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Macron au 20h : « Digne des démocratures », « Fidel Macron », l’opposition étrille l’interview du chef de l’Etat à trois jours du scrutin européen

Alors que le chef de l’Etat doit répondre aux questions de Gilles Bouleau et d’Anne-Sophie Lapix pour les JT de TF1 et France 2 ce jeudi, officiellement pour évoquer « l’actualité internationale », l’opposition crie au scandale, faisant part de son « inquiétude pour la démocratie » et dénonçant une pratique « digne des démocratures ». De son côté, la majorité déclare « assumer » et estime que « le chef de l’Etat est dans son rôle ».
Alexis Graillot

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Une intervention qui ne laisse pas indifférente la classe politique à trois jours seulement du vote pour les élections européennes, et surtout à 24 heures de la clôture de la campagne électorale. Annoncée ce dimanche par l’Elysée, le chef de l’Etat doit prendre la parole à 20h15 ce jeudi 6 juin, pour évoquer « l’actualité internationale ». Une prise de parole qui intervient le jour même du 80e anniversaire du débarquement allié sur les plages normandes.

Alors que LR a annoncé par la voix d’Éric Ciotti, que son parti allait saisir l’ARCOM, Manon Aubry, tête de liste LFI aux élections européennes, lui a emboîté le pas ce matin sur RTL : « Emmanuel Macron va avoir droit au prime time la veille de la clôture de la campagne des élections européennes. Ce n’est pas normal ! Nous allons saisir l’Arcom », a déclaré la candidate insoumise, suivie de près par la tête de liste LR, François-Xavier Bellamy, interrogé sur BFMTV : « En décidant de réquisitionner les journaux télévisés du pays à la veille de la fin de la campagne, le président de la République cherche à entrer dans la mêlée électorale, et manque par là à sa fonction et à sa mission. L’Arcom doit se prononcer sur cette intervention », s’est-il ému.

« Le président ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît »

Du côté des oppositions sénatoriales, la cloche ne tinte guère différemment, pour dénoncer une « instrumentalisation » des cérémonies du débarquement des Alliés en Normandie, alors que de nombreux chefs d’Etat et anciens chefs d’Etat seront présents en France. « Le 6 juin, on verra déjà du Macron tout le temps. Mais on va avoir en plus une interview où il va parler de la situation internationale, donc de l’Europe », se désole le chef de file des socialistes au Sénat, Patrick Kanner. « Il va imposer sa vision aux Français, alors qu’il devrait a minima prendre du recul à 3 jours des élections. D’autant que dès qu’il parle, il fait monter le RN. C’est à se demander s’il ne le fait pas exprès ». « Il ose tout, et c’est même à ça qu’on le reconnaît », « flingue » l’élu du Nord.

A droite, le président du groupe LR (majoritaire) au Sénat, Bruno Retailleau fait lui aussi part de sa colère : « Jamais on n’a assisté à une telle instrumentalisation de la part de l’exécutif », tonne l’élu vendéen, qui estime qu’il n’y a « aucune limite du côté de l’exécutif, tout est bon pour instrumentaliser le 6 juin, pour enrayer une mauvaise campagne de sa liste ». S’en prenant plus spécifiquement au chef de l’Etat, Bruno Retailleau juge qu’Emmanuel Macron « a été le premier à vouloir dérouter les électeurs français sur les européennes en voulant imposer un face-à-face entre lui et Monsieur Bardella ». « Plus il valorise Monsieur Bardella, plus il le fait monter », observe-t-il.

Du côté du Rassemblement National, en tout cas, si le Président de la République s’investit dans la campagne, ce dernier devra en tirer les conséquences. Interrogé dans la matinale de Public Sénat, le vice-président de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu, déclare à ce titre : « On voit le Président qui s’impose pour sauver le soldat Hayer qui coule, qui coule, qui coule. S’il s’implique, il devra rendre des comptes ». Pour le député, en cas de défaite aux élections, dissoudre l’Assemblée nationale serait « la chose la plus normale qui soit ».

« Un dévoiement de cette fin de campagne électorale »

Plus globalement, au-delà des critiques sur le contenu même de l’intervention, c’est la forme même que revêt cette intervention qui suscite l’indignation : « La mobilisation de tous les journaux télévisés à 24 heures de la fin de la campagne est une pratique digne des démocratures », étrille le chef de file des sénateurs LR.

Même constat pour son homologue socialiste, Patrick Kanner, qui « regrette que les chaînes, qu’elles soient publiques ou privées se prêtent au jeu ». « Je suis très inquiet pour la démocratie », lance-t-il, dans la lignée des propos du Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui écrivait dans un tweet, ce dimanche : « Donc jeudi vendredi samedi, ce sera « Fidel Macron » sur toutes les chaînes pour commémorer et s’exprimer sans contradicteur à 20h, bref pour faire campagne à un moment où plus personne ne pourra lui répondre », explose le député de Seine-et-Marne.

Et ce n’est guère l’irruption du Premier ministre dans les studios de Radio France ce matin, pour afficher son soutien à Valérie Hayer, alors interviewée comme toutes les autres têtes de listes : « Ce qu’il s’est passé ce matin, lorsque le Premier ministre s’est permis de rentrer dans les studios de franceinfo, cela témoigne d’un profond manque de respect et d’un dévoiement de cette fin de campagne électorale », fustige Bruno Retailleau. Même constat pour son collègue, Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine : « Ce n’est pas électoralement bénéfique pour la liste Hayer », prédit l’ancien député européen. L’ancien secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy se montre de fait dubitatif quant à l’équilibre des temps de parole : « Vu le temps qu’il va prendre, comment rééquilibrer, alors que la campagne se terminera le lendemain ? », s’interroge-t-il.

« Un Président de la République qui s’invite aux 20h de TF1 et France 2 à 3 jours du vote, un Premier ministre qui se tape l’incruste sur France Info… La macronie tente un hold-up sur les européennes », dénonce le sénateur communiste, Ian Brossat, qui annonce lui aussi sur X, saisir l’ARCOM.

« L’ARCOM peut dire ce qu’elle veut, elle va empêcher le Président de parler ? »

Du côté de la majorité, en revanche, on fustige les oppositions, tout en assumant clairement que l’intervention du chef de l’Etat est là pour « réveiller les consciences ». « Je demande aux oppositions de regarder les débats chaque semaine où c’est du 1 contre 7 en permanence », avance le chef de file des sénateurs de la majorité, François Patriat. « Qu’ils saisissent l’ARCOM c’est normal. Inversement, est-ce qu’on peut se permettre à un moment où le vote européen est aussi important pour la guerre, le climat, l’immigration, que ce vote soit un vote d’humeur ? », se demande l’élu de la Côte-d’Or, pour qui le scrutin se doit d’être « rationnel ».

Interrogé sur le timing de l’intervention, à seulement vingt-quatre heures de la clôture de la campagne officielle, mais aussi le jour même des 80 ans du débarquement, François Patriat ne souhaite pas « dissimuler » les intentions réelles du chef de l’Etat derrière cette intervention, à l’heure où « le populisme-nationalisme semble être la solution à tout » : « Moi je revendique que le président puisse s’exprimer compte tenu de la dramatisation de la situation », assure-t-il. Et pas question non plus de craindre une éventuelle sanction du gendarme de l’audiovisuel : « L’ARCOM peut dire ce qu’elle veut, elle va empêcher le président de parler ? », lance le sénateur RDPI.

Une petite phrase qui fait tiquer Roger Karoutchi : « A quoi sert l’ARCOM alors ? », se demande-t-il. « On a créé une autorité indépendante, qui ne l’est pas vraiment. Dans ce cas, c’est tout le statut de l’ARCOM qui est à revoir, mais aussi la capacité de l’exécutif à penser que l’audiovisuel est à leur disposition », tance-t-il, critiquant un gendarme de l’audiovisuel, comme étant « dépassé ». « Si personne n’est capable de faire quoi que ce soit dans les jours qui viennent, c’est un signe bien préoccupant pour la démocratie », se désole l’élu francilien. L’occasion pour lui de s’inquiéter quant à l’avenir même de la réforme de l’audiovisuel public, présentée la semaine dernière au Sénat : « A un moment où on veut nous présenter une telle réforme, je ne suis pas sûr que cela n’aura pas de conséquence. Avant de parler de fusion, parlons de l’indépendance, nous dira-t-on », explique-t-il. « Malheureusement, ça va encore apporter de l’eau au moulin du Rassemblement national qui n’en a pas besoin », conclut le sénateur LR.

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