Lutte contre les violences faites aux femmes : « Je ne peux pas vous laisser dire qu’il y a une forme d’inaction », se défend Elisabeth Moreno
Erigée grande cause du quinquennat par le président de la République, la Ministre déléguée à l’Egalité entre les femmes et les hommes a défendu l’action du gouvernement en matière de lutte contre les violences faites aux femmes lors d’un débat entrepris par le groupe communiste républicain citoyen et écologiste au Sénat.

Lutte contre les violences faites aux femmes : « Je ne peux pas vous laisser dire qu’il y a une forme d’inaction », se défend Elisabeth Moreno

Erigée grande cause du quinquennat par le président de la République, la Ministre déléguée à l’Egalité entre les femmes et les hommes a défendu l’action du gouvernement en matière de lutte contre les violences faites aux femmes lors d’un débat entrepris par le groupe communiste républicain citoyen et écologiste au Sénat.
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Par Louis Dubar

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« Il est temps de faire le bilan des politiques nationales de lutte contre les violences faites aux femmes », explique la sénatrice Laurence Cohen et d’évaluer les moyens engagés par l’Etat alors que le pays compte 13 féminicides pour le seul mois de janvier. « Nous en avons assez de compter les victimes et je sais Mme la ministre que vous partagez notre indignation et notre colère, mais alors pourquoi ces dysfonctionnements perdurent-ils ? »

Des moyens en hausse

 

Elisabeth Moreno l’assure « le gouvernement s’est investi comme jamais pour enrayer ce fléau des violences conjugales, ce terrorisme familial ». Les initiatives depuis le début du quinquennat sont nombreuses : création de places d’hébergement d’urgence dédiées aux femmes victimes de violences conjugales avec « 9 000 places supplémentaires depuis 2017 », extension des horaires de la plateforme d’écoute et d’orientation 3919 désormais accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et dispositif étendu aux territoires ultramarins, utilisation depuis 2020 du bracelet anti-rapprochement permettant de géolocaliser un conjoint ou ex-conjoint violent, l’élargissement du dispositif de téléphone grave danger (TGD) permettant d’alerter les forces de l’ordre en cas de danger et la création d’une quinzaine de centres de prise en charge des auteurs de violences sur l’ensemble du territoire national.

L’arsenal législatif s’est également étoffé. « Quatre lois ont été adoptées en moins de cinq ans pour protéger les victimes et leurs enfants ». L’organisation d’un Grenelle des violences conjugales par le gouvernement Philippe en 2019 a débouché sur 46 mesures. « 100 % de ces mesures ont été mises en œuvre au moment où nous parlons », ajoute la ministre. Pays modèle dans la lutte contre les violences conjugales, l’Espagne a été abondamment citée par les sénateurs comme un modèle à suivre notamment dans les moyens budgétaires dévolus à cette lutte. La ministre réplique, « l’Espagne a investi un milliard, mais sur cinq ans. En France, en 2021 nous avons investi 1,2 milliard d’euros parfaitement mesurable dans le document de politique transversale ».

« A quand un quoi quil en coûte’ contre les violences faites aux femmes ? »

Les arguments de la Ministre n’ont pas convaincu l’ensemble des sénateurs présents. Lors de sa prise de parole, le sénateur communiste Éric Bocquet auteur d’un rapport d’information sur le financement de la lutte contre les violences faites aux femmes, publié fin août, tend à nuancer les chiffres rapportés par le gouvernement et le milliard d’euros investi. « L’augmentation du budget du ministère s’est accompagnée d’une augmentation de ses missions réduisant ainsi de facto les crédits supplémentaires concrètement alloués à notre sujet, relève le sénateur. Le compte n’y est pas puisque ce milliard d’euros s’échelonne en réalité sur plusieurs exercices budgétaires ».

A la question, les moyens actuels sont-ils à la hauteur ? La sénatrice socialiste Martine Filleul rappelle le nombre de féminicides commis en France dans l’Hexagone ces dernières années, « 146 féminicides en 2019, 102 en 2020 et 113 en 2021, ces chiffres apportent à eux seuls la réponse. C’est clairement non » La sénatrice du Nord salue les avancées réalisées dans le domaine législatif mais se désole « de moyens insuffisants », d’une saturation des lieux d’accueil, d’un faible accompagnement des victimes et regrette que « la politique de prévention ait été l’angle mort de ce quinquennat, rien de significatif n’a été entrepris ». Face à l’urgence, la sénatrice interroge la Ministre : « A quand le quoi quil en coûtecontre les violences faites aux femmes ? »

Ce constat est également partagé par Sophie Taillé-Polian sénatrice Génération.s du Val-de-Marne qui évoque un décalage entre les ambitions affichées par le gouvernement et le constat réalisé sur le terrain où la situation n’évolue pas. « Personne ne dit que le gouvernement ne fait rien mais il n’est pas à la hauteur par rapport à la situation et à ses propres mots, souligne-t-elle. Quand on commence à évoquer la lutte contre les violences faites aux femmes comme une ‘grande cause du quinquennat et on parle de la somme d’un milliard d’euros et que sur le terrain on constate l’inverse, on ressent de la déception et même de la colère. »

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