Installation d’une médecine de classe »

L’économiste Frédéric Bizard dénonce aussi cette réforme du gouvernement. Dans une tribune publiée sur Le Monde, celui qui s’est fait une spécialité de pourfendre les complémentaires santé, estime que supprimer le reste à charge est un « conte de fées ». Classé à droite et libéral selon L’Opinion, il estime cependant que « cette mesure du reste à charge zéro est l’installation d’une médecine de classe. On va encourager la mise en place de contrats d’assureurs privés qui vont rembourser à 100% un panier de soin d’entrée de gamme. Et vous aurez un deuxième niveau, avec un remboursement qui ne sera plus à 100%, d’un contrat de milieu de gamme. Et une vraie prise en charge avec des soins de qualité, qui ne remboursera quasiment rien ». Selon Frédéric Bizard, « on est vraiment sur un système perdant/perdant pour l’assuré. Le seul gagnant dans l’affaire est l’assureur, qui voit son chiffre d’affaires augmenter et son risque diminuer ». Regardez (images de Clement Perrouault) :

Frédéric Bizard : « Cette mesure du reste à charge zéro est l’installation d’une médecine de classe »
02:05

 

- Retrouvez mercredi 13 juin sur Public Sénat notre édition spéciale, de 10h30 à 13h30, avec la retransmission du discours d’Emmanuel Macron sur l’avenir de la protection sociale.

- Jeudi 14 juin, Territoires d’Infos, avec, à 7h30, Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole. Et à 8 heures, Carole Delga, présidente de la région Occitanie/Pyrénées-Méditérannée.

- De 12 heures à 14 heures, retransmission des tables rondes du Congrès de la Mutualité Française avec les leaders syndicaux.

- De 18h30 à 19h30, On va plus loin, avec en débat : « L’âge d’or de la protection sociale est-il derrière nous ? » ; Le match des idées : « Comment en finir avec les déserts médicaux ? » Puis Le Grand entretien, avec Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française.

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