Macron en Corse: des « vexations », mais aussi une « main tendue », selon les analystes
Si le rejet de revendications-clés des nationalistes corses fait craindre à certains une reprise de la violence, Emmanuel Macron a ouvert une...

Macron en Corse: des « vexations », mais aussi une « main tendue », selon les analystes

Si le rejet de revendications-clés des nationalistes corses fait craindre à certains une reprise de la violence, Emmanuel Macron a ouvert une...
Public Sénat

Par Maureen COFFLARD

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Si le rejet de revendications-clés des nationalistes corses fait craindre à certains une reprise de la violence, Emmanuel Macron a ouvert une porte inédite en acceptant l'inscription de la Corse dans la Constitution, estiment des experts, évoquant le caractère "crucial" des prochaines semaines.

Jeudi matin, Corse-Matin résumait ce sentiment ambivalent au lendemain du discours du chef de l'Etat sur l'avenir de l'île: "Macron blinde des portes et ouvre une lucarne".

Au-delà des annonces du président --qui a rejeté toute idée de co-officialité de la langue corse, mais aussi le statut de résident ou l'aministie des prisonniers "politiques"-- c'est aussi la forme qu'elles ont prises qui a heurté les dirigeants nationalistes corses, qui ont déploré jeudi soir "vexations", "condescendance" et "mépris".

Ce sentiment d'humiliation ressenti "ne peut que renforcer l'aile dure" des nationalistes, reconnaît Xavier Crettiez, qui n'exclut pas que "des petits groupes marginalisés, notamment dans la jeunesse" puisse avoir recours à la violence pour exprimer leur frustration.

"Je ne pense pas qu'il y ait à craindre des réactions violentes immédiates, mais les (élus) nationalistes n'ont de toute façon pas la main sur la violence", poursuit de son côté Thierry Dominici, spécialiste de la Corse à l'université de Bordeaux: s'il dit avoir "du mal à imaginer que le Front de libération nationale corse (FLNC) renaisse de ses cendres", il n'exclut toutefois pas que certaines personnes "expriment leur désappointement par le biais de la violence".

"Travaillez mieux, et si vous travaillez bien, on pourra évoquer d'autres avancées", a dit en substance le président Macron aux dirigeants nationalistes, résume M. Crettiez, qui y voit effectivement un "ton un peu professoral, arrogant et déplaisant", mais aussi, "sur le fond, plutôt une main tendue".

Le discours du président de la République a présenté des "formes d'ouverture" et l'engagement "d'une reconnaissance d'une spécificité insulaire", ajoute-t-il: le fait qu'Emmanuel Macron se soit déclaré "favorable à ce que la Corse soit mentionnée dans la Constitution" est une prérogative dont ne bénéficie "aucune autres régions" de France.

- "Mois crucial" -

Pour Thierry Dominici, le président "a soufflé le chaud et le froid" mais "du point de vue de la Constitution, il y a eu une grosse avancée".

Jeudi matin, au-delà des élus de la majorité nationaliste, nombre de Corses interrogés par l'AFP à Bastia préféraient plutôt évacuer les polémiques et retenir les annonces concrètes du chef de l'Etat.

Le président Macron lors de son discours à Bastia, le 7 février 2018
Le président Macron lors de son discours à Bastia, le 7 février 2018
POOL/AFP/Archives

"Moi qui ne suis pas de son parti, je pense qu'il va prendre les Corses et la Corse en considération", jugeait ainsi juste après le discours Mariette, une septuagénaire, satisfaite de ce qu'elle venait d'entendre. "Il a été vraiment dans le sens qu'on attendait. Je ne crois pas qu'il ait fermé toutes les portes, je suis confiante, je pense qu'il va travailler et au fur et à mesure du travail que les élus vont effectuer, peut-être lâchera-t-il un peu plus", estimait quant à elle Pancrace Maurizi, maire divers-droite de Chiatra en Haute-Corse.

Du reste, tout en regrettant une "occasion manquée", le chef de l'exécutif corse Gilles Simeoni a assuré mercredi soir que les élus allaient "continuer à travailler".

"Le mois à venir est plus que crucial, il est fondamental pour l'avenir proche de la Corse", estime M. Dominici: "Si l'exécutif insulaire n'arrive pas à mettre à plat le meilleur statut possible dans le cadre de l'inscription de la Corse dans la Constitution", alors "les citoyens corses seront déçus et risquent de se tourner vers des partis politiques plus radicaux lors des prochaines élections".

D'ores et déjà, trois syndicats étudiants nationalistes de l'Université de Corte, dans le centre de l'île, ont appelé à "une grève générale" à partir de la semaine prochaine. Les dirigeants nationalistes ont eux appelés les Corses à "rester mobilisés" et doivent se concerter durant le week-end.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le