Macron accuse implicitement Merkel de « démagogie » sur les livraisons d’armes à Ryad
Emmanuel Macron a critiqué implicitement son alliée européenne Angela Merkel, dénoncant la "pure démagogie" des pays qui, comme l...

Macron accuse implicitement Merkel de « démagogie » sur les livraisons d’armes à Ryad

Emmanuel Macron a critiqué implicitement son alliée européenne Angela Merkel, dénoncant la "pure démagogie" des pays qui, comme l...
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Par Laurence BENHAMNOU avec Fabien ZAMORA à Paris

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4 min

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Emmanuel Macron a critiqué implicitement son alliée européenne Angela Merkel, dénoncant la "pure démagogie" des pays qui, comme l'Allemagne, veulent cesser d'exporter des d'armes vers l'Arabie saoudite en raison du scandale Khashoggi.

"C'est pure démagogie que de dire d'arrêter les ventes d'armes" à Ryad suite à l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien d'Istanbul début octobre, une affaire qui provoque un scandale international.

Les ventes d'armes n'ont "rien à voir avec M. Khashoggi, il ne faut pas tout confondre", a-t-il lancé au cours d'une conférence de presse à Bratislava, dans une rare expression publique de désaccord avec sa principale partenaire en Europe.

"Je suis très admiratif envers ceux qui, avant de savoir, disent 'on ne vendra plus d'armes' ! Ils en vendent déjà parfois plus que la France à travers les joint ventures (coentreprises) qu'ils ont !" a dit le président français, en réponse à la question d'une journaliste sur les appels de l'Allemagne et de l'Autriche à cesser les ventes d'armes à Ryad.

Angela Merkel est revenue depuis Prague sur la proposition allemande faite en début de semaine de ne plus livrer d'armes à Ryad. "Nous avons dit qu'il faut éclaircir ce qui constituait les dessous de ce crime horrible et jusque-là, nous n'allons pas fournir d'armes à l'Arabie saoudite", a-t-elle expliqué.

"Nous allons naturellement parler au sein de l'UE pour savoir comment nous voyons nos démarches ultérieures", a précisé Mme Merkel.

- "Quel est le rapport?" -

"Et quel est le rapport entre les ventes d'armes et M. Khashoggi ?" a interrogé Emmanuel Macron. "Je comprends le lien avec le Yémen (où l'Arabie saoudite, alliée aux Emirats, mène une guerre contre les rebelles houthis) mais il n'y en a aucun avec M. Khashoggi ! Si on veut prendre des sanctions, il faut en prendre dans tous les domaines ! Il faut dans ce cas arrêter de vendre des véhicules", a poursuivi avec agacement Emmanuel Macron, interrogé par la presse.

L'automobile est un des fleurons de l'industrie allemande.

Concernant l'affaire Khashoggi, le président français a déclaré attendre "que les faits soient établis clairement et surtout les responsables et les commanditaires, pour en tirer les conséquences et les sanctions", qui doivent être "claires, cohérentes" "dans tous les domaines et "avec une réponse européenne". "Et il faut qu'elles aient un lien" avec cet assassinat, qu'il "condamne avec fermeté".

La ministre autrichienne des Affaires étrangères Karin Kneissl a déclaré au journal allemand Die Welt être favorable à un gel des livraisons, mais le justifiant par la guerre au Yémen plutôt que l'affaire Khashoggi.

"L'arrêt des livraisons d'armes, suggéré par la chancelière Merkel, serait en tout cas le bon signal. L'Autriche n'a fourni aucun matériel de guerre à l'Arabie saoudite depuis le début de la guerre au Yémen en mars 2015 et l'implication de l'Arabie saoudite dans ce pays", a-t-elle déclaré.

Sur le Yémen, M. Macron a dit que "la France a demandé des gages et de la clarté sur le conflit au Yémen, où nous sommes très attachés aux règles humanitaires".

Ce désaccord franco-allemand pourrait peut-être aussi avoir des répercussions de plus long terme sur la relation profonde entre les deux pays, traditionnels indissociables alliés européens.

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel affirme que Paris a menacé indirectement de mettre un terme au projet de développement d'un avion de combat franco-allemand, si Berlin ne donnait pas son accord dès le début pour que le futur appareil soit vendu sans restriction à l'export, "y compris dans des pays en crise comme l'Arabie saoudite".

Emmanuel Macron, qui était à Bratislava pour parler d'Europe, notamment pour tenter de trouver des solutions avec les pays d'Europe centrale en désaccord avec la France sur la politique migratoire, a aussi rappelé sans détour l'importance de l'alliance avec l'Arabie saoudite pour la France et les autres pays occidentaux, qu'il s'agisse de lutte anti-Daech, de coopération militaire ou encore de fourniture de pétrole.

"Il y a une coopération forte avec la plupart des pays occidentaux, avec des relations militaires qui sont claires, revendiquées, et totalement transparentes", a-t-il averti.

Enfin, "l'Arabie saoudite est un pays stratégique dans la géopolitique mondiale, dans la fourniture de pétrole au reste de la planète. Beaucoup s'interrogent sur la montée du prix du pétrole. Qu'ils s'interrogent aussi sur les conséquences qu'il promeuvent compte tenu de la place de ce pays dans cette géopolitique. Nous n'en sommes pas dépendants mais nous avons des partenariats et des règles se sont mises en place", a-t-il souligné.

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