L’Union européenne s’empare de la crise du logement

Ces huit dernières années, les prix des logements dans l’UE ont enregistré une hausse de 48 % en moyenne, tandis que les loyers ont augmenté de 18 %. Un ménage sur 10 est forcé de consacrer 40 % de ses revenus à son habitation, un niveau considéré comme critique. Des chiffres qui font trembler les murs de la maison européenne. Face à cette crise, dont les causes sont multiples, l'Europe a choisi de réagir. Si le logement relève essentiellement de la compétence des États, la Commission et le Parlement s’emparent désormais du sujet. Quelles mesures sont envisagées à l'échelle du continent ? Éléments de réponse dans Ici l'Europe, avec les eurodéputés Dirk Gotink (Pays-Bas, PPE), Dario Nardella (Italie, S&D) et Nicolae Stefanuta (Roumanie, Verts).
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« L’Europe est dans une crise du logement. Cette crise est très sérieuse car des millions de personnes ont du mal à s’offrir un toit… C’est un problème démocratique » : les mots du Commissaire européen au logement, le danois Dan Jorgensen, sonnent comme un réveil européen. La question de l’habitat, longtemps compétence exclusive des 27 États-membres, vient d’entrer dans la sphère européenne. Pour la première fois, la commission a proposé un plan sur le sujet, en décembre dernier, et le Parlement vient d’adopter un rapport et des recommandations à Strasbourg.

Une crise européenne

Tout part d’un constat. La quasi-totalité des pays de l’Union, malgré des situations diverses, est touchée par cette crise. Les prix d’achat de logements ont augmenté de 15,5% en moyenne dans l’UE ces quatre dernières années, avec de fortes disparités : +101% en Hongrie, + 33% aux Pays-Bas, + 21% en Roumanie. En Italie (+8%) et en France (+2,4%), les chiffres sont plus modérés, mais ils témoignent d’un même décalage entre l’offre et la demande. « C’est une crise partagée dans tous les coins de l’Europe », confirme l’eurodéputé néerlandais Dirk Gotink, vice-président de la Commission logement au Parlement européen, qui vient de rendre son rapport. « Dans mon pays, un jeune doit amener 90 000 euros en cash pour avoir accès au marché de l’immobilier » explique l’élu du Parti populaire européen. « Pour plein d’étudiants, c’est complètement inaccessible ! »

Les jeunes premières victimes

Un constat qui dépasse les clivages partisans.  « On manque beaucoup de logements notamment pour les étudiants », abonde Nicolae Stefanuta (Les Verts) : « Pour eux, le marché doit être financé par le public. Je ne pense pas que le marché [privé] va résoudre cette crise ». En Roumanie, explique-t-il, « le marché [privé] est gelé » car, situation inédite dans l’UE, « 90% des gens sont propriétaires » et « très peu sont intéressés à vendre ».

Des situations différentes dans les pays du continent, mais des problèmes partagés. En Italie, la pénurie de logements produit un effet sociologique inquiétant : les jeunes ne prennent leur envol du domicile parental que vers 30 ans en moyenne (c’est 26 ans à l’échelle de l’UE)…  Des difficultés dont l’eurodéputé italien Dario Nardella est conscient : « Un des points les plus importants dans le plan pour le logement que nous avons voté avec une large majorité ici à Strasbourg est la question des jeunes », témoigne-t-il, plaidant à son tour pour du « logement public pour les étudiants ». Une solution proposée dans le rapport, aux côtés de nombreuses autres mesures. « C’est pour cela que je considère ce premier plan européen pour le logement comme un succès historique », s’enthousiasme l’eurodéputé socialiste, par ailleurs ancien maire de Florence. « C’est la première fois que l’Europe décide d’intervenir dans une situation où il y a des réglementations très différentes dans les États-membres ».

Simplifier pour construire ?

Dès lors, quelles solutions proposer ? Si le constat rassemble, les pistes avancées par la Commission et le rapport du Parlement, en revanche, divisent. « On a demandé un paquet de simplification des règles » avance Dirk Gotink. En ligne de mire, les délais pour les permis de construire et la question des normes, notamment environnementales « Si on parle des lois environnementales, souvent elles sont utilisées pour bloquer des développements de nouveaux bâtiments », déplore l’élu du PPE « Cela, on doit vraiment le réviser ! On doit regarder [comment] faciliter la construction ».

Un nouveau train de simplification réglementaire annoncé qui suscite la désapprobation des élus écologistes, comme Nicolae Stefanuta. Avec son groupe (Verts/ALE), il a voté contre le rapport porté notamment par son collègue néerlandais et le PPE, dénonçant un texte rédigé sous la plume des lobbys de l’immobilier. « Le rapport est très concentré sur des solutions de marché » déplore-t-il, mais « il y a des millions de logements qui ne sont pas occupés » en Roumanie « Donc construire plus, ce n’est pas la solution ». Et de plaider pour des investissements publics dans des logements sociaux. « On a déjà des capitales comme Vienne qui investissent beaucoup dans des logements sociaux [la part s’élève à 40% dans la ville autrichienne ; NDLR]. Cela ne va pas dire [que c’est du] communisme ! Cela veut dire du pragmatisme », assure l’eurodéputé roumain.

Une piste que n’écarte pas le rapport, tout comme les propositions de la Commission européenne. « On va changer les règles sur les aides d’États », détaille Dirk Gotink : « C’est très important. On va pouvoir financer pour des catégories familiales plus élevées ; on [pourra], avec des dépenses de l’État, soutenir le segment [des classes moyennes] qui jusqu’à présent était interdit [de financement en raison des règles européennes ; NDLR] ».

Réguler Airbnb

Parmi les autres motifs expliquant la pénurie d’offre et la hausse des prix, le phénomène des locations de courte durée est aussi cité par la Commission et le Parlement européen. « Dans ma ville, témoigne l’ancien maire de Florence Dario Nardella, la location de courte durée a un impact sur les prix immobiliers et les prix de location incroyable ! ». La municipalité a fini par sévir, comme de nombreuses villes européennes, allant jusqu’à l’interdire dans le centre historique. Mais pour l’eurodéputé, il manque un cadre européen : « Nous n’avons pas une situation homogène en Europe ; en Italie nous n’avons pas de lois nationales… Si nous voulons avoir des résultats partout dans l’UE, il nous faut un cadre de règles général ».

La Commission européenne a promis un plan sur le sujet d’ici la fin de l’année, prévenant qu’il ne prônerait pas d’interdiction, mais proposerait des « outils ». « Le maire a besoin d’instruments », conclue Dario Nardella. L’Europe peut donner un cadre général puis chaque État peut donner des [règles] différentes. Mais nous devons donner des pouvoirs aux maires ! ».

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

Thibault Henocque.

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