Lutte contre la haine en ligne: le Sénat détricote le texte de l’Assemblée
Le Sénat a entamé mardi l'examen de la proposition de loi contre la haine en ligne, dont il partage "les objectifs", mais dont il...

Lutte contre la haine en ligne: le Sénat détricote le texte de l’Assemblée

Le Sénat a entamé mardi l'examen de la proposition de loi contre la haine en ligne, dont il partage "les objectifs", mais dont il...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat a entamé mardi l'examen de la proposition de loi contre la haine en ligne, dont il partage "les objectifs", mais dont il entend supprimer, au nom de la liberté d'expression, la mesure phare, l'obligation pour les plateformes de retirer sous 24 heures les contenus "manifestement" illicites.

"Rares sont les textes qui répondent à un besoin aussi pressant et une demande aussi forte de nos concitoyens", a plaidé le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, soulignant qu'internet et les réseaux sociaux "peuvent être de formidables vecteurs de démocratie et de connaissance (...) mais peuvent être aussi synonymes du pire".

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a défendu un texte soucieux de "l'équilibre entre liberté d'expression et lutte contre les propos haineux".

Le texte de la députée Laetitia Avia, approuvé largement par l'Assemblée nationale cet été en première lecture, s'inscrit dans le plan gouvernemental de lutte contre le racisme et l'antisémitisme.

"Tous ici nous partageons l'objectif de ce texte, lutter contre la haine en ligne", a assuré le rapporteur LR Christophe-André Frassa. Mais les sénateurs mettent dans la balance la liberté d'expression, pointant un risque de "sur-censure", et le droit européen.

Ils ont ainsi supprimé en commission le nouveau délit de "non-retrait" des contenus signalés comme manifestement illicites (provocation au terrorisme, incitations à la haine, la violence, la discrimination, injures à caractère raciste, homophobes ou religieuses...).

Le texte adopté par les députés prévoyait que plateformes et moteurs de recherche auraient l'obligation de retirer les contenus "manifestement" illicites sous 24 heures, sous peine d'être condamnés à des amendes jusqu'à 1,25 million d'euros.

"Une mauvaise réponse" qui reviendrait à "privatiser la censure", a fustigé le chef de file des Républicains Bruno Retailleau. "Pour lutter contre un mal, elle atteint un bien commun qui nous est cher, la liberté d'expression".

- "Police de la pensée" -

Pas question de confier aux plateformes "la police de la pensée et de l'expression", s'est insurgée Catherine Morin-Desailly (centriste), rapporteure pour avis de la commission de la Culture.

"La lutte contre la propagation de la haine sur internet est fondamentale, mais pas au prix d'une atteinte sur la liberté d'expression", a encore estimé Marie-Pierre de la Gontrie (PS).

Claude Malhuret (Indépendants) a été un des rares sénateurs à défendre la mesure initiale, soulignant que "la liberté d'expression ce n'est pas de diffuser de la haine".

A également été écartée par les sénateurs toute surveillance généralisée des réseaux, avec la suppression de l'obligation pour les plateformes d'empêcher la réapparition de contenus haineux illicites déjà retirés.

L'association la Quadrature du Net, qui défend les libertés individuelles dans le monde du numérique, a salué dans ces suppressions "une première victoire", appelant le Sénat à aller "encore plus loin", en rejetant le texte "dans son ensemble" en séance publique.

Sur ce point, l'association ne sera pas entendue, car les sénateurs ont approuvé en commission, tout en le précisant, le renforcement de la régulation des plateformes, sous la supervision du Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Ils ont également donné leur feu vert aux mesures visant à favoriser une réponse judiciaire "rapide et proportionnée", ainsi qu'une meilleure prévention en milieu scolaire.

Les sénateurs ont encore complété le texte pour "lutter plus efficacement contre la viralité des contenus haineux" et "encourager l'interopérabilité" entre les plateformes. L'idée est de permettre aux victimes "de se réfugier" sur une autre plateforme, en cas d'attaques en ligne, tout en gardant leurs données personnelles.

En 2018, sur les quelque 160.000 signalements adressés à la plateforme Pharos de signalements de contenus illicites en ligne, près de 14.000 relevaient de la haine en ligne ou de discriminations.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le