French president arrives in New Caledonia – Tontouta
French President Emmanuel Macron arrives on the tarmac of Noumea airport, as the presidential plane lend in Tontouta, New Caledonia, France on July 24, 2023, during a visit of the French President in oceania. //04SIPA_sipa.073/Credit:RAPHAEL LAFARGUE-POOL/SIPA/2307241127

Macron au 13h : « Il cherche un souffle pour ce deuxième quinquennat qui ne démarre jamais »

Emmanuel Macron a fait son bilan des 100 jours lors d’une interview aux JT de 13h de TF1 et France 2 ce lundi 24 juillet. Un entretien enregistré, à distance qui n’a pas convaincu ni sur le fond ni sur la forme. Le président n’a rien annoncé de nouveau.
Stephane Duguet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pour faire le bilan des « 100 jours d’apaisement » qu’il avait décrétés à la sortie de l’adoption au forceps de la très conflictuelle réforme des retraites, Emmanuel Macron a choisi les JT de 13h de France 2 et de TF1. C’est déjà ce format que le président avait choisi pour s’exprimer le 22 mars. Mais cette fois, le chef de l’Etat n’est pas en plateau à Paris, mais à 17 000 kilomètres de là, à Nouméa.

L’interview menée par Jacques Legros, journaliste à TF1, et Nathanaël de Rincquesen, journaliste à France 2, est aussi enregistrée une heure avant sa diffusion. La première image qui apparaît à l’écran interpelle. Un triptyque. Le journaliste de TF1 à gauche sur fond bleu clair, le président de la République au centre, lui aussi sur le même fond bleu avec un drapeau tricolore et européen et le journaliste de France 2 à droite qui lui aussi… est devant un fond bleu.

Manque de spontanéité

Sur la forme Emilie Zapalski, communicante politique et fondatrice d’Emilie Conseil, juge l’entretien « pas génial ». « Les silences imposés par la latence entre Paris et Nouméa donnaient un sentiment de décalage, comme une impression de distance et de contrôle de l’information », analyse la communicante. Olivier Rouquan, politologue et chercheur au CERSA estime lui que ce format d’interview « était un exercice hybride entre la déclaration unilatérale et le dialogue avec les journalistes ».

Selon lui, « du fait du décalage, le président avait une marge de manœuvre supérieure que si l’interview avait été en face-à-face ». « Ça manquait de spontanéité », relève Olivier Rouquan. « Il n’y avait pas beaucoup d’interactions, c’était très sage et on sentait la frustration des journalistes parce que les relances ne marchaient pas », note Emilie Zapalski.

Répétition d’éléments de langages

Sur le fond, Emmanuel Macron n’a pas non plus annoncé de nouvelles mesures. « Cela fait un moment qu’il n’y a pas de nouveauté », relève Olivier Rouquan. Après l’intervention d’Emmanuel Macron lors du Conseil des ministres ce vendredi 21 juillet, le chef de l’Etat a répété les mêmes éléments de langage. Une stratégie assumée selon le politologue : « L’exécutif a conscience de la difficulté à faire passer des messages, donc il parie plutôt sur une écoute assez flottante des Français en vacances. En espérant qu’en répétant certains éléments, ils finiront par passer. »

 L’idée est d’occuper le terrain et que les caméras se braquent sur l'exécutif. Il y a une concurrence de visibilité entre le pouvoir parlementaire et l'exécutif 

Olivier Rouquan, politologue

Pendant l’entretien, Emmanuel Macron a égrené les sujets : rentrée scolaire, émeutes, interview polémique du directeur général de la police, écologie ou encore immigration. « C’est une liste de tout ce qu’il a fait et qui lui reste à faire, mais ça ne crée pas un tout cohérent », fustige Emilie Zapalski. Au cours de l’interview, le chef de l’Etat a martelé trois fois « l’ordre, l’ordre, l’ordre » en parlant des émeutes. « Il veut essayer la méthode Coué », observe la communicante.

D’après elle, le président a endossé tour à tour « le rôle du ministre de l’Education puis du ministre de l’Intérieur ». Ce qui fait même dire à Olivier Rouquan qu’on « peut se demander si Gabriel Attal (nouveau ministre de l’Education nationale), aura toute autonomie », sachant qu’Emmanuel Macron avait chipé la primeur des annonces dans ce domaine à l’ancien ministre Pap Ndiaye.

Concurrence de visibilité

Pour Emilie Zapalski : « Il aurait mieux valu avoir un message général et plus dynamique ». La communicante considère qu’Emmanuel Macron « cherche un souffle pour ce deuxième quinquennat qui ne démarre jamais ». En répétant les mêmes diagnostics et les mêmes mesures, la fondatrice de l’agence Emilie Conseil explique même que le président est « en retard d’un cran. Il est hors-sol ! ».

Cette stratégie de la répétition poursuit un objectif d’après Olivier Rouquan : « L’idée est d’occuper le terrain et que les caméras se braquent sur l’exécutif. Il y a une concurrence de visibilité entre le pouvoir parlementaire et l’exécutif ». Le politologue estime qu’Emmanuel Macron et la majorité ont adopté une posture de défense. « Une autre stratégie en posture de défense, c’est au contraire de raréfier sa parole. Mitterrand avait fait ça lors du premier septennat, avant la nomination de Laurent Fabius au poste de Premier ministre. Macron, lui, veut rester sur le devant de la scène », constate le chercheur.

Partager cet article

Dans la même thématique

Blois: Exclusive Olivier Faure with staff at the Socialist Party s summer university
7min

Politique

Retraite à 62 ans, 900 euros de plus pour les bas salaires, économies réduites à 21 milliards d’euros : « L’autre chemin » du PS pour le budget

Le Parti socialiste a présenté, lors de son université d’été à Blois, ses contre-propositions budgétaires. Entre hausse d’impôts pour les très riches et baisse des aides aux entreprises, le PS veut étaler l’effort de réduction du déficit. En cas de nomination à Matignon d’un premier ministre de gauche, Olivier Faure espère pouvoir passer des compromis pour adopter ce budget. Et si Emmanuel Macron lui proposait, on comprend qu'il ne dirait pas « non »...

Le

Macron au 13h : « Il cherche un souffle pour ce deuxième quinquennat qui ne démarre jamais »
7min

Politique

A Blois, le PS d’Olivier Faure « prêt » à entrer à Matignon

La rentrée politique des socialistes s’est transformée en démonstration de l’unité de la gauche, hors LFI, avec qui la rupture est consommée. « Nous sommes volontaires pour être les suivants », a lancé le numéro 1 du PS, Olivier Faure. « Maintenant, il doit nous laisser nous y coller. Ça, c’est la responsabilité d’Emmanuel Macron », demande la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier.

Le

SIPA_01165078_000044
6min

Politique

Municipales à Paris : après l’investiture de Rachida Dati, le dilemme de Renaissance

Les Républicains ont évité une guerre fratricide, en soutenant officiellement la candidature de Rachida Dati aux municipales à Paris en mars prochain. La liste de la ministre de la Culture devra comporter une majorité de candidats LR de quoi laisser ouverte l’hypothèse d’une liste d’union avec les macronistes parisiens, qui ne se bousculent pas pour apporter leur soutien à la maire du VII arrondissement de Paris.

Le