Lutte contre le covid-19 : les sénateurs étudient la stratégie danoise, basée sur la transparence
Les sénateurs de la mission d’information sur l’adéquation du passe vaccinal ont auditionné deux épidémiologistes danois, Henrik Ullum et Marianne Voldstedlund. Depuis le début de la pandémie, le pays scandinave a adopté une politique sanitaire originale.

Lutte contre le covid-19 : les sénateurs étudient la stratégie danoise, basée sur la transparence

Les sénateurs de la mission d’information sur l’adéquation du passe vaccinal ont auditionné deux épidémiologistes danois, Henrik Ullum et Marianne Voldstedlund. Depuis le début de la pandémie, le pays scandinave a adopté une politique sanitaire originale.
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Par Louis Dubar

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Face au virus, le Danemark a souvent été présenté depuis le début de la pandémie comme un pays « laboratoire » dans la gestion de crise sanitaire. En 2020, le royaume a devancé ses voisins européens en organisant un déconfinement de sa population le 6 avril. Dans l’Hexagone, le premier confinement s’était achevé un mois plus tard le 11 mai 2020. Le 15 février, le gouvernement danois a annoncé son intention de suspendre sa campagne de vaccination contre le virus.

Le retour à la vie d’avant

Début février 2022, le pays annonce la fin de nombreuses restrictions anti-covid 19 malgré un nombre record de cas positifs, 40 000 à 50 000 contaminations par jour pour une population danoise de 5,8 millions de citoyens. Le Danemark devient l’un des premiers pays membres de l’Union européenne à avoir abandonné le port du masque dans les transports en commun, les magasins et dans les restaurants. Les autorités sanitaires danoises recommandent à ses citoyens de conserver le masque dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les centres de santé. Pionnier du passe sanitaire en Europe en instaurant un passeport sanitaire dès le mois d’avril 2021, le gouvernement dirigé par la sociale-démocrate Mette Frederiksen a une première fois mis fin au « coronapas » en septembre 2021. L’arrivée du variant Omicron dans le royaume avait contraint le gouvernement à revenir sur sa décision et à réintroduire le « coronapas ». « Nous sommes prêts à sortir de l’ombre du coronavirus, » a-t-elle continué. « Nous disons adieu aux restrictions et accueillons le retour de la vie d’avant. », explique Mette Frederiksen, avant de préciser que « la pandémie continue, mais nous avons passé la phase critique. »

Confiance et transparence

Selon Henrik Ullum également membre du comité scientifique conseillant le gouvernement depuis le début de la crise, « le Danemark a bien combattu la pandémie. » L’épidémiologiste en veut pour preuve la faible mortalité due au covid au Danemark. D’après les données de l’université américaine Johns Hopkins qui héberge un centre de ressources sur le suivi de la pandémie, le nombre de morts pour cent mille habitants s’élève à 75,22 le 22 février contre 199,32 morts pour cent mille habitants en France à la même date.

Interrogée sur les raisons de cette situation sanitaire, Marianne Voldstedlun, responsable de la prévention des maladies infectieuses du Statens Serum Institut tient à préciser qu’il n’existe pas « un seul facteur » et préconise une analyse multifactorielle. « Nous avons au Danemark un système de santé cohérent avec une longue tradition de registres nationaux de santé et une collaboration active entre les différents secteurs et les différentes parties prenantes en temps de paix comme au moment des crises. La réponse sanitaire a été construite à partir de ces éléments existants. »

La grande transparence des autorités notamment en termes de gestion des données a permis de renforcer l’adhésion des Danois dans la politique sanitaire du gouvernement. « Plusieurs fois par jour, les données sont partagées et réactualisées. Il est très difficile de répandre de fausses nouvelles quand le gouvernement, les régions, les municipalités, l’autorité de Santé, les médias et les citoyens disposent du même niveau de data », explique le président du Statens Serum Institut. « Les Danois avaient la possibilité de suivre l’évolution pandémique à travers un système ‘d’automail’et recevoir les indicateurs clés sur son téléphone portable, d’observer l’évolution de la pandémie. » Une stratégie soutenue par la population danoise puisque d’après un sondage publié dans le quotidien Politiken fin janvier, 64 % des Danois interrogés déclaraient avoir confiance dans la stratégie sanitaire de leur gouvernement.

A la question, « les Danois sont-ils plus disciplinés et moins contestataires que les Français ? » L’épidémiologiste rejette l’idée d’essentialiser le débat. « Il ne faut pas utiliser ce terme de discipline, ce n’est pas le bon mot pour définir l’attitude des Danois […], Ce qui est le bon mot, c’est la confiance sociale. Elle doit être là avant le début de la pandémie et ne peut être construite en quelques mois. » Cette confiance constante des habitants du royaume en leur gouvernement explique pourquoi l’opposition au « coronapas » et aux mesures restrictives est moins élevée que dans d’autres pays européens. « Nous avons fait des efforts pour conserver cette confiance tout au long de la pandémie. » En mars 2021, les autorités sanitaires danoises avaient suspendu l’utilisation du vaccin AstraZeneca dans le cadre de sa campagne de vaccination en raison de soupçons d’effets secondaires. Dans cette perspectiviste de transparence et de maintien de la confiance publique, « le gouvernement et les scientifiques danois ont partagé leurs inquiétudes sur de possibles effets secondaires de ce vaccin. Tous les vaccins ont des effets secondaires », souligne Marianne Voldstedlund.

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