Macron à l’offensive sur le thème de l’immigration
"En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste": Emmanuel Macron est à l'offensive sur l'immigration, un sujet qu'il...

Macron à l’offensive sur le thème de l’immigration

"En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste": Emmanuel Macron est à l'offensive sur l'immigration, un sujet qu'il...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste": Emmanuel Macron est à l'offensive sur l'immigration, un sujet qu'il ne veut pas laisser à la droite et à l'extrême droite dans l'optique des prochaines élections, notamment de la présidentielle de 2022.

A 15 jours d'un débat, appelé à devenir annuel, sur l'immigration au Parlement, le chef de l'Etat a fixé lundi soir le cap à la majorité et au gouvernement: "Nous n'avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face".

Emmanuel Macron impose l'immigration à l'ordre du jour de la rentrée, pourtant déjà embouteillée par d'autres dossiers délicats pour l'exécutif, comme la réforme des retraites ou la PMA.

Mais à ses yeux, les sujets régaliens, sécurité et immigration en tête, sont devenus centraux dans la deuxième partie du quinquennat, qui sera rythmée par les municipales de mars 2020 et la préparation de la présidentielle.

Pour le président, l'une des priorités est de renouer avec les classes populaires après la crise des "gilets jaunes" qui a ébranlé le pouvoir. Il a demandé à son camp de "savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas". En expliquant que les bourgeois n'avaient "pas de problème" avec l'immigration car "ils ne la croisent pas" alors que "les classes populaires vivent avec".

"La gauche n’a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies. Les classes populaires ont donc migré vers l'extrême droite. On est comme les trois petits singes: on ne veut pas regarder", a-t-il relevé.

Dès la campagne de 2017, Emmanuel Macron avait déjà affirmé à l'AFP vouloir s'attaquer à "l'insécurité culturelle" ressentie selon lui par les classes moyennes "tentées par le Front national" (devenu Rassemblement national).

L'immigration avait ensuite été l'un des premiers sujets à faire l'objet d'un texte de loi, voté en septembre 2018. Le texte, jugé trop timide à droite, avait pourtant fait tanguer la majorité.

En prévision du débat au Parlement, Matignon prépare un "document de synthèse" sur la politique migratoire de la France, un texte qui compilera des données demandées aux ministères de l'Intérieur, de la Santé et des Affaires étrangères et européennes.

- "Tabou" -

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, n'en a pas moins affirmé mardi qu'elle ne "croyait pas" au durcissement de ton d'Emmanuel Macron, n'y voyant qu'une attitude "électoraliste."

Symétriquement, le porte-parole des députés PS, Boris Vallaud, accuse le chef de l'Etat de ne "regarder le +problème+ de l'immigration qu'en regardant à l'extrême droite".

"Il ne faut pas faire de ce thème un tabou", dit un cadre du parti présidentiel, qui devrait réunir son bureau exécutif spécial sur le sujet le 30 septembre, le jour même du débat au Parlement. Et une semaine après l'organisation à l'Assemblée, par le député Aurélien Taché, classé à la gauche de LREM, d'un "événement" sur le thème de l'accueil et l'intégration, en présence de Carola Rackete, la capitaine du navire humanitaire SeaWatch.

L'immigration continue de susciter la méfiance: selon un sondage Ipsos-Sopra Steria publié lundi, 64% des Français ont l'impression "qu'on ne se sent plus chez soi comme avant" en France.

Emmanuel Macron entend agir essentiellement sur le droit d'asile, un principe qu'il a réaffirmé mais qu'il estime "détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent". La France a enregistré une hausse de 23% des dossiers l'an dernier, avec notamment une demande albanaise et géorgienne que les pouvoirs publics estiment largement non fondée.

La dynamique, à contre courant de la baisse enregistrée ailleurs en Europe, est aussi alimentée par les déboutés, notamment afghans, venus d'autres pays plus chiches dans l'octroi de l'asile.

Les débats au parlement porteront aussi sur l'Aide médicale d'État (AME) afin "d'en maîtriser les coûts et de s'assurer qu'elle va bien aux personnes en détresse", selon le porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

L'AME, qui représente un budget en hausse de quelque 943 millions d'euros et concerne plus de 300.000 personnes, permet aux étrangers en situation irrégulière et résidant en France depuis plus de trois mois de bénéficier de l'accès aux soins.

Partager cet article

Dans la même thématique

EU Summit, Europa-Gebäude, Br%FCssel, Belgium – 15 Oct 2026
7min

Politique

Union européenne : comment est abondé le budget et que finance-t-il ?

Les dirigeants européens ont entamé jeudi à Bruxelles les négociations autour du prochain budget de l’UE sur la période 2028-2034. La Commission aimerait trouver un accord d’ici la fin de l’année, avant la tenue des élections dans plusieurs États membres, dont la France. La favorite des sondages, Marine Le Pen, plaide pour une baisse de la contribution française au budget de l’Union. Comment fonctionne le budget de l’Union européenne ? Explications.

Le

Macron à l’offensive sur le thème de l’immigration
5min

Politique

Désindexation des retraites au-delà de 1260 euros : « Il faut que tout le monde contribue », insiste le ministre Jean-Pierre Farandou

Comme ses collègues de Bercy, le ministre du Travail et des Solidarités a défendu la proposition initiale du budget de la Sécurité sociale de n’indexer sur l’inflation que les petites pensions allant jusqu’à 1260 euros. Il s’agit d’une dérogation à la règle habituelle. Il suggère à l’avenir d’aborder cette question de l’évolution annuelle des retraites, sur le modèle des complémentaires de l’Agirc-Arrco.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le