Macron appelle les représentants musulmans à être plus offensifs contre communautarisme et islamisme
Accusé d'inertie sur les questions de laïcité, Emmanuel Macron a exhorté lundi les représentants du culte musulman à "combattre"...

Macron appelle les représentants musulmans à être plus offensifs contre communautarisme et islamisme

Accusé d'inertie sur les questions de laïcité, Emmanuel Macron a exhorté lundi les représentants du culte musulman à "combattre"...
Public Sénat

Par Sylvie MALIGORNE et Simon VALMARY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Accusé d'inertie sur les questions de laïcité, Emmanuel Macron a exhorté lundi les représentants du culte musulman à "combattre" davantage l'islamisme et le communautarisme, responsable selon lui d'une forme de "séparatisme" en France.

Recevant à l'Elysée les responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM), le chef de l'Etat les a appelés à lutter contre une "ambiguïté" qui contribuerait à nourrir l'amalgame entre "la religion, la culture et l'islam politique", a rapporté à l'AFP le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui assistait à l'entrevue.

"Il faut que le CFCM ait une parole forte sur la place du voile, les femmes, l'école. Il faut un discours clair pour ne pas laisser perdurer l'ambiguïté dont s'alimentent les radicaux", a poursuivi le chef de l'Etat, en réponse à la récente polémique sur le port du voile lancée par un élu RN en Bourgogne-Franche-Comté.

Quelques heures plus tard, des coups de feu tirés devant la mosquée de Bayonne par un octogénaire, ex-candidat FN aux départementales de 2015 dans son canton des Landes, et qui a blessé grièvement deux personnes, a ravivé la crainte d'une stigmatisation de la communauté musulmane.

"Avec le climat actuel de stigmatisation de l'islam et des musulmans, il ne faut pas s'étonner que de tels actes puissent arriver", s'est indigné auprès de l'AFP Abdallah Zekri, le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie et délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Lors de la réunion à l'Elysée, Emmanuel Macron a dit "attendre du CFCM un changement de rythme pour qu'il combatte, au côté de l'Etat, le communautarisme et l'islamisme", selon M. Castaner.

Dans un entretien diffusé sur RTL lundi mais enregistré trois jours plus tôt, le chef de l'Etat avait assuré ne pas vouloir "céder à la précipitation" sur ce sujet inflammable afin de ne pas contribuer à la "confusion collective" entre terrorisme et islam, près d'un mois après la tuerie de la préfecture de police perpétrée par un musulman soupçonné de radicalisation.

Mais il s'inquiétait également de la montée en puissance du communautarisme musulman, qui se nourrit d'une vision "dévoyée de l'islam".

"Dans certains endroits de notre République, il y a un séparatisme qui s'est installé, c'est-à-dire la volonté de ne plus vivre ensemble, de ne plus être dans la République, et au nom d'une religion", avait détaillé le président, appelant à renforcer l'action de l'Etat et promettant des mesures "dans les semaines qui suivent".

Lors de son voyage à La Réunion la semaine dernière, Emmanuel Macron avait tenté de clore la polémique en assurant que le port du voile dans l'espace public n'était pas "l'affaire de l'Etat" mais il n'avait pas réussi à faire taire les critiques venues de la droite et de l'extrême droite.

- "Annonces très fortes" -

Mis sous pression lundi, le CFCM s'est engagé à passer à l'action sans tarder et a promis des "annonces très fortes" dès mardi lors d'une réunion exceptionnelle de son conseil religieux, qui débattra du voile et des signes de radicalisation.

"Nous avons assuré le président de la République de la mobilisation des musulmans de France et plus particulièrement du CFCM", a déclaré le vice-président de l'instance, Anouar Kbibech, en promettant une "parole claire".

Le CFCM, qui a récemment dénoncé la "banalisation" du discours antimusulman, veut toutefois réaffirmer les différences entre la pratique soutenue de l'islam et les signes de radicalisation, que l'exécutif appelle à mieux détecter depuis l'attaque de la préfecture.

"Aller à la mosquée, porter une barbe, jeûner le ramadan avec ferveur, ce ne sont pas des signes de radicalisation et cela contribue à un amalgame honteux entre islam, islamisme et terrorisme", a détaillé M. Kbibech.

Signe de l'inquiétude chez les musulmans, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche à Paris pour dire "stop à l'islamophobie".

"Il y a des sujets dont il faut parler, on n'est pas obligé de faire des amalgames, de mal les traiter. Le terrorisme n'est pas la même chose que le communautarisme qui n'est pas la même chose que la laïcité qui n'est pas la même chose que l'immigration", fait valoir un membre du gouvernement.

Selon M. Castaner, une réflexion sera engagée avec le CFCM contre la radicalisation pour déboucher d'ici à fin novembre sur des propositions qui seront faites au président et au Premier ministre.

Le "problème, c'est quand l'islam cesse d'être une religion pour devenir une idéologie", a dit M. Castaner, soulignant vouloir "protéger" ceux qui "acceptent" la République.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS. Marine Le Pen prostest in front of French senat
8min

Politique

Sénatoriales 2026 : le RN veut « tripler » son nombre de sénateurs et rêve de créer un groupe

Le RN se prépare dès maintenant pour les sénatoriales de septembre 2026. « Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs », annonce à publicsenat.fr Ludovic Pajot, nommé directeur de campagne, soit frôler les dix sénateurs, permettant de créer un groupe. Mais avant cela, le parti devra réussir les municipales. Il entend, cette fois, éviter les « brebis galeuses ». Il cherche des candidats présentables, capables de « gérer une ville ».

Le

Macron appelle les représentants musulmans à être plus offensifs contre communautarisme et islamisme
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Macron appelle les représentants musulmans à être plus offensifs contre communautarisme et islamisme
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le